jeudi 16 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2207032 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SELÀRL SOLER-COUTEAUX ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 24 octobre 2022 et 26 janvier 2024, Mme C D, M. A D et M. B D, représentés par la Selarl Soler-Couteaux et associés, demandent au tribunal :
1°) d'annuler le certificat d'urbanisme négatif délivré le 17 août 2022 par le maire de la commune de Geispolsheim ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Geispolsheim le versement d'une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice de forme au regard des dispositions des articles R. 410-10 et A. 410-3 du code de l'urbanisme dès lors qu'elle ne vise pas les avis recueillis au cours de l'instruction de leur demande ;
- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article R. 410-10 du code de l'urbanisme, les services gestionnaires des réseaux n'ayant pas été consultés pour avis ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 410-1 et A. 410-5 du code de l'urbanisme ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2023, la commune de Geispolsheim conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- la décision attaquée pouvait trouver son fondement dans la méconnaissance des dispositions de l'article 3 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg ainsi que de celles de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Anne-Lise Eymaron,
- les conclusions de M. Victor Pouget-Vitale, rapporteur public,
- et les observations de Me Huck, avocat des requérants.
La commune de Geispolsheim n'était ni présente, ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D a, le 8 juillet 2022, sollicité la délivrance d'un certificat d'urbanisme opérationnel afin de construire des logements collectifs sur les parcelles cadastrées section 49 n° 36 et n° 37, situées à Geispolsheim. Le 17 août 2022, le maire de la commune de Geispolsheim a délivré à Mme D un certificat d'urbanisme négatif. Par la présente requête, les requérants demandent au tribunal d'annuler ce certificat d'urbanisme négatif du 17 août 2022.
Sur la légalité de la décision du 17 août 2022 :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. () ". Aux termes de l'article R. 410-14 du même code : " Dans les cas prévus au b de l'article L. 410-1, lorsque la décision indique que le terrain ne peut être utilisé pour la réalisation de l'opération mentionnée dans la demande, ou lorsqu'elle est assortie de prescriptions, elle doit être motivée ". Aux termes de l'article A. 410-5 du même code : " Lorsque la demande porte sur un certificat délivré en application du b de l'article L. 410-1, le certificat d'urbanisme indique : a) Si le terrain peut ou non être utilisé pour la réalisation de l'opération précisée dans la demande ; b) L'état des équipements publics existants ou prévus. / Lorsqu'il indique que le terrain ne peut pas être utilisé pour la réalisation de l'opération, le certificat précise les circonstances de droit et de fait qui motivent la décision et indique les voies et délais de recours ". Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que lorsque le certificat d'urbanisme indique si le terrain peut être utilisé pour la réalisation d'une opération donnée, il doit non seulement indiquer les motifs de droit et de fait pour lesquels cette opération n'est pas réalisable ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus, mais également préciser les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain.
3. Le certificat d'urbanisme contesté indique que l'opération projetée ne peut être réalisée au motif qu'il n'est pas justifié de ce que le demandeur dispose des autorisations nécessaires sur le fondement du droit privé permettant de la raccorder aux réseaux publics d'eau potable et d'assainissement. Ce même certificat d'urbanisme ne comporte, en revanche, aucune motivation en droit permettant aux requérants d'en déterminer le fondement légal. Il ne contient, en outre, aucune précision sur l'état des équipements publics existants ou prévus. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que le certificat d'urbanisme du 17 août 2022 ne satisfait pas aux exigences de motivation telles que rappelées au point précédent.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 410-10 du code de l'urbanisme : " Dans le cas prévu au b de l'article L. 410-1, le délai d'instruction est de deux mois à compter de la réception en mairie de la demande. / L'autorité compétente recueille l'avis des collectivités, établissements publics et services gestionnaires des réseaux mentionnés à l'article L. 111-11 ainsi que les avis prévus par les articles R. 423-52 et R. 423-53. / Ces avis sont réputés favorables s'ils n'ont pas été émis dans le délai d'un mois à compter de la réception de la demande d'avis. ". Aux termes de l'article A. 410-3 du même code : " Le certificat d'urbanisme : () e) Vise, s'il y a lieu, les avis recueillis en cours d'instruction et leur sens. () ".
5. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
6. Pour délivrer un certificat d'urbanisme négatif, le maire de la commune de Geispolsheim s'est fondé sur la circonstance qu'il n'était pas démontré que l'opération projetée pouvait être raccordée aux réseaux publics d'eau potable et d'assainissement. En se bornant à faire valoir, dans ses écritures en défense, avoir sollicité pour avis les services concernés, et en particulier les services gestionnaires des réseaux d'eau potable et d'assainissement, et à verser au dossier un plan daté du 4 août 2022 émanant des services de l'Eurométropole de Strasbourg, le maire de la commune de Geispolsheim ne démontre pas de manière probante avoir recueilli, préalablement à l'adoption du certificat d'urbanisme négatif, les avis des services en charge de la gestion du réseau d'eau potable et de l'assainissement. Dès lors que la décision attaquée trouve son fondement dans les modalités de raccordement de l'opération projetée aux réseaux d'assainissement et d'eau potable, le maire de Geispolsheim ne démontre pas davantage avoir accompli les diligences requises en se prévalant de la saisine de Strasbourg Electricité Réseaux. Dans ces circonstances, les requérants sont fondés à soutenir que, faute d'éléments susceptibles d'établir que les services concernés ont été consultés pour avis, ils ont été privés d'une garantie. Par suite, le moyen tiré de ce que le certificat d'urbanisme négatif a été délivré au terme d'une procédure irrégulière au regard des dispositions précitées de l'article R. 410-10 du code de l'urbanisme doit être accueilli.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg : " Conditions de desserte des terrains par les réseaux publics d'eau, d'électricité et d'assainissement / 1. Réseau de distribution d'eau potable / Toute construction ou installation qui requiert d'être alimentée en eau potable, doit l'être par branchement au réseau public de distribution. () / 2. Réseau d'assainissement / 2.1. Eaux usées domestiques / 2.1.1. Dans les zones d'assainissement collectif, toute construction ou installation nouvelle doit évacuer ses eaux usées par branchement au réseau d'assainissement collectif. En l'absence de réseaux publics ou en cas d'impossibilités techniques de raccordement, un dispositif d'assainissement individuel conforme à la réglementation en vigueur pourra être admis. (). ".
8. Il ressort des pièces du dossier que le maire de la commune de Geispolsheim a estimé que, pour procéder au raccordement de l'opération projetée aux réseaux d'eau potable et d'assainissement, il est nécessaire d'emprunter des parcelles dont le demandeur n'est pas propriétaire et au droit desquelles il ne justifie d'aucune servitude de passage, à savoir les parcelles cadastrées section 47 n° 304, n° 492 et n° 494. Toutefois, les autorisations d'urbanisme étant accordées sous réserve des droits des tiers, il ne peut être exigé du pétitionnaire qu'il justifie, dans sa demande d'autorisation d'urbanisme, des autorisations éventuellement nécessaires sur le fondement du droit privé pour assurer le raccordement aux réseaux publics de l'ouvrage qu'il entend réaliser. Par suite, le maire de la commune de Geispolsheim ne pouvait déclarer l'opération projetée non réalisable au motif que le raccordement à ces deux réseaux implique de passer par des parcelles privées.
9. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est de nature à entraîner l'annulation de l'arrêté en litige.
10. La commune de Geispolsheim doit être regardée comme se prévalant, dans ses écritures en défense, de ce que l'opération envisagée ne pouvait être réalisée dès lors que le projet méconnaît les dispositions de l'article 3 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg ainsi que celles de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme.
11. Toutefois, la décision attaquée n'étant pas entachée d'illégalité uniquement pour un vice tenant aux motifs qui la fondent mais également pour des irrégularités de forme et de procédure, ainsi qu'il a été indiqué aux points 3 et 6 du présent jugement, aucune substitution de motifs ne peut être utilement invoquée par la commune de Geispolsheim.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont fondés à demander l'annulation du certificat d'urbanisme négatif du 17 août 2022.
Sur les frais liés au litige :
13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Geispolsheim le versement aux requérants d'une somme globale de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1 : Le certificat d'urbanisme négatif du 17 août 2022 est annulé.
Article 2 : La commune de Geispolsheim versera à Mme D et à MM. D une somme globale de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, représentant les requérants pour l'application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, et à la commune de Geispolsheim.
Délibéré après l'audience du 19 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Dulmet, présidente,
Mme Perabo-Bonnet, première conseillère,
Mme Eymaron, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2025.
La rapporteure,
A.-L. EYMARON
La présidente,
A. DULMET
La greffière,
J. BROSÉ
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026