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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2207500

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2207500

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2207500
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELÀRL SOLER-COUTEAUX ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 novembre 2022, Mme B A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 septembre 2022 du maire de Blotzheim portant exécution de mesures d'office à son encontre en vue de procéder à l'enlèvement de déchets dans la cour privative de sa maison d'habitation ;

2°) d'enjoindre au maire de Blotzheim de lui restituer les objets confisqués dans les meilleurs délais.

Elle soutient que :

- l'arrêté municipal en litige ne lui a pas été envoyé en courrier recommandé ;

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'avait pas été informée au préalable de l'intervention de la police municipale pour dresser les rapports de constatation et que ces agents sont entrés sur sa propriété sans son autorisation ;

- il est entaché d'erreur d'appréciation ; les divers objets qui se trouvaient sur sa propriété ne représentaient aucun risque pour la santé ou l'environnement et les trois voitures ne sont pas des épaves.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 8 août 2023, la commune de Blotzheim, représentée par Me Gillig, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de Mme A la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- la décision n° 2000/532/CE du 03/05/00 remplaçant la décision 94/3/CE établissant une liste de déchets en application de l'article 1er, point a), de la directive 75/442/CEE du Conseil relative aux déchets et la décision 94/904/CE du Conseil établissant une liste de déchets dangereux en application de l'article 1er, paragraphe 4, de la directive 91/689/CEE du Conseil relative aux déchets dangereux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jordan-Selva,

- les conclusions de M. Therre, rapporteur public,

- les observations de Me Gillig, avocat de la commune de Blotzheim.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A réside dans une maison sise 34 rue du Foyer à Blotzheim (Haut-Rhin). Elle demande l'annulation de l'arrêté municipal du 8 septembre 2022 par lequel le maire de la commune a prescrit l'exécution d'office de mesures en vue d'éliminer les déchets entreposés dans la cour de sa propriété.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, à la supposer même établie, la méconnaissance des formalités de notification de l'arrêté municipal en litige est sans incidence sur sa légalité.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale, de la police rurale et de l'exécution des actes de l'Etat qui y sont relatifs. ". Aux termes de l'article L. 2212-2 du même code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. () ". Aux termes de l'article L. 541-1-1 du code de l'environnement : " Au sens du présent chapitre, on entend par : Déchet : toute substance ou tout objet, ou plus généralement tout bien meuble, dont le détenteur se défait ou dont il a l'intention ou l'obligation de se défaire ; () ". Aux termes de l'article L. 541-3 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Lorsque des déchets sont abandonnés, déposés ou gérés contrairement aux prescriptions du présent chapitre et des règlements pris pour leur application, à l'exception des prescriptions prévues au I de l'article L. 541-21-2-3, l'autorité titulaire du pouvoir de police compétente avise le producteur ou détenteur de déchets des faits qui lui sont reprochés ainsi que des sanctions qu'il encourt et, après l'avoir informé de la possibilité de présenter ses observations, écrites ou orales, dans un délai de dix jours, le cas échéant assisté par un conseil ou représenté par un mandataire de son choix, peut lui ordonner le paiement d'une amende au plus égale à 15 000 € et le mettre en demeure d'effectuer les opérations nécessaires au respect de cette réglementation dans un délai déterminé. / Au terme de cette procédure, si la personne concernée n'a pas obtempéré à cette injonction dans le délai imparti par la mise en demeure, l'autorité titulaire du pouvoir de police compétente peut, par une décision motivée qui indique les voies et délais de recours : () 2° Faire procéder d'office, en lieu et place de la personne mise en demeure et à ses frais, à l'exécution des mesures prescrites. () ". Aux termes de l'article R. 541-7 de ce même code : " Il est établi une liste unique des déchets qui figure à l'annexe de la décision 2000/532/CE de la Commission du 3 mai 2000 remplaçant la décision 94/3/CE établissant une liste de déchets en application de l'article 1er, point a), de la directive 75/442/CEE du Conseil relative aux déchets et la décision 94/904/CE du Conseil établissant une liste de déchets dangereux en application de l'article 1er, paragraphe 4, de la directive 91/689/CEE du Conseil relative aux déchets dangereux. Toutes les informations relatives aux déchets prévues par le présent titre et ses textes d'application doivent être fournies en utilisant les codes indiqués dans cette liste. ". La décision 2000/532/CE de la commission européenne du 3 mai 2000 mentionne dans son chapitre 16 les véhicules hors d'usage et leurs composants.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a été dûment mise en demeure, par un arrêté municipal du 26 août 2022, d'enlever, dans un délai de dix jours, les déchets entreposés sur sa propriété. Il ne résulte pas de l'instruction que la requérante aurait déféré à cette mise en demeure. Aucun formalisme particulier n'est prévu en ce qui concerne le constat d'un dépôt de déchets dans des conditions contraires à celles imposées par le code de l'environnement. Mme A ne peut ainsi pas utilement soutenir, pour contester la légalité de l'arrêté municipal du 8 septembre 2022 prescrivant l'enlèvement des déchets accumulés dans la cour de sa propriété, que les rapports de constatations réalisées au préalable par les agents de police municipale auraient été établis de manière irrégulière. Le moyen tiré du vice de procédure, tel qu'il est soulevé, est inopérant et doit être écarté.

5. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier qu'un premier constat a été effectué sur place par les services de police municipale, le 10 août 2022 à la suite d'un signalement émanant du voisinage et qu'un second constat des mêmes services a été réalisé le 7 septembre 2022, au terme du délai de dix jours laissé dans la mise en demeure. Il résulte également de l'instruction qu'il a été procédé à ces deux constats sans pénétrer dans la propriété de Mme A, sa cour étant visible depuis des parcelles appartenant à la commune et depuis le terrain mitoyen appartenant à un voisin qui a laissé les agents de police entrer sur sa propriété. Ainsi, le moyen tiré de l'irrégularité de l'intervention de la police municipale en l'absence d'autorisation de pénétrer sur une propriété privée n'est, en tout état de cause, pas fondé.

6. En troisième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des rapports de constatations établis par la police municipale le 10 août et le 7 septembre 2022 et des photographies produites, que sont entreposés depuis de plusieurs années, dans la cour de la maison occupée par Mme A, des amas de cartons, plastiques, métaux et autres matériaux divers ainsi que trois véhicules. Il ressort notamment du procès-verbal de constat d'huissier réalisé le 11 octobre 2022 que ces véhicules étaient anciens et en mauvais état et n'étaient plus, depuis un temps certain, en état d'être utilisés comme moyen de locomotion. La requérante n'apporte aucun élément tendant à démontrer qu'ils ne seraient pas hors d'usage. Ainsi qu'il a été dit au point précédent, un véhicule hors d'usage est un déchet, au sens du code de l'environnement et de la règlementation européenne. Par suite, Mme A n'est pas fondée à contester la qualification de déchets, retenue par le maire de la commune de Blotzheim. Par ailleurs, il ressort sans ambiguïté des photographies versées au dossier en défense que les autres objets entreposés dans la cour de Mme A, constitués d'amas de métaux, de cartons et de plastiques, ainsi que diverses immondices, étaient de nature à porter atteinte à l'environnement et la salubrité publique eu égard à leur nature, à leur état, largement dégradé et à leurs conditions de stockage, sans rangement ni protection adéquate. Par les articles L. 541-1 et L. 541-2 du code de l'environnement, le législateur a fait obligation à tout producteur de déchets de les gérer jusqu'à leur élimination. Dès lors, le maire a pu, à bon droit, et compte tenu des désagréments et dangers potentiels que représente l'accumulation de nombreux déchets pour l'environnement et le voisinage, décider de faire procéder en lieu et place de Mme A à leur élimination. Il s'en suit qu'il n'y a pas lieu d'enjoindre à la commune de restituer les objets retirés.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme A doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

8. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme A la somme demandée par la commune de Blotzheim au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Blotzheim au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Blotzheim.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,

M. Boutot, premier conseiller,

Mme Jordan-Selva, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 15 octobre 2024.

La rapporteure,

S. Jordan-Selva

Le président,

S. Dhers

La greffière,

N. Adjacent

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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