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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2208071

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2208071

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2208071
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL LEONEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 5 décembre 2022 et 24 août 2023, M. B C, représenté par Me Bozzi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 15 juin 2022 par lequel le conseil communautaire de la communauté de communes de la Doller et du Soultzbach a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal de son territoire, en tant qu'elle classe la parcelle lui appartenant, cadastrée section 2 n°151, situé sur la commune de Soppe-Le-Bas, en zone agricole et qu'elle l'identifie au titre de l'article L. 151- 23 du code de l'urbanisme ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes de la Doller et du Soultzbach une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le classement en zone agricole de la parcelle cadastrée section 2 n°151, situé sur la commune de Soppe-Le-Bas, est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'identification de la parcelle en litige au titre de l'article L. 151- 23 du code de l'urbanisme est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et d'erreur de droit.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 juillet et 8 septembre 2023, la communauté de communes de la Doller et du Soultzbach, représentée par Me Cereja, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. C la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Léa Perabo Bonnet,

- les conclusions de M. Victor Pouget-Vitale, rapporteur public,

- les observations de Me Juliac-Degrelle, avocate de M. C,

- les observations de Me Bohner, substituant Me Cereja, avocat de la communauté de communes de la Vallée de la Doller et du Soultzbach.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 19 février 2020, la communauté de communes de la Vallée de la Doller et du Soultzbach (ci-après CCVDS) a prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal. L'enquête publique s'est déroulée du 15 février au 19 mars 2021 et la commission d'enquête a rendu son rapport le 7 mai 2021. Par une délibération du 15 juin 2022, le conseil communautaire de la CCVDS a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal. M. C, propriétaire riverain de la commune de Soppe-Le-Bas, demande au tribunal d'annuler cette délibération.

Sur la légalité de la délibération du 15 juin 2022 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / () ". Aux termes de l'article R. 151-22 du même code : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ". Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer, en conséquence, le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation peut être censurée par le juge si elle repose sur des faits matériellement inexacts ou si elle est entachée d'une erreur manifeste.

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la parcelle appartenant à M. C section 2 n°151 se situe en périphérie sud du secteur urbanisé de la commune de Soppe-le-Bas. Il s'agit d'une parcelle non bâtie, partiellement boisée, présentant une superficie de plus de 4 500 mètres carrés, bordée par des constructions sur ses côtés sud et est, mais s'ouvrant sur de larges espaces à caractère agricole sur le côté nord et sur un centre équestre, soit une exploitation agricole, sur le flanc ouest. Si la parcelle en litige ne fait pas l'objet d'une exploitation agricole et qu'elle est desservie par une voie publique, elle s'insère au sein d'un vaste espace agricole d'environ quinze hectares, s'étendant tout au long de la façade ouest de la commune, et intégralement classé en zone agricole ou naturelle du PLUi de la CCVDS. S'il ressort des pièces du dossier que le requérant a bénéficié de certificats d'urbanisme positifs sous l'empire de documents d'urbanisme antérieurs et que la commission d'enquête a émis un avis favorable au classement de la parcelle en zone constructible eu égard à la délivrance de ces certificats, cette circonstance est sans incidence sur la légalité du plan local d'urbanisme intercommunal en litige. Au demeurant, seule une partie de la parcelle avait été classée en zone urbaine dans le document d'urbanisme antérieur. Dès lors, M. C n'est pas fondé à soutenir que la parcelle en litige ne satisfait pas aux critères de classement en zone agricole.

4. D'autre part, le requérant soutient que classement en zone agricole est incohérent eu égard au parti d'urbanisme retenu par les auteurs du plan local d'urbanisme intercommunal, et se prévaut de l'orientation n° 1 du projet d'aménagement et de développement durables du PLUi qui préconise, pour les parcelles situées, à l'instar de la sienne, en dehors du temps zéro du schéma de cohérence territoriale, de localiser les nouvelles constructions dans la continuité des espaces déjà urbanisés. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, si le projet d'aménagement et de développement durables ouvre 3,5 hectares d'extension à vocation d'habitat hors du temps zéro sur la commune de Soppe-le-Bas, le PLUi prévoit qu'une superficie de 2,3 hectares est suffisante, pour répondre aux objectifs de production de logements à réaliser en extension urbaine. En outre, à la différence de la parcelle de M. C localisée à l'extrémité sud-ouest de la commune, le secteur retenu pour l'extension d'urbanisation est implanté à proximité des services publics communaux, d'un arrêt de transport collectif et des commerces du centre-bourg, s'inscrivant en cohérence avec l'orientation n° 2 de polarisation des développements urbains du projet d'aménagement et de développement durables et avec l'orientation d'aménagement et de programmation n° 27. Le classement contesté s'inscrit quant à lui en cohérence avec l'orientation n° 8 de " développement de l'agriculture et de l'exploitation forestière ", qui vise notamment à préserver les espaces agricoles ayant une valeur agronomique ou un intérêt paysager et environnemental. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, le classement en zone agricole de la parcelle litigieuse ne procède pas d'une appréciation manifestement erronée et n'apparaît pas incohérent avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables.

5. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entaché le classement de la parcelle en litige doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 113-29 du code de l'urbanisme : " Les plans locaux d'urbanisme peuvent classer en espaces de continuités écologiques des éléments des trames verte et bleue, définies aux II et III de l'article L. 371-1 du code de l'environnement, qui sont nécessaires à la préservation ou à la remise en bon état des continuités écologiques. ". Aux termes de l'article L. 113-30 du même code : " La protection des espaces de continuités écologiques est assurée par les dispositions prévues au présent chapitre ou à la section 4 du chapitre Ier du titre V du présent livre, notamment aux articles L. 151-22, L. 151-23 ou L. 151-41, ou par des orientations d'aménagement et de programmation en application de l'article L. 151-7, en tenant compte des activités humaines, notamment agricoles. ". Et aux termes de l'article L. 151-23 du même code : " Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et délimiter les sites et secteurs à protéger pour des motifs d'ordre écologique, notamment pour la préservation, le maintien ou la remise en état des continuités écologiques et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation. Lorsqu'il s'agit d'espaces boisés, il est fait application du régime d'exception prévu à l'article L. 421-4 pour les coupes et abattages d'arbres. / Il peut localiser, dans les zones urbaines, les terrains cultivés et les espaces non bâtis nécessaires au maintien des continuités écologiques à protéger et inconstructibles quels que soient les équipements qui, le cas échéant, les desservent. ".

7. Ces dispositions permettent au règlement d'un plan local d'urbanisme d'édicter des dispositions visant à protéger, mettre en valeur ou requalifier un élément du paysage dont l'intérêt le justifie. Le règlement peut notamment, à cette fin, identifier un secteur en raison de ses caractéristiques particulières. La localisation de ce secteur, sa délimitation et les prescriptions le cas échéant définies, qui ne sauraient avoir de portée au-delà du territoire couvert par le plan, doivent être proportionnées et ne peuvent excéder ce qui est nécessaire à l'objectif recherché. Une interdiction de toute construction ne peut être imposée que s'il s'agit du seul moyen permettant d'atteindre l'objectif poursuivi.

8. En l'espèce, le requérant soutient que l'identification de la parcelle cadastrée 2

n° 151 au titre de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme n'est pas justifiée.

9. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'étude de l'état initial de l'environnement, que si la trame verte de la CCVDS est dans un état satisfaisant, il convient de veiller à sa préservation, notamment par la protection des structures arborées (haies, arbres d'alignement, prés-vergers, bosquets et friches arbustives), l'un des principaux enjeux identifiés étant le maintien des connexions existantes. Ainsi, l'orientation n° 9 du projet d'aménagement et de développement durables tend à la préservation des réservoirs de biodiversité, des continuités écologiques fonctionnelles existantes et des boisements épars existants, tandis que l'orientation

n° 10 veille à la qualité des paysages aux abords du réseau routier principal, notamment de la route départementale 483, et à soigner les transitions paysagères avec les espaces agricoles attenants. Le plan local d'urbanisme intercommunal comporte un point II. 3 relatif au traitement environnemental et paysager des espaces non bâtis et abords des constructions, lequel prévoit que " les éléments paysagers (vergers, bosquets, alignements, haies, etc) identifiés et localisés sur les documents graphiques au titre de l'article L. 151-23 sont à conserver ". Il interdit, au point A/ I.1, en zone agricole, l'abattage de vergers en vue d'une plantation forestière dans les espaces prairiaux ou de pré-vergers, aux fins de préserver la biodiversité.

10. Il n'est pas contesté que la parcelle litigieuse est un terrain non artificialisé et boisé, pouvant être qualifié de friche arbusive, située à quelques centaines de mètres d'une zone forestière, en périphérie de zones d'habitation et à proximité immédiate de la route départementale 483 et de l'autoroute 36. Ainsi, par ses caractéristiques et sa localisation, cette parcelle est un élément constitutif de la transition paysagère entre les parcelles agricoles actuellement cultivées et les parties urbanisées de la commune de Soppe-Le-Bas. Dès lors, la protection de cette parcelle au titre de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme contribue à préserver les continuités écologiques du territoire et la biodiversité, de même que la qualité paysagère aux abords du réseau routier principal une zone " tampon " entre une zone d'habitation et des terres agricoles actuellement exploitées.

11. M. C, qui n'établit ni n'allègue que cette protection serait disproportionnée eu égard à l'objectif recherché, n'est pas fondé à soutenir qu'elle serait incohérente avec le classement en zone agricole de sa parcelle. Par ailleurs, la circonstance qu'une parcelle située à proximité de la sienne et présentant des caractéristiques similaires ne fasse pas l'objet de la même identification au titre de ces dispositions est sans incidence sur son propre classement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme doit être écarté.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté de communes de la Doller et du Soultzbach, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. C au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du M. C la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la communauté de communes de la Doller et du Soultzbach et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : M. C versera la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros à la communauté de communes de la Doller et du Soultzbach en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la communauté de communes de la Doller et du Soultzbach.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Dulmet, présidente,

Mme Malgras, première conseillère.

Mme Perabo Bonnet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 7 novembre 2024.

La rapporteure,

L. Perabo Bonnet

La présidente,

A. Dulmet

La greffière,

J. Brosé

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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