jeudi 26 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2207684 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | GANGLOFF |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 novembre 2022, Mme A B, représentée par Me Gangloff, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet du Haut-Rhin en date du 25 octobre 2022 en tant qu'il a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et l'a astreinte à se présenter une fois par semaine au service de la brigade mobile de recherche ;
2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un certificat de résidence ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est insuffisamment motivée en droit, faute de mention, dans les visas, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces stipulations ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces stipulations ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'obligation de se présenter une fois par semaine au service de la brigade mobile de recherche sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle n'est pas motivée en droit.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2022, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D C,
- les observations de Me Gangloff, avocate E B.
Considérant ce qui suit :
Sur la légalité de la décision portant refus d'admission au séjour :
1. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et, au demeurant, de fait qui en constituent le fondement. Par suite, et alors même qu'elle ne vise pas les stipulations de l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, invoquées par Mme B dans sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, mais ne portant pas sur une catégorie de titre de séjour susceptible de lui être délivrée, le moyen tiré du défaut de motivation en droit doit être écarté.
2. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
3. Il est constant que Mme B, ressortissante tunisienne née en 1988, est entrée en France le 5 janvier 2022, sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités espagnoles, accompagnée de son époux et de leur fils mineur né en 2020. La durée de sa résidence habituelle et continue en France, qui est de neuf mois à la date de la décision en litige, demeure ainsi très limitée. Par ailleurs, la requérante se prévaut de la présence en France de sa mère, qui l'héberge, ainsi que d'un frère et d'une sœur, tous de nationalité française selon ses déclarations. Toutefois, elle ne conteste pas avoir vécu séparée de ces membres de sa famille depuis plusieurs années. En outre, si elle se prévaut de l'état de santé et du handicap de sa mère, elle n'établit, par les pièces qu'elle produit, ni que cette dernière nécessiterait l'assistance d'un tiers dans la vie quotidienne, au-delà de l'aide extérieure d'une durée d'une heure trente par jour qui lui est octroyée par les services de la maison départementale des personnes handicapées, ni, à supposer cette circonstance établie, qu'elle serait la seule personne en capacité d'apporter une telle aide à sa mère. En outre, à supposer démontré qu'elle n'a plus de nouvelles de son époux, ressortissant tunisien, depuis leur arrivée en France où il l'aurait, selon ses déclarations, abandonnée avec leur fils, la décision en litige ne fait pas obstacle à ce qu'elle poursuive sa vie familiale avec son enfant mineur dans leur pays d'origine. Elle n'établit par ailleurs pas être dépourvue de tout lien privé ou familial en Tunisie, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 33 ans et où elle ne conteste pas avoir exercé une activité professionnelle. Enfin, la décision en litige n'a pas pour effet de l'isoler des membres de sa famille vivant en France, dès lors qu'il lui est loisible de solliciter la délivrance d'un visa de court séjour pour leur rendre visite. Dans ces conditions, eu égard notamment à la brièveté du séjour E B en France, la décision en litige n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, elle n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui ne garantissent pas à un ressortissant étranger le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer une vie privée et familiale. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard de ces stipulations.
4. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
5. Pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 3, la décision contestée n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer le fils mineur E B de l'un de ses parents, ni de le priver de tout contact avec les membres de sa famille vivant en France. Par suite, elle n'a pas méconnu les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision faisant obligation à Mme B de quitter le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.
7. En deuxième lieu, eu égard à la situation personnelle et familiale E B, décrite au point 3, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard de ces stipulations doivent être écartés.
8. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention de
New-York relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
Sur la légalité de la décision astreignant l'intéressée à se présenter aux services de police pour y indiquer les diligences dans la préparation de son départ :
9. Aucune des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile visées dans l'arrêté en litige n'est relative à la décision par laquelle le préfet du Haut-Rhin a astreint Mme B à se présenter de manière hebdomadaire, durant le délai de départ volontaire de trente jours qui lui a été accordé, au service de la brigade mobile de recherche afin de justifier des diligences accomplies dans la préparation de son départ. Aussi, cette décision, qui impose des sujétions à l'intéressée et constitue une mesure de police, ne comporte pas les considérations de droit qui en constituent le fondement. Dépourvue de motivation en droit, cette décision doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
10. L'annulation de la décision astreignant Mme B à se présenter de manière hebdomadaire au service de la brigade mobile de recherche n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu d'admettre provisoirement Mme B à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Toutefois, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B est admise à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La décision du 25 octobre 2022 par laquelle le préfet du Haut-Rhin a astreint Mme B à se présenter de manière hebdomadaire, durant le délai de départ volontaire de trente jours qui lui a été accordé, au service de la brigade mobile de recherche est annulée.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Gangloff et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à la procureure de la République près le tribunal judiciaire de Mulhouse et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Strasbourg.
Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bonifacj, présidente,
M. Therre, premier conseiller,
Mme Bonnet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.
Le rapporteur,
A. C
La présidente,
J. Bonifacj
La greffière,
N. Adjacent
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026