mercredi 14 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2207112 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique (4) |
| Avocat requérant | ELSAESSER |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête ; enregistrée le 27 octobre 2022 sous le n° 2207112, Mme C A, représentée par Me Elsaesser, demande au tribunal :
1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler les décisions du 12 octobre 2022 par lesquelles la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation et de lui délivrer, durant l'instruction de sa demande, une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxes au profit de son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté est entaché d'insuffisance de motivation ;
- il est entaché d'erreurs de faits ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle et de celle de sa fille ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît le droit d'être entendue ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît le droit à un délai de réflexion tel que prévu par les articles L. 421-5, R. 425-1 et R. 425-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la directive 2011/36/UE du Parlement et du Conseil sur la prévention de la traite des êtres humains et la lutte contre ce phénomène, et notamment son article 11, n'a pas été suffisamment transposée en droit interne ;
- les articles 12 et 13 de la convention du Conseil de l'Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains du 16 mai 2005 n'a pas été suffisamment transposée en droit interne ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations des articles 12 et 13 de la convention du Conseil de l'Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains du 16 mai 2005 ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de la gravité des conséquences sur sa situation et celle des membres de sa famille ;
- elle méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants mineurs ;
- elle porte une atteinte disproportionnée au droit de mener une vie privée et familiale normale ;
- la décision fixant le pays de destination est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;
- elle méconnaît le droit d'être entendue ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation de sa situation et des risques de mauvais traitements.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
II. Par une requête, enregistrée le 27 octobre 2022, sous le n° 2207113, M. B G, représenté par Me Elsaesser, demande au tribunal :
1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler les décisions du 12 octobre 2022 par lesquelles la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation et de lui délivrer, durant l'instruction de sa demande, une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxes au profit de son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il se prévaut des mêmes moyens que ceux exposés au soutien de la requête n° 2207112.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention du Conseil de l'Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains du 16 mai 2005 ;
- la directive 2011/36/UE du Parlement et du Conseil du 5 avril 2011 concernant la prévention de la traite des êtres humains ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme E en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme F E,
- les observations de Me Elsaesser, avocate de Mme A et de M. G, assistée de Mme D, interprète en langue anglaise.
La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes nos 2207112 et 2207113 présentées pour Mme A et M. G sont relatives à la situation d'un couple de ressortissants étrangers au regard de leur droit au séjour et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre Mme A et M. G, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, les décisions comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et sont dès lors régulièrement motivées.
4. En deuxième lieu, si les requérants font valoir que la préfète a énoncé à tort qu'ils sont mariés et qu'ils n'ont pas d'enfants, ces inexactitudes n'ont pas eu, en l'espèce, d'incidence sur la légalité des décisions contestées.
5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, que la préfète du Bas-Rhin a entaché ses décisions d'un défaut d'examen de la situation Mme A et M. G, et ce alors même que les décisions contestées ne mentionnent pas le parcours de la requérante au sein d'un réseau de traite des êtres humains ainsi que l'état de santé de leur fille autiste.
6. En quatrième lieu, le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Dans l'hypothèse prévue au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise après que la reconnaissance de la qualité de réfugié a été refusée à l'étranger et découle donc nécessairement du rejet de sa demande d'asile. Dans cette situation, le droit d'être entendu n'implique pas que l'autorité administrative ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu à l'occasion de l'examen de sa demande d'asile.
7. En l'espèce, Mme A a été mise à même de présenter toutes les observations pertinentes durant l'instruction de sa demande d'asile et n'avait donc pas à être spécifiquement invitée à émettre de nouvelles observations avant l'édiction de la décision attaquée. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 425-1 du même code : " Le service de police ou de gendarmerie qui dispose d'éléments permettant de considérer qu'un étranger, victime d'une des infractions constitutives de la traite des êtres humains ou du proxénétisme prévues et réprimées par les articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal, est susceptible de porter plainte contre les auteurs de cette infraction ou de témoigner dans une procédure pénale contre une personne poursuivie pour une infraction identique, l'informe : 1° De la possibilité d'admission au séjour et du droit à l'exercice d'une activité professionnelle qui lui sont ouverts par l'article L. 425-1 ; / 2° Des mesures d'accueil, d'hébergement et de protection prévues aux articles R. 425-4 et R. 425-7 à R. 425-10 ; / 3° Des droits mentionnés à l'article 53-1 du code de procédure pénale, notamment de la possibilité d'obtenir une aide juridique pour faire valoir ses droits. / Le service de police ou de gendarmerie informe également l'étranger qu'il peut bénéficier d'un délai de réflexion de trente jours, dans les conditions prévues à l'article R. 425-2, pour choisir de bénéficier ou non de la possibilité d'admission au séjour mentionnée au 1°. / Ces informations sont données dans une langue que l'étranger comprend et dans des conditions de confidentialité permettant de le mettre en confiance et d'assurer sa protection. / Ces informations peuvent être fournies, complétées ou développées auprès des personnes intéressées par des organismes de droit privé à but non lucratif, spécialisés dans le soutien aux personnes prostituées ou victimes de la traite des êtres humains, dans l'aide aux migrants ou dans l'action sociale, désignés à cet effet par le ministre chargé de l'action sociale. ". Aux termes de l'article R. 425-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Pendant le délai de réflexion, aucune mesure d'éloignement ne peut être prise à l'encontre de l'étranger en application de l'article L. 611-1, ni exécutée. () ". Ces dispositions chargent les services de police et de gendarmerie d'une mission d'information, à titre conservatoire et préalablement à toute qualification pénale, des victimes potentielles de faits de traite d'êtres humains. Ainsi, lorsque ces services ont des motifs raisonnables de considérer que l'étranger pourrait être reconnu victime de tels faits, il leur appartient d'informer celui-ci de ses droits en application de ces dispositions. En l'absence d'une telle information, l'étranger est fondé à se prévaloir du délai de réflexion pendant lequel aucune mesure d'éloignement ne peut être prise ni exécutée, notamment dans l'hypothèse où il a effectivement porté plainte par la suite.
