lundi 20 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2208239 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | VITOUX MAEVA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 décembre 2022, M. E B, représenté par Me Vitoux, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 novembre 2022 par lequel le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un titre de séjour, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 20 euros par jour de retard à compter du 30ème jour de la notification du jugement et, à titre subsidiaire, de " retarder l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".
Il soutient que :
- la compétence de la signataire de l'arrêté n'est pas établie ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- c'est à tort que le préfet du Haut-Rhin n'a pas consulté pour avis la commission du titre de séjour dès lors qu'il justifie résider habituellement en France depuis plus de dix ans ;
- le préfet du Haut-Rhin a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour, dès lors qu'il justifie de motifs exceptionnels, qu'il s'est bien intégré dans la société française et compte tenu de son état de santé ;
- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 janvier 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Le préfet du Haut-Rhin fait valoir que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. H G a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant serbe né en 1946, déclare être entré en France le 7 mars 2011. Sa demande d'asile a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et des apatrides le 22 septembre 2011, puis par la cour nationale du droit d'asile le 4 avril 2012. L'intéressé a sollicité son admission au séjour pour soins. Il s'est vu délivrer un titre de séjour valable du 2 juillet 2012 au 1er juillet 2013, renouvelé jusqu'au 1er juillet 2014. Par un arrêté du 26 janvier 2015, le préfet de la Côte d'Or a refusé de renouveler son titre de séjour et assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français. Le 9 décembre 2021, M. B a sollicité un titre de séjour pour soins. Par une décision du 22 juin 2022, le préfet du Haut-Rhin a rejeté sa demande. Enfin, le 22 août 2022, M. B a sollicité à titre principal son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 8 novembre 2022, le préfet du Haut-Rhin a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
2. En premier lieu, par un arrêté du 12 janvier 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 13 janvier 2022, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation à Mme F D, adjointe au chef du service de l'immigration et de l'intégration et signataire de la décision attaquée, en cas d'absence ou d'empêchement de M. J I, directeur de la réglementation et de M. A C, chef du service de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions dévolues à ce service, à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figure pas l'arrêté attaqué. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. I et M. C n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de signature de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui le fondent, et qui ne sont pas stéréotypées contrairement à ce que soutient M. B. Par conséquent, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé manque en fait et doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ". Il ressort des pièces du dossier que, si M. B allègue résider habituellement en France depuis 2011, soit depuis plus de dix ans, les pièces qu'il produit cependant à cet effet sont insuffisantes pour l'établir en particulier pour les années 2015, 2017, 2019 et 2020. Pour l'année 2015, il ne produit qu'un courrier daté du 2 juin qu'il a rédigé et dont l'expéditeur n'est pas même renseigné, un courrier de la caisse d'allocations familiales du 7 janvier et un courrier de l'assurance-maladie. Pour 2017, il ne produit qu'un document émanant du centre hospitalier universitaire de Dijon, intitulé " fiche de circulation ", daté du 12 juillet et qui ne comporte d'ailleurs aucune information. Pour 2019, le requérant ne produit qu'une carte de l'aide médicale de l'Etat et pour 2020, deux ordonnances médicales des 21 mai et 16 septembre. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Haut-Rhin était tenu de saisir pour avis la commission du titre de séjour et que, en l'absence de cette saisine, l'arrêté contesté est entaché d'un vice de procédure.
5. En quatrième lieu, ainsi qu'exposé au point précédent, M. B ne justifie pas résider habituellement en France depuis plus de dix ans. Par ailleurs, il ne justifie nullement de son intégration dans la société française, contrairement à ce qu'il allègue. S'il fait état de ses problèmes de santé, il ressort toutefois des pièces du dossier, ainsi que rappelé au point 1, que le 22 juin 2022, le préfet du Haut-Rhin a rejeté sa demande d'un titre de séjour pour soins. A cette fin, le préfet a sollicité le collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration qui a considéré, dans son avis du 30 mai 2022, que si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale, le défaut de cette prise en charge ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'au vu des éléments du dossier, son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers le pays d'origine. Par ailleurs, s'il allègue également qu'il a perdu toute autonomie et qu'il dépend de ses enfants, lesquels résident de manière régulière en France, il ressort des pièces du dossier que seul son petit-fils, qui atteste simplement l'héberger à son domicile, paraît s'occuper de lui. De plus, le requérant n'établit pas être dépourvu de toute attache familiale en Serbie. Au regard de l'ensemble de ces éléments, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'en adoptant l'arrêté contesté, le préfet du Haut-Rhin a commis une erreur manifeste d'appréciation.
6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'exposé, que M. B ne justifie pas résider en France de manière continue depuis 2011 et ne peut justifier d'aucune intégration dans la société française. S'il fait état de ce que ses enfants et petits-enfants vivent régulièrement en France, il n'établit pas être dépourvu de toute attache familiale dans le pays d'origine. De plus, s'agissant de l'intensité de ses relations familiales en France, il ne produit qu'une attestation de son petit-fils qui déclare l'héberger à son domicile. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que, en adoptant l'arrêté contesté, le préfet du Haut-Rhin a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris, et méconnu ainsi les dispositions et stipulations précitées.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte. Par ailleurs, eu égard à ce qui précède, M. B ne peut utilement soutenir en tout état de cause qu'il y aurait lieu de retarder l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français pour tenir compte de son âge.
D É C I D E :
Article 1 : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 27 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Julien Iggert, président,
M. Christophe Michel, premier conseiller,
M. Mohammed Bouzar, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2023.
Le rapporteur,
M. BOUZAR
Le président,
J. IGGERT
Le greffier,
S. PILLET
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Strasbourg, le
Le greffier,
No 2208239
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026