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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2207879

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2207879

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2207879
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantBOUKARA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 novembre 2022, Mme D I épouse A F, représentée par Me Boukara, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 octobre 2022 par lequel le préfet du Haut-Rhin a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le même délai et sous la même astreinte et, en toute hypothèse, de lui remettre sans délai un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros hors taxes en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur le refus de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme H E a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur le refus de séjour :

1. En premier lieu, le préfet du Haut-Rhin, par un arrêté du 12 janvier 2022 publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture, a donné délégation à M. B C, chef du service de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer les actes administratifs établis par la direction dont il dépend, à quelques exceptions qui ne trouvent pas à s'appliquer en l'espèce. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

2. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

3. Si Mme I était détentrice d'un visa valable du 19 avril 2019 au 3 juin 2019, il ressort du formulaire de demande de titre de séjour de l'intéressée ainsi que du récapitulatif des informations qu'elle a adressées à la caisse d'allocations familiales qu'elle a respectivement déclaré être entrée sur le territoire français le 20 juin 2019 et le 1er août 2020, soit, dans les deux cas, postérieurement au 3 juin 2019. Mme I n'apporte aucun élément susceptible d'établir que, contrairement à ce qui figure dans ces documents, elle serait entrée en France avant que n'expire son visa de courte durée. Par suite, faute pour la requérante de justifier d'une entrée régulière sur le territoire français, elle n'est fondée à soutenir ni que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait ni qu'elle méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Enfin, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

5. Mme I, ressortissante marocaine entrée en France en 2019, se prévaut de ce qu'elle y a rencontré un ressortissant français avec lequel elle vit depuis août 2020 et qu'elle a épousé le 29 octobre 2021. Toutefois, à la date de la décision attaquée, tant le mariage que la communauté de vie du couple présentent un caractère récent. Par ailleurs, si Mme I soutient que sa présence auprès de son mari est rendue nécessaire du fait des difficultés que celui-ci rencontre dans les suites d'un accident de travail survenu en septembre 2021, les éléments versés au dossier, et notamment les éléments de nature médicale, ne permettent pas d'établir la réalité de telles allégations. La requérante, qui a attendu près de trois ans pour entamer des démarches en vue de procéder à sa régularisation administrative, ne démontre pas davantage qu'elle ne pourrait pas rester au Maroc le temps nécessaire à l'obtention d'un visa auprès des autorités consulaires. Dans ces circonstances, compte tenu des conditions de son séjour en France, Mme I n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Haut-Rhin a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a pris le refus de séjour en litige. Par suite, le préfet du Haut-Rhin n'a ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écartée pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 1 du présent jugement.

7. En deuxième lieu, si l'obligation de quitter le territoire français doit, comme telle, être motivée, la motivation de cette mesure, lorsqu'elle est édictée à la suite d'un refus de titre de séjour, se confond alors avec celle de ce refus et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ledit refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique pour respecter les exigences de motivation. A cet égard, la décision de refus de séjour opposée à l'intéressée est suffisamment motivée, notamment quant aux raisons pour lesquelles il a été estimé qu'elle ne justifiait pas d'une entrée régulière sur le territoire français. Par suite, et alors que l'article 12-1 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008, transposé en droit interne, ne peut plus utilement être invoqué à l'encontre d'un acte administratif individuel, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

8. En troisième, il résulte de ce qui a été dit aux points 1 à 5 du présent jugement que le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour doit être écarté.

9. En quatrième lieu, les moyens tirés de ce que la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5 du présent jugement.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme I doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme I est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D I épouse

El F et au préfet du Haut-Rhin.

Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Richard, président,

Mme Kalt, première conseillère,

Mme Eymaron, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.

La rapporteure,

A.-L. E

Le président,

M. G

La greffière,

J. BROSÉ

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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