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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2206667

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2206667

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2206667
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 et 15 octobre 2022, M. B E F, retenu au centre de Geispolsheim demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 octobre 2022 par lequel le préfet de la Nièvre lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées du vice d'incompétence ;

- elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait le 3° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

En ce qui concerne la décision refusant le délai de départ volontaire :

- il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- il ne présente pas un risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision fixant le pays de destination sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée de défaut de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant à sa durée et quant aux circonstances humanitaires qu'il fait valoir ;

Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 et 17 octobre 2022, le préfet de la Nièvre conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. E F ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Guth, magistrat désigné ;

- les observations de Me Metzger, avocat de M. E F, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- les observations de M. E F.

Le préfet de la Nièvre, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les moyens communs :

1. En premier lieu, par un arrêté du 23 août 2022, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial n° 58-2022-092 de la préfecture de la Nièvre, M. D C, sous-préfet de Cosne-Cours-sur-Loire et de de Clamecy, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 8 octobre 2022 doit être écarté.

2. En second lieu, les conditions dans lesquelles les décisions administratives sont notifiées sont sans incidence sur leur légalité. Dès lors, le requérant ne peut utilement soutenir que les décisions attaquées lui ont été notifiées dans une langue qu'il ne comprend pas.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'exposé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans (..) ".

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait régulièrement résidé en France depuis plus de dix ans. Il suit de là qu'il n'est pas fondé à se prévaloir de la méconnaissance des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Le requérant se prévaut de la présence en France de sa mère et des membres de sa fratrie ainsi que d'une relation sentimentale avec une ressortissante française. Toutefois, il ne produit aucun élément suffisamment probant attestant de la présence en France de membres de sa fratrie et des liens familiaux qu'il entretiendrait avec eux. Il ressort des propres écritures du requérant que sa mère est décédée. S'il se prévaut d'une relation affective et d'une vie commune avec une ressortissante française, il ne produit aucun élément probant attestant de la réalité et de l'ancienneté de la vie commune. S'agissant des liens qu'il aurait noués avec la fille de la personne qu'il présente comme sa compagne, ils ne sont établis par aucune pièce. Enfin, M. E F est défavorablement connu des services de police et de justice pour des faits de non-assistance à personne en danger, enlèvement ou séquestration, viol sur mineur de quinze ans, vol, usage illicite de stupéfiants, port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante et non-justification de son adresse par une personne enregistrée dans le fichier des auteurs d'infractions sexuelles, pour des faits qui se sont étalés entre 2011 et 2021. Il suit de là le requérant dont le comportement constitue une menace à l'ordre public ne justifie pas en France d'une vie privée et familiale susceptible d'être protégée par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'est dès lors pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnait ces stipulations. Dans les circonstances susrappelées, il n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la légalité de la décision fixant le délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été exposé au point précédent que le comportement du requérant constitue une menace pour l'ordre public.

9. En second lieu, la circonstance qu'il ne présente pas de risque de fuite est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

11. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l'exposé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est par suite suffisamment motivée.

12. En troisième lieu, si M. E F soutient que la décision attaquée méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit pas son moyen des précisions permettant d'en apprécier le bienfondé. Il suit de là que le moyen ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision attaquée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

14. En second lieu, la décision attaquée comporte l'exposé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.

15. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

16. En quatrième lieu, en se bornant à se prévaloir de la présence en France de membre de sa famille et d'une relation de couple dont la réalité n'est pas établie de manière probante, M. E ne caractérise pas des circonstances humanitaires justifiant qu'une interdiction de retour sur le territoire français ne soit pas prononcée à son encontre.

17. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité des conclusions afin d'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français, que M. E F n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 8 octobre 2022.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E F et au préfet de la Nièvre. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Prononcé en audience publique le 18 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

L. A,

Premier conseillerLa greffière,

L. Cherif

La République mande et ordonne au préfet de la Nièvre, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

L. Cherif

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