jeudi 3 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2207128 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | PIALAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 octobre 2022 au greffe de la maison d'arrêt de Strasbourg, transmise le 27 octobre 2022 au greffe du tribunal, M. A se disant Mouhamed Amine G se disant Salim E demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin a fixé le pays de destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office, en application de l'interdiction du territoire français pour une durée de cinq ans prononcée par le tribunal judiciaire de Val de Briey le 18 janvier 2022.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen ;
- l'arrêté est entaché d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;
- l'arrêté est intervenu en méconnaissance des droits de la défense ;
- l'arrêté a été pris en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 novembre 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient, à titre principal, que la requête est irrecevable faute de contester une décision administrative, à titre subsidiaire, que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. I en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pouget-Vitale, magistrat désigné ;
- les observations de Me Pialat, avocat de M. A se disant Mouhamed Amine G se disant Salim E, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, et soutient, en outre, qu'aucune pièce du dossier ne permet d'établir la qualité de ressortissant tunisien du requérant, qui se prétend libyen ;
- les observations de M. A se disant Mouhamed Amine G se disant Salim E, qui indique qu'il est bien ressortissant libyen et qu'il ne souhaite pas retourner dans ce pays.
La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un jugement du tribunal correctionnel de Val de Briey du 18 janvier 2022, M. A se disant Salim E a été condamné à la peine complémentaire d'interdiction du territoire français pour une durée de cinq ans, avec exécution provisoire. A sa sortie de détention intervenue le 21 octobre 2022, M. A se disant Salim E a été placé en rétention administrative à compter du même jour, en vue de l'exécution de la décision judiciaire. Par l'arrêté en litige du 18 octobre 2022, la préfète du Bas-Rhin a fixé le pays vers lequel M. A se disant Salim E doit être reconduit, en l'occurrence la Tunisie ou tout autre pays où l'intéressé est légalement admissible.
2. Aux termes de l'article 131-30 du code pénal : " Lorsqu'elle est prévue par la loi, la peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime ou d'un délit. / L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion. () ". Selon l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de la peine d'interdiction du territoire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution, sous réserve que la décision fixant le pays de renvoi n'expose pas l'intéressé à être éloigné à destination d'un pays dans lequel sa vie ou sa liberté seraient menacées, ou il serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
4. En premier lieu, par un arrêté du 4 octobre 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 7 octobre 2022, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. B H, directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer tous actes et décisions relevant des attributions dévolues à la direction des migrations et de l'intégration, à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figure pas celle en litige et en cas d'absence ou d'empêchement, à M. D F, chef du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière. Il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est pas allégué que M. H n'aurait pas été absent ou empêché à la date de la signature de la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de M. F, signataire de l'arrêté en litige, manque en fait et doit être écarté.
5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, et est donc suffisamment motivé. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit, en tout état de cause, être écarté.
6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment d'un document signé le 16 mai 2022 par le requérant, qu'il a été invité par les services de la préfète du Bas-Rhin à présenter par écrit des observations quant à la perspective d'une reconduite d'office à destination de son pays d'origine. L'intéressé, qui a renseigné ce document en y portant des observations concernant l'ancienneté de son séjour, sa situation familiale et les attaches dont il dispose en France, a eu ainsi la possibilité de faire connaître des observations utiles et pertinentes de nature à influer sur la décision prise à son encontre. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé disposait d'informations tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise à son encontre la mesure qu'il conteste et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette décision ou à en modifier le sens. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait le principe du contradictoire doit être écarté.
7. En quatrième lieu, M. A se disant Mouhamed Amine G se disant Salim E, qui prétend être dans le cadre de la présente instance M. J G, ressortissant libyen né en 1997, soutient que la préfète du Bas-Rhin a entaché sa décision fixant le pays de destination d'erreur de fait et d'un défaut d'examen en estimant qu'il se nommait M. E, ressortissant tunisien né en 1993. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et des déclarations du requérant à l'audience qu'il s'est systématiquement et sciemment présenté, lors des différentes procédures judiciaires et administratives le concernant, sous l'identité de M. C E, de nationalité tunisienne. Ainsi, dans le cadre de la procédure contradictoire entamée en mai 2022 ayant abouti à la décision fixant le pays de destination attaquée, le requérant a déclaré qu'il ne souhaitait pas être expulsé vers la Tunisie, dès lors qu'il n'avait plus de famille dans ce pays. Le requérant n'a fait état du nom de M. J G, de nationalité libyenne, qu'à compter de l'audience qui s'est tenue le 26 octobre 2022 à la cour d'appel de Colmar, dans le cadre de la procédure relative à la prolongation de sa rétention administrative, soit une date postérieure à l'arrêté attaqué. En tout état de cause, le requérant n'apporte aucun élément probant permettant de remettre en cause l'identité initiale qu'il revendiquait. Enfin, M. A se disant Mouhamed Amine G se disant Salim E a également confirmé lors de l'audience que le jugement prononcé le 18 janvier 2022 condamnant M. A se disant Salim E à la peine complémentaire d'interdiction du territoire français pour une durée de cinq ans lui était bien applicable.
8. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la préfète du Bas-Rhin a légalement pu décider de reconduire M. A se disant Mouhamed Amine G se disant Salim E vers la Tunisie, et que les moyens tirés de l'erreur de fait et du défaut d'examen ne peuvent qu'être écartés.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
10. Il est constant que les conséquences d'un éloignement du territoire français sur la vie privée et familiale du requérant résultent en l'espèce, non pas de l'arrêté en litige, mais de l'interdiction judiciaire du territoire dont il a été l'objet. Par suite et alors que le requérant n'établit pas, ni même n'allègue avoir été relevé de la peine complémentaire ainsi prononcée à son encontre par le juge pénal, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme inopérant.
11. En dernier lieu, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation ne sont pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, et ne peuvent qu'être écartés.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 18 octobre 2022 doivent, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, être rejetées.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. A se disant Mouhamed Amine G se disant Salim E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A se disant Mouhamed Amine G se disant Salim E et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Prononcé en audience publique le 3 novembre 2022.
Le magistrat désigné,
V. ILa greffière,
G. Trinité
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
G. Trinité
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026