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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2207824

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2207824

lundi 5 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2207824
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCHWEITZER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 novembre 2022, Mme B C, représentée par Me Schweitzer, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 24 novembre 2022 par lesquelles le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a désigné un pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, ainsi que la décision du préfet du Haut-Rhin du même jour l'assignant à résidence ;

2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 200 euros TTC au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet n'a pas examiné les critères prévus par l'article L. 511-1 III du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision l'assignant à résidence :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2022, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme C n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique du 1er décembre 2022, au cours de laquelle, après rapport de l'affaire, ont été entendues :

- les observations de Me Schweitzer, représentant Mme C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;

- les observations de Mme C, requérante.

Le préfet du Haut-Rhin, régulièrement convoqué, n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante arménienne née le 13 septembre 1965, déclare être entrée en France le 22 décembre 2014. Par les décisions attaquées, le préfet du Haut-Rhin lui a prescrit l'obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a désigné un pays de destination, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, et l'a assignée à résidence.

Sur l'étendue du litige :

2. L'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de Mme C est fondée sur l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, en application de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, il doit être statué sur la décision relative au séjour l'accompagnant dans les conditions prévues à l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à la sous-section 1 de la section 2 du chapitre VI du titre VII du livre VII du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de renvoyer à une formation collégiale du tribunal, les conclusions de la requête tendant à l'annulation du refus de titre de séjour et les demandes accessoires dont elles sont assorties.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision attaquée comporte toutes les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant dès lors qu'il est soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

5. En dernier lieu, Mme C, célibataire et sans enfant, entrée en France le 22 décembre 2014 à l'âge de 49 ans, fait valoir qu'elle vit avec son frère, sa belle-sœur et ses neveux, qu'elle n'a plus de lien en Arménie et qu'elle est bien intégrée en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en particulier de la faible intensité des liens personnels et familiaux de Mme C en France et malgré son implication dans diverses associations, que la décision attaquée n'a pas porté, eu égard aux buts qu'elle poursuit, une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale et, par suite, n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 24 novembre 2022 lui faisant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, par voie

d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut être accueilli.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

9. L'arrêté attaqué vise les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que Mme C a fait l'objet d'un refus de délai de départ volontaire, qu'elle a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 23 avril 2018, que ses liens avec la France sont très faibles, que sa présence en France ne constitue une menace pour l'ordre public et qu'une durée d'interdiction de retour d'un an ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au regard de sa vie privée et familiale. Mme C n'est dès lors pas fondée à soutenir que le préfet n'a pas examiné les critères prévus par les dispositions précitées.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 24 novembre 2022 portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

11. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, par voie

d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut être accueilli.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 24 novembre 2022 l'assignant à résidence.

Sur le surplus des conclusions :

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions du 24 novembre 2022. Sa requête doit être en conséquence rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête tendant à l'annulation du refus de titre de séjour et les demandes accessoires dont elles sont assorties sont renvoyées à une formation collégiale du tribunal.

Article 2 : Le surplus de la requête de Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Schweitzer et au préfet du Haut-Rhin.

Copie en sera adressée au ministère de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2022.

La magistrate désignée,

J. A,

Première conseillère

Le greffier,

C. Bohn

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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