mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2207310 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5e chambre |
| Avocat requérant | SELARL CDA JOLY & OSTER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 3 novembre 2022, 6 février et 6 juin 2023, Mme B A, représentée par Me Rollet, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à lui verser la somme de 61 204 euros ;
2°) de condamner les hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS) à lui verser la somme de 16 240 euros ;
3°) de mettre à la charge solidaire de l'ONIAM et des HUS la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité pour faute de l'hôpital est engagée à raison de la dévascularisation de son ovaire droit lors de l'intervention chirurgicale du 26 mars 2019 ayant conduit à une ovariectomie ;
- la responsabilité pour faute de l'hôpital est également engagée à raison du défaut d'information sur les risques qui se sont réalisés lors de la chirurgie du 26 mars 2019 et celle du 29 mai 2020 ;
- ses préjudices personnels permanents en lien avec ces fautes sont constitués par un déficit fonctionnel permanent estimé à 4 740 euros, un préjudice d'impréparation estimé à 6 500 euros et un préjudice de " perte de chance " estimé à 5 000 euros ;
- les accidents médicaux non fautifs dont elle a été victime sont graves et doivent être pris en charge par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale ;
- ses préjudices personnels temporaires en lien avec ces accidents médicaux non fautifs sont constitués par un déficit fonctionnel temporaire estimé à 380 euros, des souffrances endurées estimées à 10 000 euros, et un préjudice esthétique temporaire estimé à 4 000 euros ;
- ses préjudices personnels permanents en lien avec les accidents médicaux non fautifs sont constitués par un déficit fonctionnel permanent estimé à 44 900 euros et un préjudice esthétique définitif estimé à 1 500 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 décembre 2022, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Roquelle-Meyer, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les conditions pour une prise en charge au titre de la solidarité nationale ne sont pas remplies.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 mars 2023 et 1er juillet 2024, les hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS), représentés par la SELARL CDA Joly et Oster, conclut, au rejet de la requête et des conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Bas-Rhin.
Ils font valoir, à titre principal, que la requête est tardive et que, par voie de conséquence, les conclusions présentées par la CPAM du Bas-Rhin sont irrecevables et, à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par Mme A et la CPAM du Bas-Rhin ne sont pas fondés et, à titre infiniment subsidiaire, que les demandes de Mme A et de la CPAM du Bas-Rhin soient ramenées à de plus justes proportions.
Par un mémoire du 12 juin 2024, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Bas-Rhin, agissant au nom et pour le compte de la CPAM du Haut-Rhin, demande au tribunal :
- de condamner les HUS à lui verser la somme de 1 474,28 euros en remboursement des débours exposés pour Mme A, assortie des intérêts au taux légal ;
- de condamner les HUS à lui verser la somme de 491,93 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;
- de mettre à la charge des HUS les entiers frais et dépens.
La caisse soutient qu'elle est fondée à réclamer le remboursement de sa créance à l'établissement hospitalier en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Par ordonnance du 10 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 26 juillet 2024.
Par une lettre du 20 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions présentées par la CPAM du Bas-Rhin tendant à ce qu'il soit mis à la charge des HUS les dépens en l'absence de dépens.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme Klipfel,
-les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique,
-et les observations de Me Weis, représentant les HUS.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a subi le 13 novembre 2018 une hystérectomie totale avec annexectomie unilatérale gauche et salpingectomie droite par coelioscopie. Son ovaire droit a pu être préservé lors de cette intervention. Mme A a consulté le service de chirurgie générale et digestive des hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS) pour le traitement d'une hernie crurale bilatérale symptomatique dont elle souffrait. Lors de l'intervention chirurgicale pratiquée le 26 mars 2019, l'ovaire droit de Mme A a été dévascularisé, conduisant à la réalisation d'une ovariectomie. Mme A a adressé aux HUS une demande indemnitaire préalable le 2 juillet 2019. Le 29 mai 2020, une troisième intervention a eu lieu pour le traitement d'un prolapsus. Lors de cette intervention, Mme A a subi une plaie à la vessie et au vagin. A la suite de sa sortie de l'hôpital, elle a constaté un écoulement d'urine par le vagin à compter du 9 juin 2020. La patiente a fait l'objet d'un uroscanner qui a révélé l'existence d'une fistule vésicovaginale. Une sonde urinaire a été posée le 11 juin 2020. En raison de la persistance des pertes d'urine par le vagin, une quatrième intervention chirurgicale consistant en une pyélostomie bilatérale a été pratiquée le 16 juin 2020. Par lettre du 18 juin 2021, les HUS ont rejeté la demande indemnitaire préalable de Mme A susmentionnée. Le 23 août 2021, Mme A a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCIAM) d'une demande de règlement amiable. Par un avis du 23 juin 2022, reçu par Mme A le 11 juillet 2022, la CCIAM a estimé qu'elle n'était pas compétente pour connaître de la demande de l'intéressée. Par des lettres du 7 septembre 2022, Mme A a demandé respectivement à l'ONIAM et aux HUS l'indemnisation des préjudices qu'elle avait subis en lien avec les interventions dont elle avait fait l'objet les 26 mars et 29 mai 2020. Par une lettre du 8 septembre 2022, l'ONIAM a rejeté la demande de Mme A. Par une lettre du 19 octobre 2022, la SHAM, assureur des HUS, a proposé une indemnisation à Mme A qu'elle a refusée. Par sa requête, Mme A demande la condamnation des HUS à réparer les préjudices en lien avec la prise en charge dont elle a fait l'objet dans cet établissement hospitalier les 26 mars et 29 mai 2020 et la condamnation de l'ONIAM à réparer au titre de la solidarité nationale les préjudices résultant de sa prise en charge le 29 mai 2020.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
En ce qui concerne la tardiveté de la requête :
