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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2208031

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2208031

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2208031
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantOLSZAKOWSKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 décembre 2022, Mme A C, représentée par Me Olszakowski, demande au tribunal :

1°) 1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2022 par lequel le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination ;

3°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2022 par lequel le préfet de la Moselle l'a assignée à résidence.

Elle soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas établi qu'elle constituerait une menace pour l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur l'assignation à résidence :

- la décision attaquée sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Carrier, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante azerbaïdjanaise, née en 1956, est entrée irrégulièrement sur le territoire français en 2019. Elle a présenté une demande tendant à la reconnaissance du statut de réfugié qui a été rejetée tant par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 26 octobre 2020 que la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 3 septembre 2021. Elle a fait l'objet le 10 septembre 2021 d'une mesure d'éloignement à laquelle elle n'a pas déféré. A la suite de sa garde à vue pour des faits de vol en réunion le 30 novembre 2022, le préfet de la Moselle a, par arrêté du 1er décembre 2022, obligé l'intéressée à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et fixé le pays de renvoi. Par arrêté du même jour, le préfet l'a assignée à résidence. Par sa requête, Mme C demande l'annulation de ces décisions.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : "L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; /5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; la décision attaquée comporte l'exposé des considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement et est par suite suffisamment motivée () "

5. En l'espèce, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de la Moselle a obligé Mme C à quitter le territoire français en se fondant sur les dispositions précitées des 4° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Or, dans ses écritures, la requérante ne conteste pas que sa demande d'asile a été rejetée par le directeur général de l'OFPRA et par la CNDA et que les décisions lui ont été régulièrement notifiées respectivement les 30 octobre 2020 et 7 septembre 2021. Par suite, dès lors que la requérante ne disposait plus du droit de se maintenir sur le territoire français en qualité de demandeur d'asile, le préfet pouvait légalement, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, édicter la mesure d'éloignement en litige. Ce motif non contesté par la requérante suffisait à lui seul pour fonder la décision attaquée et le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur ce motif. Par suite, dans ces circonstances, la requérante ne peut utilement soutenir qu'elle ne constitue pas une menace pour l'ordre public.

6. En second lieu, la requérante fait valoir que sa fille réside régulièrement sur le territoire français et que son époux est également présent en France. Toutefois, elle n'apporte aucun élément probant au soutien de ses allégations. Elle n'établit pas davantage qu'elle aurait maintenu des liens étroits avec sa fille ni qu'elle serait dépourvue de toute attache dans son pays d'origine. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, par les éléments produits, Mme C n'établit pas que le préfet de la Moselle, en adoptant la décision en litige, a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

Sur l'assignation à résidence :

7. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que l'assignation à résidence devrait être annulée, par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation des arrêtés du 1er décembre 2022 susmentionnés.

D E C I D E :

Article 1 : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Olszakowski et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

C. BLa greffière,

L. Cherif

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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