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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2206742

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2206742

vendredi 4 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2206742
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGRÜN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 octobre 2022, M. C G, représenté par Me Grün, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2022 par lequel le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2022 par lequel le préfet de la Moselle a ordonné son assignation à résidence ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une carte de séjour temporaire, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- faute pour le préfet de justifier d'une délégation de signature régulière, la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée du vice d'incompétence ;

- la décision attaquée est entachée de défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen préalable de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée de défaut de motivation ;

- elle méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

- la décision portant assignation à résidence est entachée du vice d'incompétence ;

- elle est entachée de défaut de motivation ;

- le préfet de la Moselle a méconnu l'étendue de sa compétence ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Guth, magistrat désigné, ayant mis les parties en mesure de présenter leurs observations sur le moyen d'ordre public, soulevé à l'audience, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, celle-ci étant inexistante, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties, régulièrement convoquées, n'était ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. G au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Les décisions en litige comportent l'exposé des considérations de droit et de fait qui en constituent les fondements et sont par suite suffisamment motivées.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, par un arrêté du 2 juin 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Moselle a donné compétence, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme D A, directrice de l'immigration et de l'intégration, à Mme E F, ajointe au chef du bureau de l'éloignement et de l'asile, à l'effet de signer les décisions relevant de ce bureau, à l'exception des arrêtés d'expulsion. Il n'est ni établi, ni même allégué par le requérant que Mme A n'aurait pas été absente ou empêchée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Mme F, signataire de la décision en litige, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Moselle n'aurait pas procédé à un examen préalable de la situation du requérant avant d'édicter la décision en litige. Le moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. L'intéressé est entré en France au mois de décembre 2018. Son épouse ne justifie d'aucun droit au séjour en France. Le requérant n'établit pas avoir noué en France des relations intenses et stables. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, eu égard notamment à la durée et aux conditions de séjour de l'intéressé en France, le préfet de la Moselle, en adoptant la décision attaquée, n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ladite décision a été prise. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Dans les circonstances de l'espèce susrappelées, le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

7. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant susvisée : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. La décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer le requérant de ses enfants dont il n'est pas établi qu'ils ne pourraient suivre ou poursuivre une scolarité normale dans leur pays d'origine. Le moyen doit être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le délai de départ volontaire :

9. Le requérant ne justifie par aucun élément lié à sa situation qu'un délai de départ volontaire aurait dû lui être accordé. Il suit de là qu'il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

10. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11. Le requérant n'établit par aucun élément probant qu'il sera exposé à des traitements prohibés par les stipulations précitées en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. Il ressort des termes de l'arrêté du 11 octobre 2022 qu'ils n'ont ni pour objet ni pour effet de faire interdiction de retour sur le territoire français au requérant. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation d'une interdiction de retour sur le territoire français sont dirigées contre une décision inexistante et sont irrecevables.

Sur la légalité de la décision portant assignation à résidence :

13. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision doit être écarté.

14. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Moselle aurait méconnu l'étendue de sa compétence en fixant à quarante-cinq jours la durée de l'assignation à résidence.

15. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ".

16. En l'espèce, dès lors que l'intéressé a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, édictée le 11 octobre 2022, et en l'absence d'autres éléments, l'existence d'une perspective raisonnable d'éloignement est établie. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit, par suite, être écarté.

17. En dernier lieu, le requérant n'établit par aucun élément qu'en l'obligeant à se présenter auprès de services de police tous les lundis entre 15 heures et 17 heures, et à être présent sur son lieu de résidence tous les jours entre 17 heures et 20 heures le préfet de la Moselle aurait porté une atteinte excessive à son droit d'aller et venir.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. G n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 11 octobre 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : M. G n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C G, à Me Grün et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Strasbourg.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

L. B,

Premier conseillerLa greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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