2. D'une part, aux termes des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".
3. L'article L. 1142-7 du code de la santé publique prévoit qu'une personne qui s'estime victime d'un dommage imputable à une activité de prévention, de diagnostic ou de soins peut saisir la commission de conciliation et d'indemnisation et que cette saisine interrompt le délai de recours contentieux jusqu'au terme de la procédure engagée devant la commission. Eu égard à l'objectif poursuivi par le législateur en instituant cette procédure, la notification de la décision par laquelle un établissement public de santé rejette la réclamation d'un patient tendant à l'indemnisation d'un dommage doit indiquer non seulement que le tribunal administratif peut être saisi dans le délai de deux mois mais aussi que ce délai est interrompu en cas de saisine de la commission de conciliation et d'indemnisation. Si elle ne comporte pas cette double indication, la notification ne fait pas courir le délai imparti à l'intéressé pour présenter un recours indemnitaire devant le juge administratif. Il résulte, par ailleurs, du principe de sécurité juridique que le destinataire d'une décision administrative individuelle qui a reçu notification de cette décision ou en a eu connaissance dans des conditions telles que le délai de recours contentieux ne lui est pas opposable doit, s'il entend obtenir l'annulation ou la réformation de cette décision, saisir le juge dans un délai raisonnable, qui ne saurait, en règle générale et sauf circonstances particulières, excéder un an. Toutefois, cette règle ne trouve pas à s'appliquer aux recours tendant à la mise en jeu de la responsabilité d'une personne publique qui, s'ils doivent être précédés d'une réclamation auprès de l'administration, ne tendent pas à l'annulation ou à la réformation de la décision rejetant tout ou partie de cette réclamation mais à la condamnation de la personne publique à réparer les préjudices qui lui sont imputés. La prise en compte de la sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause indéfiniment des situations consolidées par l'effet du temps, est alors assurée par les règles de prescription prévues par la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics ou, en ce qui concerne la réparation des dommages corporels, par l'article L. 1142-28 du code de la santé publique.
4. Il résulte de l'instruction qu'une demande indemnitaire préalable a été adressée par Mme A aux HUS le 2 juillet 2019 concernant sa prise en charge du 26 mars 2019. En l'absence de réponse des HUS dans un délai de deux mois, une décision implicite de rejet est née. Dès lors que la requérante n'a pas été informée de ce que le tribunal administratif pouvait être saisi dans le délai de deux mois mais aussi que ce délai était interrompu en cas de saisine de la commission de conciliation et d'indemnisation, le délai de recours contentieux à la suite de cette décision implicite n'a pas commencé à courir. Si les HUS font valoir en défense qu'une décision expresse rejetant sa demande indemnitaire préalable présentée le 2 juillet 2019, qui mentionnait les voies et délais de recours, a été notifiée à Mme A le 22 juin 2021, ils ne justifient pas de la date de réception de cette décision par la requérante. Ainsi, dans ces circonstances, il n'est pas établi que le délai de recours contentieux aurait été écoulé à la date d'enregistrement de la requête. Par ailleurs, dans le cadre de la saisine de la CCIAM, Mme A a demandé, outre l'indemnisation des préjudices en lien avec l'intervention chirurgicale du 26 mars 2019, pour laquelle elle avait lié le contentieux avec sa lettre du 2 juillet 2019, l'indemnisation des préjudices subis en lien avec l'intervention du 29 mai 2020. L'avis de la CCIAM a été notifié à Mme A le 11 juillet 2022. Il ne résulte pas de l'instruction que, lorsqu'ils ont été informés par la commission de la demande présentée par l'intéressée, les HUS ont porté à la connaissance de celle-ci les conditions de naissance d'une décision implicite de rejet ainsi que les voies et délais de recours ouverts contre cette décision, y compris l'effet suspensif s'attachant à la saisine de la commission. Par suite, il résulte de ce qui précède qu'il n'est pas établi que la requête de Mme A enregistrée le 3 novembre 2022 serait tardive. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête opposée par les HUS ne peut pas être accueillie.