9. En l'espèce, si la décision de l'Office français de protection des réfugiés (OFPRA) en date du 28 septembre 2021 comporte des éléments indiquant que la situation de victime d'un réseau de traite des êtres humains de Mme A a été établie, il ressort de cette décision que ses assertions au sujet des démarches entreprises afin de s'extraire de ce réseau sont demeurées trop faibles. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la décision en litige a été adoptée en conséquence du rejet de la demande d'asile de la requérante, sans interpellation préalable par les services de police ou de gendarmerie et sans que l'intéressée n'allègue s'être prévalue auprès des autorités de police de l'existence de menaces d'un réseau de traite des êtres humains dont elle se serait extraite. En outre, si la requérante se prévaut de son dépôt de plainte auprès du procureur de la République par courrier le 2 novembre 2022, soit postérieurement à la date de la décision attaquée, elle ne produit aucune pièce attestant de l'enregistrement de sa plainte. En tout état de cause, il ne résulte nullement des dispositions de l'article R. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers qui fait peser sur les services de police et de gendarmerie, une obligation d'informer la personne concernée d'un délai de réflexion dont elle peut bénéficier lorsqu'ils ont des motifs raisonnables de considérer que l'étranger pourrait être reconnu victime de faits de traite d'êtres humains, que cette obligation incombait également à l'autorité administrative. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
10. En sixième lieu, si Mme A fait valoir qu'elle fait l'objet d'un accompagnement par l'association " Mouvement du Nid " et qu'elle est susceptible de se voir délivrer un titre de séjour en qualité de victime de traite des êtres humains, elle n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'elle aurait effectivement entamé des démarches en ce sens, à la date de la décision attaquée, et se serait extraite de ce réseau. Enfin, si Mme A soutient craindre subir des persécutions en cas de retour au Nigéria du fait de sa qualité de victime d'un réseau de traite des êtres humains, elle n'apporte aucun élément probant au soutien de ses allégations. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leur situation et des conséquences de cette mesure sur leur situation et celle des membres de leur famille.
11. En septième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".
12. D'une part, si Mme A fait valoir qu'elle bénéficie d'un suivi psychologique, elle n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations sur la gravité de son état de santé. D'autre part, si les requérants se prévalent également de l'état de santé de leur fille mineure qui présente un trouble du spectre de l'autisme, ils ne produisent aucun élément de nature à établir que le défaut de prise en charge médicale de l'enfant, à la date de la décision attaquée, serait de nature à entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité au sens des dispositions citées au point précédent. Dans tous les cas, il n'est pas établi que Mme A et sa fille ne pourraient pas effectivement bénéficier de traitements appropriés dans leur pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 précité doit être écarté.
13. En huitième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
14. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 12 du présent jugement, M. G et Mme A ne sont pas fondés à soutenir que la décision attaquée méconnaît l'intérêt supérieur de leurs enfants mineurs.
15. En neuvième lieu, le moyen tiré de ce que la décision en litige porte atteinte de manière disproportionnée au droit de mener une vie privée et familiale normale n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.
16. En dixième lieu, Mme A ne peut utilement se prévaloir des recommandations du groupe des experts sur la lutte contre la traite humaine du Conseil de l'Europe et celles du comité des parties de la convention du Conseil de l'Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains qui sont dépourvues de valeur juridique et de force contraignante.
