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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2208056

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2208056

lundi 17 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2208056
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS ASSOCIÉS KARM ZAIGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 2 décembre 2022, 5 mars 2023 et 29 avril 2023, M. C A demande au tribunal :

1°) d'annuler le point 1 de la délibération du 27 septembre 2022 du conseil municipal de Kintzheim relatif à la désignation de Mme D B comme secrétaire de séance ;

2°) d'annuler le point 3 de cette même délibération portant sur l'acquisition par la commune d'une parcelle cadastrée section 3 n° 392 ;

3°) d'annuler le procès-verbal de cette séance du 27 septembre 2022 ;

4°) d'annuler l'acte notarial authentique d'acquisition rédigé par la Selarl Zobler, Guyot, Schwartz et signé par le maire de Kintzheim le 25 octobre 2022, ainsi que toutes les pièces y relatives ;

5°) de mettre à la charge de la commune de Kintzheim la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable ;

- la désignation de Mme B comme secrétaire de séance a été décidée à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le maire a refusé de procéder à un vote à scrutin secret en méconnaissance des dispositions de l'article L. 2121-21 du code général des collectivités territoriales ;

- le point 3 de la délibération du 27 septembre 2022 n'est pas conforme à ce qui a effectivement été soumis au vote des conseillers municipaux lors de cette séance ; si les conseillers municipaux ont donné leur accord pour l'acquisition par la commune de la parcelle cadastrée n° 392, il n'a pas été décidé de charger la Selarl Zobler, Guyot, Schwartz de la rédaction de l'acte, ni d'autoriser le maire à signer l'acte notarié ;

- lors des débats en séance du 27 septembre 2022, les élus ont disposé d'informations erronées qui ont vicié leur consentement.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 janvier 2023 et 21 mars 2023, la commune de Kintzheim, représentée par Me Karm, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. A la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que :

- le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre le procès-verbal de la séance du conseil municipal du 27 septembre 2022, ce document ne constituant pas une décision administrative faisant grief ;

- le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de l'acte authentique d'acquisition établi par le notaire et signé par le maire de la commune de Kintzheim le 25 octobre 2022, ces conclusions étant portées devant une juridiction incompétente pour en connaître dès lors que l'acte attaqué est un acte relevant du droit privé ;

- le tribunal était susceptible de constater l'inexistence, et par suite la nullité, des décisions du 27 septembre 2022 du conseil municipal chargeant la Selarl Zobler, Guyot, Schwartz de la rédaction de l'acte de vente et autorisant le maire à signer l'acte et toutes les pièces y relatives.

Par un mémoire, enregistré le 3 janvier 2025, M. A a présenté des observations sur les moyens susceptibles d'être relevés d'office.

Par un mémoire, enregistré le 10 janvier 2025, la commune de Kintzheim a présenté des observations sur un moyen susceptible d'être relevé d'office.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jordan-Selva,

- les conclusions de M. Therre, rapporteur public,

- les observations de Me Karm, avocat de la commune de Kintzheim.

Une note en délibéré présentée par M. A a été enregistrée le 17 janvier 2025.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A est conseiller municipal à Kintzheim. Il demande l'annulation partielle de la délibération du conseil municipal qui s'est tenu le 27 septembre 2022 en tant qu'elle désigne en son point 1 Mme B en qualité de secrétaire de séance et en tant qu'elle concerne en son point 3 les décisions du conseil municipal d'acquérir de la société Nescht la parcelle cadastrée section 3 n° 392 de 2,77 ares au prix de 55 000 euros, de charger la Selarl Zobler, Guyot, Schwartz de la rédaction de l'acte et d'autoriser le maire à signer l'acte et toutes les pièces y relatives.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la demande d'annulation de l'acte authentique d'acquisition :

2. Aux termes de l'article L. 1111-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Les personnes publiques mentionnées à l'article L. 1 acquièrent à l'amiable des biens et des droits, à caractère mobilier ou immobilier / Les acquisitions de biens et droits à caractère immobilier s'opèrent suivant les règles du droit civil ".

3. M. A demande l'annulation de l'acte notarial authentique d'acquisition rédigé par la Selarl Zobler, Guyot, Schwartz et signé le 25 octobre 2022 par le maire de la commune, ainsi que de toutes pièces y relatives. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier que cet acte ou les documents afférents comporteraient des clauses exorbitantes de droit commun concernant notamment l'exécution du contrat ou encore que ce contrat aurait pour objet même l'exécution d'un service public. Il s'ensuit que le juge administratif n'est pas compétent pour connaître des conclusions à fin d'annulation de cet acte de vente. Les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation de l'acte signé le 25 octobre 2022 doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

En ce qui concerne la demande d'annulation du procès-verbal de la séance du conseil municipal du 27 septembre 2022 :

4. Le procès-verbal de séance d'un conseil municipal ne constitue pas une décision administrative faisant grief, mais un simple document d'information destiné à relater les faits qui se sont produits et les décisions qui ont été prises au cours de la séance. Par suite, ainsi qu'en ont été informées les parties, les conclusions dirigées contre le procès-verbal du conseil municipal du 27 septembre 2022 sont irrecevables et doivent être rejetées pour ce motif.

En ce qui concerne la demande d'annulation du point 1 de la délibération du 27 septembre 2022 :

5. En premier lieu, d'une part, aux termes des dispositions particulières de l'article de l'article L. 2541-6 du code général des collectivités territoriales, applicables dans les départements de la Moselle, du Bas-Rhin et du Haut-Rhin : " Lors de chacune de ses séances, le conseil municipal désigne son secrétaire. ".

