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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2208243

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2208243

mardi 17 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2208243
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique (6)
Avocat requérantGRÜN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I) Par une requête, enregistrée le 11 décembre 2022, sous le n° 2208243, Mme G épouse D, représentée par Me Grün, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2022 par lequel le préfet de la Moselle a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée et a prolongé d'un an l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an dont elle a fait l'objet le 6 avril 2021 ;

3°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de la Moselle de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet de la Moselle de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 900 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur le refus de renouvellement de son attestation de demande d'asile :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- le signataire de cette décision ne bénéficiait pas d'une délégation de compétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet de la Moselle n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- la décision litigieuse a été prise dans des conditions qui méconnaissent le droit d'être entendu qui constitue un principe général du droit communautaire et les stipulations de l'article 41-2 de la Charte des droits fondamentaux ;

- la décision contestée est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision contestée est contraire aux stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant.

Sur la décision lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la fixation du pays de renvoi :

- elle est insuffisamment motivée ;

- la décision contestée est contraire aux dispositions du dernier alinéa de l'article

L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet de la Moselle a méconnu l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision contestée est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2022, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme D n'est fondé.

II) Par une requête, enregistrée le 11 décembre 2022, sous le n° 2208245, M. B D, représenté par Me Grün, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2022 par lequel le préfet de la Moselle a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prolongé d'un an l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an dont il a fait l'objet le 6 avril 2021 ;

3°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de la Moselle de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet de la Moselle de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 900 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il se prévaut des moyens exposés dans la requête n° 2208243.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2022, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale de New York du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 13 janvier 2023 le rapport de

M. Dhers, magistrat désigné.

- les parties, régulièrement convoquées, n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme et M. D, ressortissants albanais respectivement nés les 9 février 1999 et 12 octobre 1989, déclarent être entrés en France le 6 décembre 2020. Ils ont déposé des demandes d'asile qui ont été rejetées le 22 février 2021 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et les 23 et 25 juin 2021 par la Cour nationale du droit d'asile. Par des arrêtés du 6 avril 2021, le préfet de la Moselle leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de leur éloignement et leur a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant un an. Les recours formés contre ces arrêtés ont été rejetés par un jugement du tribunal du 31 mai 2021. Les requérants ont sollicité le réexamen de leurs demandes d'asile, mais l'Office et la Cour leur ont opposé des décisions d'irrecevabilité les 29 octobre 2021, 19 mai et 7 juin 2022. Par des arrêtés du 1er décembre 2022, le préfet de la Moselle a refusé de renouveler leurs attestations de demande d'asile, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils sont susceptibles d'être éloignés et a prolongé d'un an l'interdiction de retour sur le territoire français dont ils ont fait l'objet le 6 avril 2021. Les requérants demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'admettre Mme et M. D à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les décisions par lesquelles le préfet de la Moselle a refusé de renouveler les attestations de demande d'asile de Mme et M. D :

4. En premier lieu, les décisions contestées comportent les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Mme et M. D ne sont dès lors pas fondés à soutenir qu'elles sont entachées d'un défaut de motivation.

5. En second lieu, en se bornant à soutenir que " les voies de recours s'agissant de [leurs] demande[s] d'asile ne sont pas épuisées " et que " dès lors, [ils] n'[auraient] pas dû perdre [leur] droit au maintien sur le territoire et conserver [leurs] attestation[s] de demande d'asile ", Mme et M. D n'établissent, en tout état de cause, pas que les décisions contestées sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur leur situation personnelle.

Sur les décisions obligeant Mme et M. D à quitter le territoire français :

6. En premier lieu, par un arrêté du 21 octobre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Moselle du même jour, le préfet de la Moselle a donné délégation à M. C F, directeur adjoint de l'immigration et l'intégration de la préfecture, pour signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions dévolues à cette direction, à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figurent pas les décisions contestées. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de M. F, signataire de l'arrêté attaqué, doit être écarté.

7. En deuxième lieu, les décisions contestées comportent les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Mme et M. D ne sont dès lors pas fondés à soutenir qu'elles sont entachées d'un défaut de motivation.

8. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Moselle a procédé à un examen particulier de la situation de Mme et M. D avant d'édicter les décisions attaquées.

9. En quatrième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Mme et M. D ont sollicité leur admission au séjour au titre de l'asile et ont pu à cette occasion préciser à l'administration les motifs pour lesquels ils présentaient leurs demandes et produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de celles-ci. En outre, les requérants ne se prévalent d'aucun élément pertinent qu'ils auraient été privés de faire valoir et qui aurait pu influer sur le contenu des décisions contestées. Par suite, ils ne peuvent pas être regardés comme ayant été privés de leur droit à être entendus garanti par le droit de l'Union.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Mme et M. D, qui ne sont présents en France que depuis le 6 décembre 2020 et qui s'y maintiennent en dépit des mesures d'éloignement dont ils ont fait l'objet le 6 avril 2021, ne sauraient sérieusement soutenir que les décisions contestées sont contraires aux stipulations précitées. Pour ces mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet de la Moselle aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ses décisions sur la situation personnelle de Mme et M. D doit également être écarté.

12. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la fille de Mme et M. D, qui est née le 23 janvier 2021, ne pourrait poursuivre sa scolarité qu'en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale de New York du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

Sur les décisions fixant à trente jours le délai de départ volontaire :

13. En premier lieu, les décisions contestées comportent les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Mme et M. D ne sont dès lors pas fondés à soutenir qu'elles sont entachées d'un défaut de motivation.

14. En deuxième lieu, pour les motifs exposés aux points 11 et 12, le moyen tiré de ce que le préfet de la Moselle aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ses décisions sur la situation personnelle de Mme et M. D doit être écarté.

Sur les décisions fixant le pays de renvoi :

15. En premier lieu, les décisions contestées comportent les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Mme et M. D ne sont dès lors pas fondés à soutenir qu'elles sont entachées d'un défaut de motivation.

16. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de ces stipulations : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". S'ils soutiennent qu'ils sont menacés dans leur pays d'origine, les requérants, dont les demandes d'asile ont, au demeurant, été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, ne produisent aucun document de nature à établir le bien-fondé de leurs affirmations. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions et stipulations précitées ne peut qu'être écarté.

Sur les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français :

17. En premier lieu, les décisions contestées comportent les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Mme et M. D ne sont dès lors pas fondés à soutenir qu'elles sont entachées d'un défaut de motivation.

18. En deuxième lieu, il ressort de la lecture des décisions attaquées que le préfet de la Moselle a pris en considération les différents critères fixés par les dispositions de l'article

L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et vérifié que des circonstances exceptionnelles ne s'opposaient pas à l'adoption de ces mesures. Le moyen tiré de l'erreur de droit alléguée manque dès lors en fait.

19. En dernier lieu, pour les motifs exposés aux points 11 et 12, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de ce que le préfet de la Moselle aurait entaché ses décisions d'une erreur d'appréciation doivent être écartés.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme et M. D tendant à l'annulation des arrêtés du 1er décembre 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : Mme et M. D ne sont pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de Mme et M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A épouse D, à M. B D, à Me Grün et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Strasbourg.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

S. Dhers

Le greffier,

P. Souhait

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°s 2208243, 2208245

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