mercredi 1 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2207322 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | DOLLÉ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 novembre 2022, M. B C, représenté par Me Dollé, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2022 par lequel le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de réexaminer sa situation dans un délai déterminé, au besoin sous astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi
du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet a tenu compte du déroulement de l'entretien d'intégration républicaine, qui n'est pas une condition de délivrance du titre prévu à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3 1° de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation du requérant ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3 1° de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation du requérant ;
- la décision fixant le délai de départ volontaire est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 7 de la directive du 16 décembre 2008 ;
- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 novembre 2022, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les observations de Me Dollé, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant bosnien né le 12 juin 1996, déclare être entré en France le 11 mars 2017 et sa demande d'asile a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile par décision du 16 février 2018. Il a ensuite sollicité sans succès la délivrance d'un titre de séjour, et il a en dernier lieu déposé le 13 mai 2022 une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 5 octobre 2022, le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, la circonstance que le préfet de la Moselle se soit notamment référé aux conditions du déroulement de l'entretien d'intégration républicaine du requérant pour apprécier le caractère exceptionnel de sa demande n'est pas de nature à entacher la décision de refus de séjour d'une erreur de droit.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
4. M. C réside en France depuis plus de 5 ans. Il fait valoir que son épouse y réside également et que leurs deux enfants, nés le 16 novembre 2017 et le 29 janvier 2020, y sont scolarisés. Toutefois, l'épouse du requérant s'est également vu refuser la délivrance d'un titre de séjour et se maintient sur le territoire français en situation irrégulière. En outre, si M. C soutient sans l'établir avoir de la famille, notamment des cousins et un frère, en France, il est constant que ses parents résident en Bosnie-Herzégovine, de même que la famille de son épouse. Ainsi, il n'y aurait pas d'obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans le pays d'origine. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intégration du requérant dans la société française serait telle que la décision contestée porterait à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle été prise. Par conséquent, le préfet de la Moselle n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en refusant de délivrer à M. C un titre de séjour.
5. En troisième lieu, l'article 3 1° de la convention internationale relative aux droits de l'enfant stipule que : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. " La cellule familiale pouvant être reconstituée dans le pays d'origine du requérant, la décision de refus de titre de séjour n'implique pas par elle-même que les enfants seraient amenés à être séparés d'un de leurs parents. La scolarité que l'aînée du couple a débuté à l'école maternelle pourra en outre se poursuivre dans le pays d'origine sans que cela n'emporte, à ce stade, de conséquences sur son apprentissage. M. C n'est dès lors pas fondé à soutenir que le préfet de la Moselle aurait méconnu les stipulations précitées.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14./Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".
7. D'une part, le préfet de la Moselle, pour considérer que la promesse d'embauche du requérant ne constituait pas un motif exceptionnel au sens des dispositions précitées, a pu, sans commettre d'erreur de droit, tenir compte de son expérience et de ses qualifications.
8. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que les qualifications et l'expérience professionnelle de M. C, titulaire d'un diplôme de carreleur-terrassier et qui aurait exercé sa profession pendant deux ans avant son arrivée en France, constitueraient un motif exceptionnel d'admission au séjour, de sorte que le préfet de la Moselle n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer le titre de séjour demandé.
9. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4, 5 et 8, le préfet de la Moselle n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, le préfet de la Moselle n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en prononçant à l'encontre de M. C une obligation de quitter le territoire français.
11. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le préfet de la Moselle n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 1° de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
12. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4, 5 et 8, le préfet de la Moselle n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant.
En ce qui concerne le délai de départ volontaire de trente jours :
13. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision./L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. " Ces dispositions ont assuré la transposition des stipulations de la directive du 16 décembre 2008 invoquée par le requérant, qui ne saurait dès lors utilement s'en prévaloir.
14. M. C ne fait valoir aucun motif exceptionnel qui justifierait au cas présent un délai de départ volontaire supérieur à trente jours, de sorte qu'il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Moselle aurait commis une erreur de droit en assortissant l'obligation de quitter le territoire français d'un délai de départ volontaire de trente jours.
En ce qui concerne le pays de destination :
15. D'une part, il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour fixer le pays de destination de la mesure d'éloignement, le préfet de la Moselle a indiqué que M. C avait la nationalité bosnienne et qu'il n'établissait pas être exposé, en cas de retour dans son pays d'origine, à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Dès lors, la décision contestée est suffisamment motivée.
16. D'autre part, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " M. C ne fait état d'aucune circonstance de nature à établir qu'il encourrait un risque de traitement inhumain ou dégradant en cas de retour dans son pays d'origine, et il n'est dès lors pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
17. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, le préfet de la Moselle s'est référé aux dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il a précisé que le requérant s'était soustrait à plusieurs mesures d'éloignement et qu'il ne faisait état d'aucune circonstance humanitaire particulière. Dès lors, la décision contestée est suffisamment motivée.
18. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4 et 5,
M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
19. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français./Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".
Eu égard aux circonstances exposées ci-dessus, notamment aux points 4, 5 et 8, le préfet de la Moselle n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.
20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 5 octobre 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Dollé et au préfet de la Moselle.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 11 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Rees, président,
Mme Merri, première conseillère,
Mme Dobry, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2023.
La rapporteure,
S. A
Le président,
P. REES La greffière,
M.-C. SCHMIDT
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026