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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2207044

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2207044

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2207044
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantLECHEVALLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 24 octobre et le 9 novembre 2022, la société par actions simplifiée unipersonnelle C. Minck, représentée par Me Lechevallier, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 10 octobre 2022 par laquelle la direction départementale de la protection des populations du Bas-Rhin l'a enjoint dans un délai de deux mois de cesser le comportement illicite qui consiste en la proposition d'un service en laissant supposer qu'il est licite alors qu'il ne l'est pas ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite ;

- la décision est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale, l'article 16-3 du code civil ne pouvant légalement fonder la mesure d'injonction dont elle fait l'objet ;

- le stylo ACS-PEN n'atteignant pas le derme et n'entrainant aucune effraction cutanée, il ne saurait être regardé comme un dispositif médical ; l'injonction méconnaît par conséquent l'article 2 de l'arrêté du 6 janvier 1962 ;

- l'interprétation par l'administration de l'article 16-3 du code civil dans la décision attaquée conduit à méconnaître les articles 49 et 56 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2022, la directrice départementale de la protection des populations du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que la société peut continuer à vendre le stylo ACS-PEN ;

- les moyens soulevés ne sont pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- le code civil ;

- le code de la consommation ;

- le code de la santé publique ;

- l'arrêté du 6 janvier 1962 fixant la liste des actes médicaux ne pouvant être pratiqués que par des médecins également par des auxiliaires médicaux ou par des directeurs de laboratoires d'analyses médicales non médecins ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 novembre 2022, en présence de

M. Souhait, greffier d'audience :

- le rapport de M. A B ;

- les observations de Me Lechevallier, représentant la société SASU C. Minck, qui a repris les moyens et les éléments exposés dans sa requête ;

- les observations de MM. Kienitz, Picarella et Florian, représentant la préfète du Bas-Rhin.

Le juge des référés a indiqué que l'instruction était close à l'issue de l'audience publique, conformément à l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. Aux termes de l'article L. 121-4 du code de la consommation : " Sont réputées trompeuses, au sens des articles L. 121-2 et L. 121-3, les pratiques commerciales qui ont pour objet : () / 9° De déclarer ou de donner l'impression que la vente d'un produit ou la fourniture d'un service est licite alors qu'elle ne l'est pas ".

3. Par la décision du 10 octobre 2022 en litige, la direction départementale de la protection des populations du Bas-Rhin fait grief à la SASU C. Minck de commercialiser le stylo ACS-PEN auprès de professionnels non médecins, alors que, dans la mesure où il entraine une effraction cutanée portant atteinte à l'intégrité du corps humain, son usage doit être réservé aux personnels médicaux. Elle a, en conséquence, enjoint à la société de cesser, dans un délai de deux mois, le comportement illicite qui consiste en la proposition d'un service en laissant supposer qu'il est licite alors qu'il ne l'est pas, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 121-4 du code de la consommation.

4. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par la SASU C. Minck et analysés ci-dessus n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 10 octobre 2022. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, les conclusions de la société à fin de suspension de l'exécution de la décision précitée, ainsi que celles présentées au titre des frais d'instance, doivent être rejetées.

ORDONNE :

Article 1 : La requête de la société par actions simplifiée unipersonnelle C. Minck est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société par actions simplifiée unipersonnelle C. Minck et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique. Copie en sera adressée à la préfète du Bas-Rhin.

Rendu par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

Le juge des référés,

A. B

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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