En ce qui concerne l'irrecevabilité des conclusions présentées par la CPAM :
5. Aux termes des dispositions de l'article 376-1 du code de la sécurité sociale, la caisse primaire d'assurance maladie exerce un droit propre lorsqu'elle saisit le juge d'une demande tendant à ce que l'auteur du dommage dont son assuré a été victime soit condamné à lui rembourser les prestations qu'elle a versées en raison de l'accident. Il suit de là que la recevabilité des conclusions présentées par l'assuré est sans incidence sur le sort de l'action exercée par la caisse.
6. Eu égard à ce qui a été dit au point précédent, les HUS ne peuvent utilement faire valoir que la requête de Mme A est tardive pour soutenir que les conclusions de la CPAM sont irrecevables. En tout état de cause, il résulte de ce qui été dit au point 4 que la requête de Mme A n'est pas tardive. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée à la demande de la CPAM par l'établissement hospitalier ne peut pas davantage être accueillie.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de l'ONIAM au titre de la solidarité nationale :
7. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " () II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret. ".
8. Il résulte de ces dispositions que l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation des dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la double condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état et que leur gravité excède le seuil défini à l'article D. 1142-1 du même code.
9. La condition d'anormalité du dommage doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement.
10. Lorsque les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l'acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible. Ainsi, elles ne peuvent être regardées comme anormales au regard de l'état du patient lorsque la gravité de cet état a conduit à pratiquer un acte comportant des risques élevés dont la réalisation est à l'origine du dommage.
11. Il résulte de l'instruction que Mme A a été victime de deux plaies, l'une à la vessie et l'autre au vagin, lors de l'intervention chirurgicale qu'elle a subie le 29 mai 2020 visant à traiter un prolapsus dont elle souffrait et qu'elle a, dans les suites de cette intervention, présenté une fistule vésicovaginale. Si Mme A soutient que la fistule vésicovaginale lui a causé une incontinence urinaire, le même risque existait en l'absence de chirurgie. Par ailleurs, il résulte également de l'instruction, et plus particulièrement du rapport de l'expertise ordonnée par la CCIAM, que la survenance de plaies à la vessie et au vagin de même que l'apparition d'une fistule vésicovaginale font partie des complications classiques de la chirurgie du prolapsus. Il s'ensuit que le critère d'anormalité du dommage prévu par les dispositions précitées n'est pas rempli. Il s'ensuit que la responsabilité de l'ONIAM au titre de la solidarité nationale ne peut être engagée, sans qu'il soit besoin d'apprécier le critère de gravité des préjudices subis.
En ce qui concerne la responsabilité des HUS :
12. En premier lieu, aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. ".
13. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expertise susmentionnée et alors même que le pelvis de la patiente était cicatriciel, que l'absence de reconnaissance par le chirurgien de l'ovaire droit de Mme A lors de l'intervention chirurgicale susmentionnée et qui a conduit à sa dévascularisation accidentelle puis à son ablation est constitutif d'une faute médicale de nature à engager la responsabilité de l'hôpital.
14. En second lieu, aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () /Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel. / () En cas de litige, il appartient au professionnel ou à l'établissement de santé d'apporter la preuve que l'information a été délivrée à l'intéressé dans les conditions prévues au présent article. Cette preuve peut être apportée par tout moyen. (). ".
15. Il résulte de ces dispositions que doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui, soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence.
16. D'une part, il ne résulte pas de l'instruction que le risque d'ovariectomie aurait dû être porté à la connaissance de Mme A, celui-ci n'étant pas un risque connu de l'intervention subie par la requérante.