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 2121-21 de ce même code : " Le vote a lieu au scrutin public à la demande du quart des membres présents. / Il est voté au scrutin secret : / 1° Soit lorsqu'un tiers des membres présents le réclame ; / 2° Soit lorsqu'il y a lieu de procéder à une nomination ou à une présentation. / () Le conseil municipal peut décider, à l'unanimité, de ne pas procéder au scrutin secret aux nominations ou aux présentations, sauf disposition législative ou réglementaire prévoyant expressément ce mode de scrutin. () ".

7. Aucune disposition législative ou réglementaire n'impose que la désignation du secrétaire de séance ait lieu au scrutin secret ou respecte tout autre formalité dont l'autorité municipale aurait à justifier l'accomplissement. La désignation des secrétaires de séance n'a pas à être obligatoirement faite au scrutin secret, les dispositions du 2° de l'article L. 2121-21 du code général des collectivités territoriales, relatives aux nominations, étant inapplicables à ce cas. Dans le cas de la désignation du secrétaire de séance, le scrutin secret n'est obligatoire que sur la demande expresse du tiers des conseillers municipaux présents. Cette condition n'est pas remplie en l'espèce dès lors qu'il est constant que M. A a été le seul élu à réclamer qu'il soit procédé à un vote au scrutin secret pour la désignation du secrétaire de la séance du conseil municipal du 27 septembre 2022. Par suite, l'unique moyen tiré de la méconnaissance de l'article 2121-21 du code général des collectivités territoriales doit être écarté.

En ce qui concerne la demande d'annulation du point 3 de la délibération du 27 septembre 2022 :

8. En premier lieu, d'une part, un acte ne peut être regardé comme inexistant que s'il est dépourvu d'existence matérielle ou s'il est entaché d'un vice d'une gravité telle qu'il affecte, non seulement sa légalité, mais son existence même.

9. D'autre part, lorsque le juge de l'excès de pouvoir est saisi d'un recours dirigé contre un acte inexistant, il est tenu d'en constater la nullité à toute époque et de le déclarer nul et de nul effet, alors même que les recours dirigés contre ces actes ont été introduits après l'expiration du délai de recours contentieux.

10. Il est constant que, lors de la séance du conseil municipal du 27 septembre 2022, M. A a pris la parole pour demander à connaître le contenu exact du point 3 de la délibération soumise au vote des élus. Il est tout aussi constant que l'élue en charge de la présentation de ce point lui a répondu que le vote des membres du conseil municipal était sollicité sur deux points, d'une part, " l'accord sur l'acquisition du terrain au prix mentionné, donc 55 000 euros pour 2 ares 77 sur la parcelle 392 classée en zone J " et d'autre part, " l'accord de principe d'une servitude de passage qui grèverait la parcelle 392 au profit de la parcelle 393 ". Il n'est pas établi ni même allégué que les conseillers municipaux se seraient vus communiquer, avant la séance du 27 septembre 2022, un projet de délibération indiquant que le conseil municipal se prononcerait également que le point de confier la rédaction de l'acte de vente à l'étude notariale Zobler, Guyot, Schwartz et d'autoriser le maire à signer l'acte et toutes les pièces y relatives. Dans ces conditions, les décisions par lesquelles le conseil municipal de Kintzheim aurait chargé la Selarl Zobler, Guyot, Schwartz de la rédaction de l'acte de vente et autorisé le maire à signer l'acte et toutes les pièces y relatives, qui émanent en réalité du maire et qui n'ont jamais été adoptées par le conseil municipal, doivent être regardées comme des actes inexistants, dont le juge de l'excès de pouvoir est tenu d'en constater la nullité sans condition de délai. Il en résulte, sans que la commune de Kintzheim puisse utilement opposer une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté des conclusions de M. A, que ces décisions doivent être déclarées nulles et de nul effet.

11. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que, par la délibération attaquée, le conseil municipal de Kintzheim a accepté le principe de l'acquisition par la commune de la parcelle mentionnée au point précédent et la constitution d'une servitude de passage véhiculaire grevant cette parcelle au profit de la parcelle voisine. Si M. A soutient que l'information donnée aux élus n'aurait pas été sincère concernant la fréquence à laquelle cette servitude sera utilisée, il ne l'établit pas. Les documents produits ne permettent pas de démontrer le caractère fréquent de l'utilisation de ce droit de passage et l'insincérité des informations données aux élus, lesquels ont obtenu en séance des réponses aux questions posées sur l'instauration de cette servitude. Le moyen doit être donc écarté.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune de Kintzheim au titre de ces dispositions. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de Kintzheim le versement d'une somme au titre de ces mêmes dispositions, le requérant ne justifiant pas avoir exposé des frais au sens de cet article.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation de l'acte signé le 25 octobre 2022 doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 2 : Les décisions du 27 septembre 2022 qui auraient été prises par le conseil municipal de Kintzheim pour charger la Selarl Zobler, Guyot, Schwartz de la rédaction de l'acte de vente et pour autoriser le maire à signer l'acte et toutes les pièces y relatives, sont déclarées nulles et de nul effet.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la commune de Kintzheim.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,

M. Boutot, premier conseiller,

Mme Jordan-Selva, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 17 février 2025.

La rapporteure,

S. Jordan-Selva

Le président,

S. Dhers

La greffière,

P. Kieffer

La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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