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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2208291

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2208291

vendredi 20 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2208291
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantALEXANDRE - LÉVY - KAHN - BRAUN & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 décembre 2022 et 14 août 2024, M. A B, représenté par Me Levy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 octobre 2022 par laquelle la communauté de communes Sundgau a rejeté sa demande indemnitaire préalable ;

2°) de condamner la communauté de communes Sundgau à lui verser une indemnité d'un montant de 4 020,12 euros, assortie des intérêts au taux légal, correspondant aux frais de raccordement qu'il a été contraint d'exposer ;

3°) de mettre à la charge de la communauté de communes Sundgau la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête ressort de la compétence de la juridiction administrative et est recevable ;

- la communauté de communes Sundgau n'a pas réalisé le raccordement au réseau d'eau potable de la parcelle cadastrée section 6 n° 154 ni le raccordement au réseau d'eaux usées et d'eau potable de la parcelle cadastrée section 6 n° 42, contrairement aux engagements pris dans la promesse de vente signée le 12 septembre 2020 ; elle a ainsi manqué à ses obligations et sa responsabilité contractuelle doit être engagée ;

- il a droit à réparation à hauteur de la somme de 4 020,12 euros correspondant aux frais de raccordement qu'il a dû exposer et qui devaient être pris en charge par la collectivité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mars 2023, la communauté de communes Sundgau, représentée par Me Cereja, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. B la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable car portée devant une juridiction incompétente pour en connaître ;

- alors qu'il se fonde, à titre principal, sur la responsabilité contractuelle de la communauté de communes Sundgau, M. B ne peut pas invoquer en outre un autre fondement juridique tiré de sa responsabilité délictuelle ;

- la responsabilité délictuelle de la communauté de communes Sundgau ne doit pas être engagée ; elle ne s'est pas engagée à réaliser les travaux de raccordements au réseau d'eau potable de la parcelle n° 154 ; la faute invoquée par le requérant n'est pas caractérisée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jordan-Selva,

- les conclusions de M. Therre, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre de travaux d'assainissement envisagés sur le ban de la commune de Ligsdorf, la communauté de communes Sundgau a souhaité faire l'acquisition d'une parcelle d'une superficie d'un are, alors cadastrée section 6 n° 42 appartenant à M. A B. Ce dernier a signé le 12 septembre 2020 avec la communauté de communes Sundgau un " bon pour vente " au prix de 8 000 euros l'are. Cette promesse de vente précisait " sont compris 2 x 2 branchements eau usées / eau potable aux endroits indiqués sur le plan " annexé. Un acte de vente a été signé le 18 décembre 2020 finalisant la vente à la collectivité par M. B d'un terrain cadastré n° 189 section 6 d'une superficie de 96 ares, issu de la division de la parcelle initiale n° 42 en deux parcelles nos 188 et 189. Estimant que la communauté de communes Sundgau n'a pas respecté ses engagements contractuels concernant la réalisation de travaux de raccordement tels que décidés dans la promesse de vente, M. B lui a adressé une demande indemnitaire préalable tendant au remboursement de la somme de 4 020,12 euros qu'il a exposée pour faire exécuter à ses frais lesdits travaux. La communauté de communes Sundgau a rejeté cette demande par lettre du 13 octobre 2022. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette dernière décision et la condamnation de la communauté de communes Sundgau à lui payer la somme réclamée.

Sur la nature du litige :

2. La décision du 13 octobre 2022 par laquelle la communauté de communes Sundgau a rejeté la demande préalable de M. B a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande du requérant qui, en formulant les conclusions indemnitaires analysées au point précédent, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux.

Sur l'exception d'incompétence opposée en défense :

3. Aux termes de l'article L. 1111-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Les personnes publiques mentionnées à l'article L. 1 acquièrent à l'amiable des biens et des droits, à caractère mobilier ou immobilier / Les acquisitions de biens et droits à caractère immobilier s'opèrent suivant les règles du droit civil ". Le contrat conclu entre une personne publique et une personne privée réalisant la cession au bénéfice de la personne publique d'un bien immobilier est un contrat de droit privé dès lors, d'une part, que le contrat ne porte pas sur l'organisation du service public et qu'il n'a pas pour objet de faire participer la personne privée à l'exécution dudit service public, et, d'autre part, que le contrat ne comporte aucune clause exorbitante du droit commun.

4. Il résulte de l'instruction que, par un acte signé le 12 septembre 2020 entre M. B et le vice-président de la communauté de communes Sundgau en charge de l'assainissement, les intéressés ont trouvé un accord sur la chose et le prix en vue de l'acquisition par la communauté de communes Sundgau de la parcelle cadastrée n° 42 section 6 sise à Lingsdorf et appartenant à M. B. Par une délibération du 25 septembre 2020, le conseil communautaire de la communauté de communes Sundgau a approuvé l'acquisition par la collectivité du terrain désormais cadastré n° 189 section 6, après division de la parcelle initiale n° 42 en deux parcelles nos 188 et 189.

5. La promesse de vente signée le 12 septembre 2020 visait à déterminer les conditions d'acquisition de ces biens à caractère immobilier par la communauté de communes et comportait des précisions concernant la réalisation, au bénéfice de M. B, d'installations de branchements au réseau d'eau potable et au réseau d'évacuation des eaux usées.

La délibération du 25 septembre 2020 se bornait à faire mention des demandes du vendeur en matière de viabilisation et de pose d'un branchement. La promesse de vente signée le 12 septembre 2020 est un acte lié au contrat de vente du terrain signé le 18 décembre 2020. Elle ne porte pas sur l'organisation d'un service public, n'a pas pour objet de faire participer M. B à l'exécution du service public et ne comporte aucune clause exorbitante du droit commun. Dans ces conditions, elle constitue un acte de droit privé. Par suite, les litiges concernant son exécution échappent à la compétence de la juridiction administrative. Il en résulte que les conclusions du requérant tendant à la réparation des conséquences dommageables d'une faute qui aurait été commise par la communauté de communes Sundgau dans l'exécution de ses engagements contractuels pris à son égard doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Sur les frais de l'instance :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté de communes Sundgau, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. B le versement de la somme demandée par la communauté de communes Sundgau au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la communauté de communes Sundgau au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la communauté de communes Sundgau.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sibileau, président,

M. Boutot, premier conseiller,

Mme Jordan-Selva, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 20 décembre 2024.

La rapporteure,

S. Jordan-Selva

Le président,

J.-B. Sibileau

La greffière,

P. Kieffer

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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