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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2207685

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2207685

jeudi 30 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2207685
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantMAAMOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 novembre 2022, Mme A D, représentée par Me Maamouri, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 30 août 2022 par laquelle le président de l'université de Strasbourg a refusé sa réinscription en troisième année de licence de droit général pour l'année universitaire 2022/2023, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux du 16 septembre 2022 ;

3°) d'enjoindre à l'université de Strasbourg de procéder à son inscription en troisième année de licence de droit, dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'université de Strasbourg le versement une somme de 1 500 euros hors taxes à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision du 30 août 2022 a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, en l'absence de signature ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, en l'absence de consultation de la commission pédagogique ou du jury de diplôme ;

- les décisions du 30 août 2022 et du 16 septembre 2022 sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2023, l'université de Strasbourg conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- le moyen tiré de ce que la décision aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière est inopérant ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Poittevin,

- les conclusions de Mme Merri, rapporteure publique,

-et les observations de Mme B, représentant l'université de Strasbourg, et de Me Maamouri, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, inscrite en troisième année de licence de droit à l'université de Strasbourg au cours de l'année universitaire 2021/2022 et n'ayant pas validé son année, a demandé sa réinscription en troisième année au titre de l'année universitaire 2022/2023. Par la présente requête, Mme D conteste la décision du 30 août 2022 par laquelle le président de l'université a rejeté sa demande de réinscription, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé contre cette décision, née le 16 septembre 2022.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". En l'absence d'urgence, il n'y a pas lieu d'admettre provisoirement Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par une décision du 19 mars 2021, versée à l'instance et publiée sur le site internet de l'université de Strasbourg, le président de l'université a donné délégation à Mme C, responsable administrative, à l'effet de signer tous actes et décisions relatifs à l'inscription des étudiants en cas d'absence ou d'empêchement de la doyenne de la faculté de droit, de sciences politiques et de gestion. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cette dernière n'était pas absente ou empêchée lorsque Mme C a pris la décision contestée du 30 août 2022. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que cette décision a été prise par une personne non habilitée à cette fin doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ". Aux termes de l'article L. 212-2 de ce code : " Sont dispensés de la signature de leur auteur, dès lors qu'ils comportent ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, les actes suivants : 1° les décisions administratives qui sont notifiées au public par l'intermédiaire d'un téléservice conforme à l'article L. 112-9 et aux articles 9 à 12 de l'ordonnance n°2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives ainsi que les actes préparatoires à ces décisions ; / 2° Les décisions administratives relatives à la gestion de leurs agents produites par les administrations sous forme électronique dans le cadre de systèmes d'information relatifs à la gestion ou à la dématérialisation de processus de gestion des ressources humaines () 3° Quelles que soient les modalités selon lesquelles ils sont portés à la connaissance des intéressés, les saisies administratives à tiers détenteur, adressées tant au tiers saisi qu'au redevable, les lettres de relance relatives à l'assiette ou au recouvrement, les avis de mise en recouvrement, les mises en demeure de souscrire une déclaration ou d'effectuer un paiement, les décisions d'admission totale ou partielle d'une réclamation et les demandes de documents et de renseignements pouvant être obtenus par la mise en œuvre du droit de communication prévu au chapitre II du titre II de la première partie du livre des procédures fiscales ; / 4° Les visas délivrés aux étrangers. "

5. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 30 août 2022 portant refus de réinscription en troisième année de licence a été transmise à l'intéressée par courrier électronique. Cette décision, qui n'a, en particulier, pas été notifiée par l'intermédiaire d'un téléservice, n'est pas au nombre des décisions dispensées de la signature de leur auteur en vertu de l'article L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration précité. Toutefois, il est constant qu'elle mentionne l'identité, la qualité et le service de rattachement de son auteure, et qu'elle a été envoyée à partir d'une boîte de messagerie électronique professionnelle propre à cette agente. Dans ces conditions, il n'en résultait pour Mme D aucune ambiguïté quant à l'identité de l'auteur de cette décision et le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 2.1.1. du règlement des études et de la scolarité en licence et en master de l'université de Strasbourg pour l'année universitaire 2021/2022 : " () tout étudiant peut acquérir les unités d'enseignement constitutives de son cursus, de manière progressive, année après année, dans la limite de six inscriptions annuelles dans la même mention, dont trois dans la 1e année de licence. / Au-delà, toute inscription supplémentaire est soumise à l'autorisation du responsable du parcours ou du directeur des études (ou appellation équivalente) après consultation de la commission pédagogique ou du jury de diplôme, selon une procédure adoptée par le Conseil de composante () ".

7. Il résulte de ces dispositions que la consultation de la commission pédagogique ou du jury de diplôme n'est requise que lorsqu'il est envisagé, par dérogation au principe d'une limitation à six inscriptions dans la même mention, de délivrer à l'étudiant une autorisation d'inscription supplémentaire. Une telle consultation n'est, à l'inverse, pas requise lorsqu'un refus est opposé à la demande d'inscription supplémentaire. Mme D, qui a déjà été inscrite à six reprises en licence de droit, n'est dès lors pas fondée à soutenir que le président de l'université ne pouvait pas régulièrement prendre la décision de refus de réinscription contestée sans consultation préalable de la commission pédagogique.

8. En dernier lieu, Mme D fait valoir qu'elle a manqué de peu la validation de sa troisième année, ayant obtenu une moyenne de 9,988 sur 20 au titre de l'année 2021/2022, qu'elle a contracté le covid-19 au cours de sa période de révisions, ce qui a perturbé son travail, enfin, qu'elle est éloignée de sa famille et qu'elle ne maîtrisait pas la langue française au cours de ses premières années d'études. Toutefois, d'une part, le lien entre ses problèmes de santé, survenus fin décembre 2021, et l'insuffisance de ses résultats sur l'ensemble du semestre n'est pas établi. D'autre part, il constant que la requérante a été inscrite six années consécutives en licence de droit, dont deux fois en première année, deux fois en deuxième année, et deux fois en troisième année. Dans ces conditions, Mme D n'est pas fondée à soutenir que les décisions contestées, lui refusant une troisième inscription en troisième année de licence, soit une septième inscription dans la mention, sont entachées d'erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et à l'université de Strasbourg.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Rees, président,

Mme Dobry, première conseillère,

Mme Poittevin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2025.

La rapporteure,

L. POITTEVIN

Le président,

P. REESLa greffière,

V. IMMELÉ

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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