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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2207026

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2207026

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2207026
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 24 octobre 2022 et 1er novembre 2022, M. A B, représenté par Me Monod, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 octobre 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et ce sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- la préfète a commis une erreur de droit et une erreur de fait dès lors qu'il a sollicité un titre de séjour en 2021, demande sur laquelle il n'a pas été statué ;

- l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de mener une vie privée et familiale ;

- son état de santé fait obstacle à son éloignement du territoire français ;

- il justifie d'une circonstance exceptionnelle justifiant son admission au séjour ;

- il ne représente pas une menace pour l'ordre public et ne présente pas de risque de fuite ;

- l'obligation de quitter le territoire français le prive du droit de se présenter devant le tribunal correctionnel de Strasbourg en mars 2023, en violation de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur le refus de délai de départ volontaire :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- il ne présente pas une menace pour l'ordre public et ne présente pas de risque de fuite ;

- [0]la décision est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention contre la torture et autres traitements cruels et inhumains ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision repose sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'erreur de fait ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation quant aux circonstances humanitaires ;

- la décision repose sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- la décision porte atteinte à son droit constitutionnel de solliciter l'asile ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur d'appréciation quant à sa durée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pouget-Vitale, magistrat désigné ;

- les observations de Me Monod, qui sollicite l'aide juridictionnelle provisoire, et conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, en soutenant, en outre, que l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation dès lors qu'il a demandé un titre de séjour ;

- les observations de M. B, assisté de Mme D, interprète en langue arménienne.

La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant arménien né en 1978, est entré irrégulièrement en France en 2014 selon ses déclarations. Après avoir été placé en garde à vue au commissariat central de Strasbourg le 22 octobre 2022 du chef de vol aggravé, il a fait l'objet le 23 octobre 2022 d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

4. Il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que la préfète du Bas-Rhin, pour prendre une obligation de quitter le territoire français à l'encontre de M. B, s'est notamment fondé sur le fait que " l'intéressé se maintient irrégulièrement sur le territoire français sans y entamer de démarche visant à régulariser sa situation administrative ". Si le requérant a fait l'objet de deux mesures d'éloignement, prononcées en 2016 et 2019, il ressort des déclarations de M. B faites devant les services de police le 23 octobre 2022 dans le cadre de sa garde à vue qu'il a indiqué être présent en France depuis huit ans, et qu'il a " fait une demande de régularisation qui est en cours ", information qu'il a réitérée au cours de cette audition. Ses déclarations sont confirmées par la production d'un courrier daté du 14 juin 2021 dans lequel le requérant sollicite un titre de séjour " vie privée et familiale ", reçu en préfecture le 17 janvier 2022 d'après les pièces produites par M. B. La préfète du Bas-Rhin, tant dans l'arrêté attaqué que dans ses écritures en défense, n'établit ni même n'allègue le caractère erroné des informations ainsi données par le requérant. Il s'ensuit que M. B est fondé à soutenir qu'en prenant à son encontre une obligation de quitter le territoire français au motif qu'il ne justifiait pas de démarches tendant à sa régularisation, la préfète du Bas-Rhin a entaché sa décision d'erreur de fait et d'un défaut d'examen. Par ailleurs, dès lors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la présence en France du requérant constituerait une menace pour l'ordre public, ce que la préfète du Bas-Rhin admet d'ailleurs dans ses écritures en défense, la décision portant obligation de quitter le territoire français doit, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions refusant au requérant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et lui interdisant le retour en France pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

6. Compte tenu du motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer la situation de M. B dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, et de délivrer au requérant, sans délai et jusqu'à ce qu'il ait été à nouveau statué sur sa situation, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par le requérant au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 23 octobre 2022 de la préfète du Bas-Rhin est annulé.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer la situation de M. B dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, et sans délai, une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Monod et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer et à la procureure de la République près le tribunal judiciaire de Strasbourg.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

V. CLa greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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