mardi 15 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2207356 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SABATAKAKIS |
Vu les procédures suivantes :
I - Par une requête, enregistrée le 4 novembre 2022, Mme F D, représentée par Me Sabatakakis, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités espagnoles ;
3°) d'annuler l'arrêté du 3 novembre 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin a prononcé son assignation à résidence ;
4°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin, à titre principal, de la placer en procédure d'asile normale et de lui délivrer une attestation de demande d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente décision ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le même délai ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros hors taxe au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
Sur la décision de transfert :
- l'information prévue par les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ne lui a pas été donnée ;
- elle n'a pas bénéficié d'un entretien individuel conforme aux dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- la décision de transfert est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard notamment des dispositions de l'article 17, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant assignation à résidence :
- elle sera annulée en conséquence de l'illégalité de la décision de transfert aux autorités espagnoles ;
- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
II - Par une requête, enregistrée le 4 novembre 2022, Mme E D, représentée par Me Sabatakakis, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités espagnoles ;
3°) d'annuler l'arrêté du 3 novembre 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin a prononcé son assignation à résidence ;
4°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin, à titre principal, de la placer en procédure d'asile normale et de lui délivrer une attestation de demande d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente décision ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le même délai ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros hors taxe au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
Sur la décision de transfert :
- l'information prévue par les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ne lui a pas été donnée ;
- elle n'a pas bénéficié d'un entretien individuel conforme aux dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- la décision de transfert est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard notamment des dispositions de l'article 17, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant assignation à résidence :
- elle sera annulée en conséquence de l'illégalité de la décision de transfert aux autorités espagnoles ;
- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le traité sur l'Union européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B en application des dispositions de l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Merri, magistrate désignée ;
- les observations de Me Sabatakakis, avocate de Mmes D, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et soutient, en outre, que le premier entretien n'a pas été réalisé conformément à l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, qu'aucun second entretien n'a eu lieu sauf à considérer que la simple remise des brochures constitue un entretien individuel, rappelle que les requérantes sont entourées et assistées en France par les membres de leur famille, et que leur état de santé, et la présence de leur entourage en France, fait obstacle à leur remise aux autorités espagnoles ;
- les observations de Mme F D, présente à l'audience, assistée de M. C, interprète en langue dari et pachtoun ;
- et les observations de M. A, représentant la préfète du Bas-Rhin.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n° 2207356 et 2207357, présentées respectivement pour Mme F D et Mme E D, sont relatives à la situation de membres d'une même famille et posent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. Les requérantes, ressortissantes afghanes nées respectivement le 1er juillet 1959 et le 1er janvier 1984, ont déclaré être entrées sur le territoire français en provenance d'un autre Etat membre. Le 8 juillet 2022, elles se sont présentées à la préfecture du Bas-Rhin afin de solliciter leur admission au bénéfice de l'asile. Le relevé décadactylaire du fichier VIS a confirmé que les intéressées étaient chacune titulaires d'un visa délivré par les autorités espagnoles. Par décisions en date du 22 septembre 2022, la préfète du Bas-Rhin a décidé de leur transfert aux autorités espagnoles et les a assignées à résidence. Par les présentes requêtes, Mme F D et Mme E D demandent l'annulation de ces décisions.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre Mme F D et Mme E D au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement des articles 20 de la loi du 10 juillet 1991 et 61 du décret du 28 décembre 2020.
Sur les conclusions à fin d'annulation des arrêtés de transfert :
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que les requérantes ont fui l'Afghanistan à la fin de l'année 2021 pour se réfugier en Inde, Etat à partir duquel leur entourage, résidant en France, a effectué les demandes de visa et l'ensemble des démarches envisageables auprès du ministère français des affaires étrangères afin de permettre leur entrée sur le territoire français. Il ressort à cet égard des pièces du dossier que les autorités françaises, destinataires en août 2021 d'un message d'alerte émis par Mme E D à propos de sa situation et de celle de sa mère en Afghanistan, étaient ensuite avisées, dès le mois d'avril 2022, que les requérantes étaient isolées en Inde, et que leur famille en France s'engageait à les prendre en charge et à les héberger. Il est justifié notamment de l'acquittement des frais de visa. Les intéressées sont arrivées en France pour rejoindre la belle-famille d'un des fils de G D, lui-même réfugié aux Etats-Unis. Les membres de cette famille sont présents en France, ils justifient de la nationalité française. En outre, les requérantes justifient que la belle-sœur du fils de G D et sa famille ont pleinement contribué à leur arrivée et leur rapatriement en France depuis l'Afghanistan puis l'Inde, et qu'ils assument à l'heure actuelle entièrement l'accueil et l'hébergement des requérantes, dont il n'est pas contesté par la préfète du Bas-Rhin qu'elles ne pourraient en bénéficier en Espagne, où elles seront isolées. Enfin, Mme E D justifie, par les pièces qu'elle produit dans la présente instance, être hospitalisée depuis plusieurs semaines dans le service des maladies infectieuses et tropicales des hôpitaux universitaires de Strasbourg, et ne pouvoir, dans ces conditions, assister sa mère, Mme F D, dans ses déplacements et les gestes de la vie quotidienne. Dans ces conditions, les requérantes sont, dans les circonstances particulières de l'espèce, fondées à soutenir que la préfète du Bas-Rhin, en ne recourant pas au pouvoir discrétionnaire dont elle dispose en vertu des dispositions précitées de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013, a entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, Mme F D et Mme E D sont fondées à demander l'annulation des décisions du 22 septembre 2022 par lesquelles la préfète du Bas-Rhin a décidé de leur transfert aux autorités espagnoles, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions du même jour par lesquelles la préfète du Bas-Rhin les a assignées à résidence.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
7. Compte tenu du motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que la préfète du Bas-Rhin procède à l'enregistrement des demandes d'asile de Mme F D et Mme E D et leur remette une attestation de demande d'asile portant la mention " procédure normale - première demande d'asile " afin qu'elles puissent saisir l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Il y a lieu de prescrire à la préfète du Bas-Rhin d'y procéder dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
8. Mme F D et Mme E D, admises au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sont représentées par Me Sabatakakis. Par suite, cette dernière peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros hors taxe à Me Sabatakakis, sous réserve de l'admission définitive des requérantes à l'aide juridictionnelle, et que Me Sabatakakis renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1 : Mme F D et Mme E D sont admises au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les décisions du 22 septembre 2022 par lesquelles la préfète du Bas-Rhin a décidé du transfert de Mme F D et Mme E D aux autorités espagnoles, et les a assignées à résidence, sont annulées.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète du Bas-Rhin d'enregistrer les demandes d'asile et de remettre à Mme F D et Mme E D une attestation de demande d'asile portant la mention " procédure normale - première demande d'asile " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement.
Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros hors taxe à Me Sabatakakis, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Sabatakakis renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme F D et Mme E D, à Me Sabatakakis et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-Mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Strasbourg.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2022.
La magistrate désignée,
D. BLe greffier,
C. Bohn
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2207356, 2207357
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026