17. D'autre part, il résulte de l'instruction, et plus particulièrement du rapport de l'expertise susmentionnée, que Mme A, ainsi que son médecin traitant, ont été informés des modalités de l'intervention, des bénéfices attendus de la chirurgie, des risques potentiels notamment sur le plan sexuel, urinaire, de la récidive, de l'aggravation initiale de la constipation et de l'échec de l'intervention. Dans ces circonstances, il n'est donc pas établi que la patiente n'aurait pas été informée des risques de plaies de la vessie et du vagin et de développement d'une fistule vésico-vaginale. Par suite, en l'absence de défaut d'information, la responsabilité de l'hôpital ne peut pas être engagée sur ce fondement.
En ce qui concerne le lien de causalité :
18. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expertise susmentionné, que les séquelles dont souffre Mme A, à savoir une ménopause précoce, sont directement liées à l'ablation de l'ovaire droit intervenue en raison de la faute commise par le centre hospitalier lors de l'intervention chirurgicale du 26 mars 2019.
En ce qui concerne les préjudices :
S'agissant des préjudices patrimoniaux permanents :
Quant aux dépenses de santé :
19. La CPAM du Bas-Rhin soutient avoir exposé 51,80 euros de frais médicaux à la date du présent jugement consistant en des consultations de suivi en gynécologie les 2 mai, 6 septembre et 16 décembre 2019, justifiées par l'état de santé de la requérante. En revanche, si elle soutient avoir exposé 275,88 euros de frais pharmaceutiques, pour la période du 6 juin 2019 au 20 février 2023, elle ne justifie pas, comme le fait valoir à juste titre les HUS en défense, le lien entre le produit de lavement rectal facturé et l'ovariectomie subie par Mme A. Il y a donc lieu de déduire des 275,88 euros la somme de 2,57 euros. En outre, pour la période comprise entre le 20 février 2023 et le 5 avril 2028, date à laquelle Mme A aurait dû être théoriquement ménopausée en l'absence d'ovariectomie, il y a lieu de reconnaître à la caisse un droit au remboursement total de trois consultations de gynécologie, soit la somme de 90 euros et au remboursement d'une boite par mois, et non trois comme le fait valoir les HUS en défense, du traitement hormonal de substitution, soit pour 63 mois de traitement la somme de 369,81 euros. Le préjudice indemnisable au titre du poste des dépenses de santé futures s'élève donc à 784,92 euros, en l'absence de dépenses de santé exposées par la victime. La CPAM est donc fondée à obtenir l'intégralité de la somme demandée, soit la somme de 784,92 euros.
S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux permanents :
Quant au déficit fonctionnel permanent :
20. La réparation du déficit fonctionnel permanent de 3% imputable à la faute de l'hôpital doit, pour une femme de quarante et un ans à la date de consolidation, être fixée à la somme de 3 500 euros.
21. Il résulte de tout ce qui précède que les HUS doivent être condamnés à payer, d'une part, à Mme A une indemnité de 3 500 euros et, d'autre part, à la CPAM la somme de 784,92 euros au titre des débours.
Sur les intérêts :
22. La CPAM du Bas-Rhin a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 784,92 euros à compter de la date d'enregistrement de son mémoire, soit le 12 juin 2024.
Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :
23. En application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'article 1er de l'arrêté du 27 décembre 2018, il y a lieu d'allouer à la caisse la somme de 261,64 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Sur les dépens de l'instance :
24. La présente instance n'ayant pas engendré de dépens, les conclusions présentées par la CPAM du Bas-Rhin sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
25. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, les HUS verseront à Mme A une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, dès lors que l'ONIAM n'est pas la partie perdante, les conclusions de Mme A présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent pas être accueillies.
D E C I D E :
Article 1er : Les HUS sont condamnés à payer à Mme A la somme de 3 500 (trois mille cinq cents) euros.
Article 2 : Les HUS sont condamnés à payer à la CPAM du Bas-Rhin la somme de 784,92 euros (sept cent quatre-vingt-quatre euros et quatre-vingt-douze centimes) avec intérêt au taux légal à compter du 12 juin 2024.
Article 3 : Les HUS verseront à Mme A la somme de 2 000 (deux mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les HUS verseront à la CPAM du Bas-Rhin une somme de 261,64 euros (deux cent soixante et un euros et soixante-quatre centimes) au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin, aux hôpitaux universitaires de Strasbourg et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Carrier, président,
Mme Bronnenkant, première conseillère,
Mme Klipfel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.
La rapporteure,
V. KLIPFEL
Le président,
C. CARRIER
Le greffier,
S. PILLET
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2207310
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026