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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2208115

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2208115

mercredi 1 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2208115
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDOLLÉ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 décembre 2022, Mme B D épouse C, représentée par Me Dollé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2022 par lequel le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de réexaminer sa situation dans un délai déterminé, au besoin sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi

du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est irrégulière faute pour le collège des médecins d'avoir rendu un avis ;

- elle est irrégulière en ce que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne permet pas de s'assurer que le médecin auteur du rapport médical n'y a pas siégé ;

- elle est irrégulière en ce qu'il n'est pas démontré que les médecins du collège ont délibéré de manière collégiale ;

- elle est irrégulière dès lors que le préfet n'a pas sollicité les observations de la requérante avant de rendre sa décision ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen des circonstances de l'espèce au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article

L. 611-3 9°du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 1° de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2022, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Bohner, substituant Me Dollé, pour la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante monténégrine née le 1er octobre 1994, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Un refus lui a été opposé par arrêté du 21 novembre 2018, annulé par le tribunal administratif de Strasbourg par un jugement du 17 juin 2021 qui a également enjoint au préfet de la Moselle de réexaminer la demande de Mme D. Par arrêté

du 1er juillet 2022, le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, il ressort de l'avis médical produit en défense par le préfet de la Moselle que la décision litigieuse a été prise à la suite d'un avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 12 avril 2022. Les mentions de cet avis permettent, d'une part, de s'assurer que le médecin auteur du rapport médical n'a pas siégé au sein du collège auteur de l'avis et, d'autre part, de vérifier que l'avis a été délibéré collégialement par trois médecins membres du collège qui ont, chacun, signé cet avis. Par conséquent, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'avis serait inexistant ni qu'il aurait été rendu au terme d'une procédure irrégulière.

3. En deuxième lieu, l'avis médical du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration permet de s'assurer que, à la suite du jugement rendu par le tribunal administratif de Strasbourg, Mme D a pu être entendue sur sa situation lors d'un examen médical pratiqué par le médecin rapporteur préalablement au rapport médical daté

du 18 mars 2022, de sorte qu'elle n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'aurait pas été en mesure de présenter des observations préalablement à la décision contestée.

4. En troisième lieu, Mme D n'établit pas avoir formé de demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte qu'elle ne peut utilement se prévaloir de ce que le préfet de la Moselle n'a pas examiné son droit au séjour au regard de ces dispositions.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. [] " L'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration constate que l'état de santé de Mme D nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. En l'absence de tout élément produit par la requérante de nature à mettre en doute ces conclusions, celle-ci n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Moselle aurait fait une inexacte application des dispositions précitées en refusant de lui délivrer un titre de séjour en raison de son état de santé.

6. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision contestée sur la situation personnelle de la requérante ne sont pas assortis des précisions suffisantes à en apprécier le

bien-fondé, et ils doivent par conséquent être écartés.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : [] 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. [] " Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée aurait été prise en méconnaissance des dispositions précitées.

8. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celui tiré de la méconnaissance de l'article 3 1° de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne sont pas assortis des précisions suffisantes à en apprécier le bien-fondé et ils doivent par conséquent être écartés.

En ce qui concerne le délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision./L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. " Ces dispositions ont assuré la transposition des stipulations de la directive du 16 décembre 2008 invoquée par la requérante, qui ne saurait dès lors utilement s'en prévaloir.

10. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Moselle se serait cru lié par le délai de trente jours prévu par les dispositions précitées. D'autre part, Mme D ne fait valoir aucun motif exceptionnel qui justifierait au cas présent un délai de départ volontaire supérieur à trente jours, de sorte qu'elle n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Moselle, qui constate l'absence de circonstances particulières, aurait entaché sa décision d'un défaut de motivation en assortissant l'obligation de quitter le territoire français d'un délai de départ volontaire de trente jour.

En ce qui concerne le pays de destination :

11. Mme D n'invoque aucune circonstance relative à l'existence de risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine, elle n'est par conséquent pas fondée à soutenir que la décision contestée serait insuffisamment motivée sur ce point.

12. En outre, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la décision fixant le pays de renvoi n'est pas assorti des précisions suffisantes à en apprécier le bien-fondé et il doit par conséquent être écarté.

En ce que concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée

d'un an :

13. D'une part, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

14. D'autre part, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision contestée sur la situation personnelle de la requérante ne sont pas assortis des précisions suffisantes à en apprécier le

bien-fondé et ils doivent par conséquent être écartés.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 1er juillet 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D épouse C, à Me Dollé et au préfet de la Moselle.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 1er février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rees, président,

Mme Merri, première conseillère,

Mme Dobry, conseillère.

Rendu public, par mise à disposition au greffe, le 1er mars 2023.

La rapporteure,

S. A

Le président,

P. REES La greffière,

M.-C. SCHMIDT

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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