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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2207715

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2207715

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2207715
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantJUNG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 21 novembre 2022, 23 décembre 2022, 1er décembre 2023, 27 décembre 2023 et des mémoires récapitulatifs enregistrés les 4 janvier et 7 février 2024 la Caisse d'allocations familiales (CAF) de la Moselle, représentée par Me Chastagnol, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née le 9 octobre 2022 du ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion rejetant son recours hiérarchique, ensemble la décision du 2 décembre 2022 du ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion rejetant son recours hiérarchique ;

2°) d'enjoindre au ministre du travail, de la santé et des solidarités d'autoriser le licenciement de Mme D dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, ou à titre subsidiaire, de prendre une nouvelle décision dans ce même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions du 13 mai et du 2 décembre 2022 ne sont pas motivées ;

- la décision du 2 décembre 2022 ne fait pas état des faits de harcèlement commis par Mme D à l'encontre de Mme A ;

- Mme D a également tenu des propos agressifs, injurieux à l'égard d'autres collègues et membres de la direction de la CAF de la Moselle ;

- ses comportements ont conduit plusieurs représentants au CSE à la démission ;

- ces faits constituent des fautes graves qui justifient son licenciement ;

- les décisions sont entachées d'erreur d'appréciation ;

- l'absence de rupture du contrat de travail de Mme D pourrait conduire des collaborateurs victimes de ces agissements à engager la responsabilité de la CAF de la Moselle pour violation de son obligation de sécurité.

Par des mémoires enregistrés les 29 novembre 2023 et 5 février 2024, Mme G D, représentée par Me Jung, conclut au rejet de la requête et à ce que la requérante lui verse la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la demande d'autorisation de licenciement est tardive et méconnait les dispositions de l'article R. 2421-14 du code du travail ;

- l'audit mené par le cabinet ACCA est partial ;

- elle n'a jamais commis de faits de harcèlement moral ;

- elle n'a pas manqué à ses obligations professionnelles ;

- les éléments de preuve ont été réunis de manière déloyale ;

- ses agissements sont couverts pas son immunité de salariée protégée ;

- les faits sont prescrits ;

- la direction de la CAF s'ingère dans la gestion des affaires du syndicat CGT.

Par un mémoire enregistré le 8 décembre 2023, la ministre du travail, de la santé et des solidarités conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- la convention collective nationale de travail du personnel des organismes de sécurité sociale du 8 février 1957 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cormier, rapporteur ;

- les conclusions de Mme Bronnenkant, rapporteure publique ;

- les observations de Me Dulau substituant Me Chastagnol, représentant la CAF de la Moselle.

- et les observations de Me Jung, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D est employée depuis le 18 janvier 1988 au sein de la CAF de la Moselle. Elle bénéficie d'un contrat à durée indéterminée depuis le 18 janvier 1988. Elle exerce depuis le 1er janvier 2019 les fonctions d'agent d'accueil expert dans le service " territoires Moselle Est 3 ". Mme D est élue au comité social et économique (CSE) et a exercé les fonctions de secrétaire du comité à compter du 23 janvier 2020. Le 7 décembre 2021, Madame E, trésorière du CSE, et Madame C, représentante syndicale de la confédération générale du travail (CGT) au CSE, se sont rendues dans le bureau de Monsieur B, directeur de la CAF de la Moselle, afin de dénoncer le comportement de Madame D, évoquant des faits d'insultes, de dévalorisation au travail, d'accès de colère. Mme E a fait le même jour un signalement auprès de la médecine du travail. Mme E a démissionné de son mandat au CSE le 16 décembre 2021, en raison des comportements supposés de Mme D et a envoyé le 20 décembre 2021 un courrier peu équivoque sur les raisons de sa démission. Le 4 janvier 2022, Mme C a également signalé des faits similaires à la direction de la CAF. Le 17 janvier 2022, Mme F, ancienne secrétaire du comité d'entreprise, a également transmis un signalement sur les comportements de Mme D l'ayant poussée à la démission. Entre le 20 et le 26 janvier 2022, la CAF de la Moselle a confié la tenue d'une enquête administrative au cabinet " ACCA ". Par une décision du 8 mars 2022, Mme D a été mise à pied à compter du même jour et privée de son traitement. La CAF de la Moselle a transmis cette mesure conservatoire à l'inspection du travail le même jour et a convoqué Mme D à un entretien préalable à une éventuelle sanction disciplinaire pouvant aller jusqu'au licenciement pour faute grave. Le CSE a émis un avis défavorable à son licenciement le 16 mars 2022. Par un courrier du 18 mars 2022, le conseil de discipline a été convoqué le 30 mars 2022. Il a rendu un avis défavorable au licenciement de Mme D par 3 voix contre et une voix pour. Par un courrier du 1er avril 2022, la CAF de la Moselle a demandé l'autorisation de licencier Mme D pour faute grave à l'inspection du travail. Par une décision du 13 mai 2022, l'inspectrice du travail a refusé d'accorder cette autorisation. Par une décision implicite du 9 octobre 2022, la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion a rejeté le recours formé par la CAF de la Moselle contre la décision de l'inspectrice du travail. Par une décision du 2 décembre 2022, dont la CAF de la Moselle demande l'annulation, la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion a annulé la décision du 13 mai 2022 rendue par l'inspectrice du travail, a retiré la décision implicite de rejet née le 9 octobre 2022 et a refusé d'accorder l'autorisation de licenciement de Mme D.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article R. 2422-1 du code du travail : " Le ministre chargé du travail peut annuler ou réformer la décision de l'inspecteur du travail sur le recours de l'employeur, du salarié ou du syndicat que ce salarié représente ou auquel il a donné mandat à cet effet. Ce recours est introduit dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision de l'inspecteur. Le silence gardé pendant plus de quatre mois sur ce recours vaut décision de rejet. "

3. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

4. En l'espèce, par une décision du 2 décembre 2022, la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion a annulé la décision du 13 mai 2022 rendue par l'inspectrice du travail, a retiré la décision implicite de rejet née le 9 octobre 2022 et a refusé d'accorder l'autorisation de licenciement de Mme D.

5. Par suite, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision implicite née le 9 octobre 2022 doivent être redirigées contre la décision du 2 décembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 2421-14 du code du travail :

6. Aux termes de l'article R. 2421-14 du code du travail : " En cas de faute grave, l'employeur peut prononcer la mise à pied immédiate de l'intéressé jusqu'à la décision de l'inspecteur du travail. La consultation du comité d'entreprise a lieu dans un délai de dix jours à compter de la date de la mise à pied. La demande d'autorisation de licenciement est présentée dans les quarante-huit heures suivant la délibération du comité d'entreprise. S'il n'y a pas de comité d'entreprise, cette demande est présentée dans un délai de huit jours à compter de la date de la mise à pied. La mesure de mise à pied est privée d'effet lorsque le licenciement est refusé par l'inspecteur du travail ou, en cas de recours hiérarchique, par le ministre. "

7. Les délais fixés par l'article R. 2421-14 du code du travail dans lesquels la demande d'autorisation de licenciement d'un salarié mis à pied doit être présentée, ne sont pas prescrits à peine de nullité de la procédure de licenciement. Toutefois, eu égard à la gravité de la mesure de mise à pied, l'employeur est tenu, à peine d'irrégularité de sa demande, de respecter un délai aussi court que possible pour la présenter. Par suite, il appartient à l'administration, saisie par l'employeur d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé auquel s'appliquent ces dispositions, de s'assurer que ce délai a été, en l'espèce, aussi court que possible pour ne pas entacher d'irrégularité la procédure antérieure à sa saisine.

8. Mme D soutient qu'un délai excessif s'est écoulé entre la consultation du CSE et l'envoi de la demande d'autorisation de licenciement à l'inspection du travail. Toutefois, dans les circonstances de l'espèce, aucun manque de diligence et de célérité ne peut être imputé à l'employeur. Par suite, le délai écoulé entre la consultation du CSE et l'envoi de la demande d'autorisation à l'inspection du travail, qui est de 15 jours, ne peut être regardé comme excessif.

