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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2207240

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2207240

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2207240
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBLANVILLAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 octobre 2022, M. E A, représenté par Me Blanvillain, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 29 octobre 2022 par lequel le préfet de la Moselle l'a assigné à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de réexaminer sa situation dans un délai déterminé, au besoin, sous astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle est disproportionnée.

La requête a été communiquée au préfet de la Moselle, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais né le 13 avril 2002, a fait l'objet d'un arrêté du 11 juin 2022 du préfet de la Moselle portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et interdiction de retour. Par un arrêté en date du 29 octobre 2022, le préfet de la Moselle l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant assignation à résidence :

4. En premier lieu, par un arrêté du 21 octobre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Moselle du même jour, le préfet de la Moselle a donné délégation à M. D G, directeur adjoint immigration et intégration de la préfecture, et, pour les périodes de permanence et astreinte, à M. F B, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions dévolues à cette direction, à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figure pas les arrêtés portant assignation à résidence pris en application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. G n'ait pas été absent ou empêché à la date de la décision attaquée, samedi 29 octobre 2022. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il est constant que la décision attaquée vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne que le requérant fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire, qu'il a fait l'objet d'un contrôle d'identité en gare de Metz le 29 octobre 2022 et n'a pas été en mesure de présenter un document l'autorisant à séjourner ou circuler sur le territoire français. Elle comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, le requérant ne saurait utilement soutenir qu'il dispose des garanties de représentations suffisantes dès lors que cette circonstance est précisément celle rendant possible une mesure d'assignation à résidence, moins coercitive qu'un placement en rétention administrative. S'il soutient qu'il ne présente pas de risque de fuite, qu'il est établi sur le territoire français et actuellement en contrat d'apprentissage, le prononcé d'une mesure d'assignation à résidence sur le fondement des dispositions précitées n'est pas soumis à la condition que l'étranger présente un risque de fuite. Ainsi, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, la circonstance que M. A ait interjeté appel du jugement rendu par le tribunal administratif de Strasbourg, confirmant la mesure d'éloignement prononcée à son encontre, et dont, au demeurant, il n'est pas justifié, est sans incidence sur la légalité de la décision en litige assignant l'intéressé à résidence. Le requérant n'est ainsi pas fondé à soutenir que cette décision est entachée d'une erreur de droit.

8. En cinquième lieu, si M. A soutient qu'il dispose d'attaches familiales en France et qu'ainsi l'arrêté en litige est entaché d'erreur de fait, il ne justifie ni de la présence de ses parents, ni de celle de son frère. A supposer même cette circonstance établie, elle est sans incidence sur la légalité de la mesure d'assignation à résidence contestée.

10. En sixième et dernier lieu, il ressort de la décision attaquée qu'elle impose à M. A, à titre de mesure de contrôle, de se présenter tous les mercredis entre 15 heures et 17 heures au commissariat de Metz. Il ne fait état d'aucun élément qui établirait que ces modalités de contrôle, limitées à une présentation par semaine, seraient disproportionnées par rapport aux buts en vue desquels elles ont été adoptées. Par suite, le moyen tiré de la disproportion de la décision attaquée doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté en date du 29 octobre 2022 portant assignation à résidence doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

13. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le conseil du requérant demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à Me Blanvillain et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.

La magistrate désignée,

D. C

La greffière

L. Cherif

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

L. Cherif

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