17. En onzième lieu, la directive 2011/36/UE du Parlement européen et du Conseil du 5 avril 2011 relative à la prévention de la traite des êtres humains et à la lutte contre ce phénomène, ainsi qu'à la protection des victimes établit, conformément à son article premier, des règles minimales relatives à la définition des infractions pénales et des sanctions dans le domaine de la traite des êtres humains et introduit également des dispositions communes visant à renforcer la prévention de cette infraction et la protection des victimes. En application de son article 11, elle prévoit l'adoption par les États membres des mesures nécessaires d'assistance et d'aide aux victimes tout au long de la procédure pénale afin de leur permettre d'exercer les droits qui leur sont conférés par la décision-cadre 2001/220/JAI et par la présente directive. Comme le rappelle son considérant 17, elle ne porte pas sur les conditions de séjour des victimes de la traite des êtres humains sur le territoire des États membres et ne peut, dès lors, être utilement invoquée dans le présent litige. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante transposition en droit interne de la directive 2011/36/UE doit être écarté comme inopérant.
18. En douzième lieu, les stipulations d'un traité ou d'un accord introduit dans l'ordre juridique interne peuvent être utilement invoquées à l'appui d'une demande tendant à ce que soit annulé un acte administratif ou écarté l'application d'une loi ou d'un acte incompatibles avec la norme juridique qu'elles contiennent, dès lors qu'elles créent des droits dont les particuliers peuvent se prévaloir directement. De manière générale, une stipulation doit être reconnue d'effet direct par le juge administratif lorsque, eu égard à l'intention exprimée des parties et à l'économie générale du traité invoqué, ainsi qu'à son contenu et à ses termes, elle n'a pas pour objet exclusif de régir les relations entre Etats et qu'elle ne requiert pas l'intervention d'actes complémentaires pour produire des effets à l'égard des particuliers.
19. Les articles 12 et 13 de la convention du Conseil de l'Europe relative à la lutte contre la traite des êtres humains du 16 mai 2005 renvoient à des mesures complémentaires pour définir des mesures d'assistance aux victimes de la traite des êtres humains et pour prévoir un délai de rétablissement et de réflexion lorsqu'il existe des motifs raisonnables de penser qu'une personne est victime de traite. En conséquence, les stipulations dont se prévaut la requérante sont dépourvues d'effet direct et ne peuvent être utilement invoquées dans le présent litige.
20. En dernier lieu, d'une part, l'article 12 de la convention précitée a pour objet de déterminer les mesures d'assistance aux victimes, qu'au minimum, les parties de l'accord doivent prendre " en vue d'assister les victimes dans leur rétablissement physique, psychologique et social ", lesquelles ne fixent aucune obligation en matière de mise en œuvre de mesure d'éloignement. D'autre part, l'article 13 de la même convention impose aux Etats parties de la convention de mettre en œuvre un mécanisme permettant l'établissement global d'un délai de réflexion durant lequel aucune mesure d'éloignement ne peut être exécutée à l'égard de la personne concernée. En droit interne, un tel mécanisme est effectivement prévu au sein de l'article R. 425-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de transposition ne pourra qu'être écarté.
Sur la légalité des décisions fixant le pays de destination :
21. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; (). / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
22. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que les décisions fixant le pays de destination devraient être annulées par voie de conséquence de l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
23. En deuxième lieu, les décisions comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, les décisions fixant le pays de destination sont suffisamment motivées.
24. En troisième lieu, si les requérants soutiennent que la préfète a énoncé à tort qu'ils sont mariés et qu'ils n'ont pas d'enfants, ces circonstances en l'espèce sans incidence sur la légalité de la décision contestée.
25. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que les décisions fixant le pays de destination seraient entachées d'un défaut d'examen de la situation des requérants.
26. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et ne peut, par suite, qu'être écarté.
27. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
28. Mme A et M. G se bornent à soutenir qu'ils risquent d'être exposés à des mauvais traitements en cas de retour au Nigéria en raison de la qualité de victime d'un réseau de traite des êtres humains de la requérante ainsi que de leur qualité de parents d'une enfant autiste, sans produire d'élément suffisant probant de nature à établir qu'ils seraient personnellement exposés à un risque réel, direct et sérieux pour leur vie ou leur liberté en cas de retour dans leur pays d'origine ou qu'ils courraient le risque d'être soumis à un traitement contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Leurs demandes d'asile ont, d'ailleurs, été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées ne peut qu'être écarté. Les requérants ne sont pas davantage fondés à soutenir que la préfète aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de leur situation en cas de retour dans leur pays d'origine.
29. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A et de M. G tendant à l'annulation des décisions de la préfète du Bas-Rhin en date du 12 octobre 2022 portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays à destination duquel ils pourront être éloignés d'office doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Mme A et M. G sont admis à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à M. B G, à Me Elsaesser et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.
La vice-présidente désignée,
J. E
La greffière,
N. Adjacent
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Nos 2207112,2207113
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026