En ce qui concerne les moyens tirés de l'ingérence et de la discrimination syndicale :

9. Si Mme D soutient que la direction de la CAF de la Moselle a des comportements d'ingérence et de discrimination syndicale à l'égard de la CGT, elle n'apporte aucun élément de preuve au soutien de son affirmation.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence de procédure contradictoire lors de l'enquête interne :

10. Il appartient aux juges du fond d'analyser, même sommairement, les pièces et éléments sur lesquels ils fondent leur décision. Une enquête effectuée au sein d'une entreprise à la suite de dénonciation de faits de harcèlement moral n'est pas soumise aux dispositions de l'article L. 1222-4 du code du travail et ne constitue pas une preuve déloyale.

11. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'enquête réalisée par le cabinet ACCA à la demande de la CAF de la Moselle a respecté une procédure contradictoire. Ainsi, les enquêteurs ont auditionné l'ensemble des membres du CSE, ainsi que les personnes concernées par les faits le souhaitant. Une restitution de cette enquête a été menée auprès de Mme D, qui en a obtenu communication. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'une procédure contradictoire doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'ancienneté des faits reprochés :

12. Aux termes de l'article L. 1332-4 du code du travail : " Aucun fait fautif ne peut donner lieu à lui seul à l'engagement de poursuites disciplinaires au-delà d'un délai de deux mois à compter du jour où l'employeur en a eu connaissance, à moins que ce fait ait donné lieu dans le même délai à l'exercice de poursuites pénales. ".

13. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la CAF de la Moselle n'a eu connaissance de la réalité des faits, de leur nature et de leur ampleur qu'à compter de la restitution de l'étude menée par le cabinet ACCA le 7 mars 2022. Par suite, Mme D n'est pas fondée à soutenir que les faits qui lui sont reprochés seraient prescrits.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'insuffisante motivation :

14. Aux termes de l'article R. 2421-12 du code du travail : " La décision de l'inspecteur du travail est motivée. () ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

15. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail, et le cas échéant au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi. Ainsi, l'inspecteur du travail ne peut se borner à viser, dans sa décision, les motifs invoqués par l'employeur à l'appui de sa demande d'autorisation de licenciement et à affirmer, si tel est le cas, que ces motifs ne sont pas établis, sans indiquer si les faits reprochés au salarié étaient ou non constitutifs d'une faute suffisamment grave pour justifier son licenciement.

16. En l'espèce, la décision du 2 décembre comporte les éléments de droit nécessaire en citant " le code du travail et notamment l'article L. 2411-5 ". Par ailleurs, la décision du 2 décembre 2022 rappelle qu'il " est reproché à Mme D d'avoir eu un comportement agressif, autoritaires et des insultes envers des collaborateurs de la CAF, notamment à l'égard de Mme E, trésorière du CSE () qu'il " ressort des comptes-rendus d'auditions et de l'enquête menée que si la majorité des personnes auditionnées n'ont pas rapporté avoir subi ou été témoins d'un quelconque comportement déplacé de Mme D, plusieurs collaborateurs ont néanmoins attesté de façon concordante que cette dernière avait une propension à se mettre occasionnellement en colère et à tenir des propos dénigrants et insultants à leur encontre () ainsi, ces témoignages concordants permettent d'établir que Mme D a tenu de façon réitérée des propos tels que " elle est nulle, incompétente ", " c'est pas possible d'être aussi conne, c'est une dinde ", " qu'elle connasse, mais qu'est-ce qu'elle fait chier ", " vous avez fait que de la merde " ; en outre, il est dûment corroboré que Mme D peut être prise de moments de colère qui ont des répercussions sur les conditions de travail individuelles et collectives - " de l'agressivité dans les propos ", " j'en avais peur ", " on est sur un ton violent ", " le ton agressif est récurrent ". Par suite, la CAF de la Moselle n'est pas fondée à soutenir que la décision du 2 décembre 2022 est insuffisamment motivée.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'erreur d'appréciation :

17. D'une part, aux termes de l'article L. 2411-5 du code du travail : " Le licenciement d'un membre élu de la délégation du personnel du comité social et économique, titulaire ou suppléant ou d'un représentant syndical au comité social et économique, ne peut intervenir qu'après autorisation de l'inspecteur du travail. ".

18. En vertu des dispositions du code du travail, les salariés légalement investis de fonctions représentatives bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des salariés qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, ce licenciement ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail, et le cas échéant au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi.

19. Un agissement du salarié intervenu en dehors de l'exécution de son contrat de travail ne peut motiver un licenciement pour faute, sauf s'il traduit la méconnaissance par l'intéressé d'une obligation découlant de ce contrat.

