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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2207603

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2207603

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2207603
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBLOCH-LEVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 novembre 2022, M. E D, représenté par Me Bloch-Levy, demande au tribunal :

1°) de l'admettre l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2022 de la préfète du Bas-Rhin portant obligation de quitter le territoire, fixant le pays de destination, prononçant une interdiction de retour sur le territoire français de 3 ans.

M. D soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions :

- les décisions sont entachées d'un vice d'incompétence ;

- elles ne sont pas motivées ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- la préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- la préfète n'a pas respecté les droits de la défense ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit ;

- la décision porte atteinte à son droit à mener une vie privée et familiale ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire prive de fondement cette décision ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 novembre 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête comme étant non fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Simon, magistrat désigné ;

- les observations de Me Bloch-levy, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;

- les observation de M. D ;

- le préfet de la Moselle, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant tchadien, demande l'annulation de l'arrêté du 14 octobre 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'oblige à quitter le territoire français sans délai, lui interdit le retour en France pendant trois ans et fixe le pays de destination.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". M. D a formulé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. Dans ces conditions, il y a lieu de prononcer son admission d'office au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

3. Par un arrêté du 4 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin du 7 octobre 2022, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. C, chef du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer les arrêtés relatifs aux étrangers. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté

4. La décision en cause comporte, contrairement à ce qui est soutenu, les considérations de droit et fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. D, ressortissant tchadien, est entré en France en septembre 2015 pour solliciter l'asile. Sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 29 juillet 2016 et la Cour nationale du droit d'asile le 21 avril 2017. En 2020, il a sollicité le bénéfice d'un titre de séjour en tant que conjoint français, demande qui a été rejetée le 10 novembre 2020 par la préfète du Bas-Rhin. Le tribunal de céans a statué sur le recours contre cette décision en rejetant la requête par jugement du 20 avril 2021. Le 9 mai 2022 l'intéressé a fait une nouvelle demande d'un titre de séjour en tant que conjoint de français. Le 11 juillet 2022 le requérant a été incarcéré à la maison d'arrêt de Strasbourg suite à une condamnation par le tribunal correctionnel de Strasbourg pour vol avec violence en récidive. Il est par ailleurs défavorablement connu des services de police. En conséquence son comportement constitue une menace pour l'ordre public et il ne justifie pas d'une intégration suffisante dans la société française. S'il fait valoir qu'il est marié avec Mme B, il n'est pas dépourvu de d'attache dans son pays d'origine dans lequel réside sa mère et où il a vécu jusqu'à l'âge de 21 ans. Eu égard aux conditions du séjour en France de M. D la préfète du Bas-Rhin n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect d'une vie privée et familiale normale par rapport aux buts en vue desquels l'obligation de quitter le territoire français a été prise. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le délai de départ volontaire :

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (). ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".

13. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le requérant a fait l'objet, de plusieurs obligations de quitter le territoire. Pour autant, il n'a pas déféré à ces mesures d'éloignement, et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire. Par suite, la préfète du Bas-Rhin pouvait, en application des dispositions précitées, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, sans entacher la décision en litige d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne la légalité la décision portant interdiction de retour :

15. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

16. Il résulte des termes de la décision que, pour la prononcer, la préfète du Bas-Rhin s'est fondée sur la circonstance selon laquelle aucun délai de départ volontaire n'était accordé au requérant et qu'il ne justifiait pas de circonstance humanitaire particulière. Pour fixer le délai de l'interdiction de retour, il a tenu compte du fait que le requérant dispose d'attaches familiales dans son pays d'origine et qu'il est une menace pour l'ordre public. Par suite, c'est sans méconnaître les dispositions des articles précités et sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation au regard du droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale que la préfète du Bas-Rhin a pu prendre la mesure litigeuse.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D tendant à l'annulation de l'arrêté de la préfète du Bas-Rhin du 14 octobre 2022 doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1. M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2. Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3. Le présent jugement sera notifié à M. E D et à la préfète du Bas-Rhin Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

H. ALa greffière,

L. Cherif

La République mande et ordonne à la préfète de du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

L. Cherif

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