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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2207782

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2207782

lundi 5 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2207782
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantELSAESSER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 novembre et le 1er décembre 2022, M. C A, représenté par Me Elsaesser, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions du 22 novembre 2022 par lesquelles le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a désigné un pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, ainsi que la décision du préfet de la Moselle du même jour l'assignant à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en vue du réexamen de sa situation, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de

1 500 euros hors taxe au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'erreurs de fait et d'un défaut d'examen particulier ;

- elle est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits ;

- elle est entachée d'erreurs de droit au regard de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'un défaut d'examen particulier ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen particulier ;

- elle est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux des circonstances humanitaires ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision l'assignant à résidence :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation, d'erreurs de fait et d'un défaut d'examen particulier ;

- elle est entachée d'une erreur de droit.

La procédure a été communiquée au préfet de la Moselle qui n'a produit aucun mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique du 1er décembre 2022, au cours de laquelle, après rapport de l'affaire, ont été entendues :

- les observations de Me Elsaesser, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;

- les observations en langue française de M. A, requérant.

Le préfet de la Moselle, régulièrement convoqué, n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais né le 10 juillet 1975, déclare être entré en France le 30 octobre 2016. Par les décisions attaquées, le préfet de la Moselle lui a prescrit l'obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a désigné un pays de destination, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, et l'a assigné à résidence.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du

10 juillet 1991 susvisée

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

3. Les décisions attaquées, signées le 22 novembre 2022 par Mme D E, en vertu d'une délégation accordée le 2 juin 2022 et publiée le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, ne sont pas entachées d'incompétence.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, si la décision mentionne que M. A est entré en France le

30 octobre 2017 et non le 30 octobre 2016, cette erreur de plume n'a pas pour effet d'entacher la légalité de la décision. Il ne ressort pas des pièces du dossier ni des mentions de la décision attaquée, qui n'indique pas, contrairement à ce que soutient le requérant, qu'aucune demande d'admission au séjour n'était en cours d'instruction, qu'elle serait entachée d'un défaut d'examen particulier.

5. En deuxième lieu, aux termes du de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

6. Il ressort des mentions de la décision attaquée que le préfet de la Moselle s'est fondé sur l'article L. 611-1 3°, 4° et 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prendre sa décision. M. A soutient qu'il a déposé une demande de titre de séjour le 15 novembre 2021. Cette demande a fait naître une décision implicite de rejet à l'issue du délai de quatre mois suivant l'enregistrement. Le préfet pouvait par suite se fonder sur l'article L. 611-1 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors même que le requérant aurait déposé une nouvelle demande de titre de séjour. Le préfet pouvait, pour ce seul motif, obliger le requérant à quitter le territoire français. Il en résulte que M. A ne peut utilement soutenir que le préfet a entaché sa décision d'une erreur de qualification juridique des faits et d'une erreur de droit au regard de l'appréciation de la menace pour l'ordre public que constituerait son comportement.

7. En dernier lieu, le requérant fait valoir qu'il est marié avec une compatriote, est père de deux enfants scolarisés en France et justifie d'une bonne insertion. Cependant, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France le 30 octobre 2016, à l'âge de 41 ans, qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits de conduite sans assurance, que rien ne fait obstacle à ce que M. A puisse reconstituer avec son épouse et leurs enfants, qui peuvent poursuivre leur scolarité ailleurs qu'en France, la cellule familiale dans son pays d'origine et qu'il n'établit pas y être dépourvu d'attaches familiales. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, eu égard aux conditions de séjour du requérant en France, le moyen tiré par suite M. A de ce que la décision attaquée porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par la décision et méconnaîtrait par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté. Pour les mêmes motifs, et en l'absence de toute autre précision, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.

8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 22 novembre 2022 lui faisant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, par voie

d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut être accueilli.

10. En deuxième lieu, il ne ressort pas des mentions de la décision attaquée ni des pièces du dossier qu'elle serait entachée d'un défaut d'examen particulier.

11. En dernier lieu, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation, qui s'appuie sur les mêmes éléments, doivent être écartés pour les mêmes motifs que précédemment.

12. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 22 novembre 2022 refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, par voie

d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut être accueilli.

14. En second lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, qui s'appuie sur les mêmes éléments, doit être écarté pour les mêmes motifs que précédemment.

15. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 22 novembre 2022 fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

17. Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

18. Le préfet de la Moselle, pour prendre sa décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, a notamment retenu que le comportement de M. A représente une menace pour l'ordre public dès lors qu'il a été placé en garde à vue pour des faits de défaut de permis de conduire et d'infraction à la législation sur les étrangers. Ces faits, qui ne sont d'ailleurs pas établis, ne sont pas d'une gravité suffisante pour considérer que le comportement de l'intéressé représente une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que la décision est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits.

19. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 22 novembre 2022 portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

20. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, par voie

d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut être accueilli.

21. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte toutes les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée. Si elle mentionne un placement en garde à vue le 16 novembre 2022 et non le 22, cette erreur est sans incidence sur sa légalité. Il ne ressort pas des mentions de la décision attaquée ni des pièces du dossier qu'elle serait entachée d'un défaut d'examen particulier.

22. En dernier lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de la Moselle a adopté à l'encontre du requérant une mesure d'assignation à résidence, au motif que l'intéressé ne pouvait quitter immédiatement le territoire, mais que son éloignement demeurait une perspective raisonnable. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit.

23. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 22 novembre 2022 l'assignant à résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

24. Le présent jugement, qui annule seulement la décision du 22 novembre 2022 portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, n'implique pas le réexamen de la situation de M. A. Les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

25. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Elsaesser, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Elsaesser de la somme de 1 000 euros hors taxe.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du préfet de la Moselle en date du 22 novembre 2022 portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est annulée.

Article 3 : L'Etat versera à Me Elsaesser une somme de 1 000 (mille) euros hors taxe en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Elsaesser renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Elsaesser et au préfet de la Moselle.

Copie en sera adressée au ministère de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République prés le tribunal judiciaire de Metz.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2022.

La magistrate désignée,

J. B,

Première conseillère

Le greffier,

C. Bohn

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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