20. D'autre part, aux termes de l'article L. 1152-1 du code du travail : " Aucun salarié ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. ". Il n'est pas nécessaire de rechercher une volonté délibérée de nuire pour retenir la qualification de harcèlement moral.

21. Il résulte des dispositions de l'article L. 1152-1 du code du travail que le harcèlement moral se caractérise par des agissements répétés ayant pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte aux droits et à la dignité du salarié, d'altérer sa santé ou de compromettre son avenir professionnel. Il s'en déduit que, pour apprécier si des agissements sont constitutifs d'un harcèlement moral, l'inspecteur du travail doit, sous le contrôle du juge administratif, tenir compte des comportements respectifs du salarié auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et du salarié susceptible d'en être victime, indépendamment du comportement de l'employeur. Il appartient, en revanche, à l'inspecteur du travail, lorsqu'il estime, par l'appréciation ainsi portée, qu'un comportement de harcèlement moral est caractérisé, de prendre en compte le comportement de l'employeur pour apprécier si la faute résultant d'un tel comportement est d'une gravité suffisante pour justifier un licenciement.

22. Il ressort de la demande d'autorisation de licenciement qu'elle a été sollicitée pour des faits de " comportement agressif, autoritaire et les insultes de Madame D ", de " comportement de Mme D à l'encontre de Mme E de harcèlement moral " et " d'insultes, des brimades, des pressions et plus globalement, un comportement agressif à l'égard des collaborateurs de la CAF ".

23. En l'espèce, d'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme D a adopté un comportement agressif, autoritaire et a proféré des insultes à l'encontre de collaborateurs de la CAF de la Moselle. Il ressort des comptes-rendus d'auditions menées par le cabinet ACCA et des attestations produites que Mme D a proféré des insultes en présence d'autres personnes. Il est constant que Mme D a partiellement reconnu ces faits. Il ressort également des pièces du dossier que les comportements de Mme D ont conduit plusieurs représentants au CSE à démissionner de leurs mandats, en raison de pressions exercées par Mme D, de la virulence de ses propos et de ses comportements ayant conduit à un climat délétère au sein de l'instance. Ces faits sont fautifs et présentent un caractère suffisant de gravité pour justifier un licenciement.

24. Alors que la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion a retenu que les faits de comportement agressifs, autoritaires et d'insultes publiques, sont constitutifs d'un manquement à l'obligation de sécurité afférente au contrat de travail de Mme D, elle n'a pas tiré les conséquences de ses constatations en refusant d'accorder le licenciement de Mme D.

25. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, notamment des attestations concordantes de plusieurs collaborateurs de la CAF de la Moselle, que Mme D a adopté un comportement de harcèlement moral à l'encontre de Mme E, qui ont conduit cette dernière à démissionner du CSE et de ses fonctions syndicales. Ces comportements ont dégradé les conditions de travail de Mme E et il ressort des pièces du dossier qu'ils ont eu un impact sur ses conditions de vie personnelle. Il ressort des pièces du dossier que la CAF de la Moselle a sollicité la tenue d'un audit dès la connaissance des faits relatés par Mme E et a mis à pied disciplinairement Mme D pour faire cesser ces actes. Ces faits sont fautifs et présentent un caractère suffisant de gravité pour justifier un licenciement.

26. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 2 décembre 2022, ainsi que par voie de conséquence, les décisions du 9 octobre et du 13 mai 2022 doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

27. L'exécution du présent jugement implique seulement que l'inspecteur du travail réexamine la demande d'autorisation de licenciement sollicitée par la CAF de la Moselle. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

28. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la CAF de la Moselle, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme D au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par la CAF de la Moselle au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 2 décembre 2022 de la ministre du travail, de la santé et des solidarités est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'inspecteur du travail de réexaminer la demande d'autorisation de licenciement pour faute de Mme D sollicitée par la CAF de la Moselle dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme G D, à la CAF de la Moselle et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et à la DREETS Grand Est.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Laubriat, président,

Mme Weisse-Marchal, première conseillère,

M. Cormier, conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

Le rapporteur,

R. Cormier

Le président,

A. Laubriat

La greffière,

B. Delage

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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