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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2208467

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2208467

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2208467
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL COSSALTER, DE ZOLT & COURONNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 décembre 2022, Mme E C, représentée par Me Vauthier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 juillet 2022 par lequel le maire de Terville l'a radiée des effectifs à compter du 20 avril 2022, ensemble la décision du 26 octobre 2022 par laquelle le maire de Terville a rejeté son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Terville la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté du 25 juillet 2022, ainsi que la décision du 26 octobre 2022 sont entachés d'incompétence ;

- l'arrêté du 25 juillet 2022 est entachée d'une erreur de droit et de fait au regard dispositions de l'article 24 de la loi n° 83-634 ;

- la délibération du conseil municipal du 14 juin 2018 supprimant le poste occupé par Mme C après avis du comité technique est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un détournement de pouvoir en ce qu'elle a été prise par opportunisme en considération de la personne de Mme C, de sorte qu'elle entache d'illégalité l'arrêté du 25 juillet 2022 par voie d'exception ;

- le centre de gestion de la fonction publique territoriale de la Moselle n'a pas été destinataire de l'information de cette suppression d'emploi par le conseil municipal, de sorte que l'arrêté du 25 juillet est également entaché d'illégalité par voie d'exception.

Par un mémoire enregistré le 14 mars 2024, la commune de Terville, représentée par Me Couronne, conclut au rejet de la requête et à ce que la requérante lui verse la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Un mémoire enregistré le 11 septembre 2024 pour Mme C, postérieurement à la clôture d'instruction, n'a pas été communiqué.

Par une lettre du 20 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la substitution d'office des dispositions de l'article L. 514-6 du code général de la fonction publique à celles de l'article 24 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cormier, rapporteur ;

- les conclusions de Mme Lecard, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Couronne, avocat de la commune de Terville.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, adjointe administrative de 2ème classe au sein de la commune de Terville, a été placée sur sa demande en disponibilité d'office pour une durée d'un an le 20 avril 2018. Ce placement en disponibilité a été renouvelé pour une durée de deux ans à compter du 20 avril 2019 jusqu'au 19 avril 2021 inclus. Mme C a sollicité sa réintégration anticipée le 25 novembre 2020. Le conseil municipal de Terville a supprimé le 14 juin 2018 l'emploi à temps complet d'adjoint administratif affecté au service des assurances. Par un arrêté du 1er mars 2021, Mme C a été réintégrée et placée en surnombre à compter du 1er mars 2021 pour une durée d'un an. Cet arrêté a été annulé et remplacé par un arrêté du 4 mai 2021, réintégrant Mme C et la plaçant en surnombre à compter du 20 avril 2021, pour une durée d'un an. Par un arrêté du 12 avril 2022, le centre de gestion de la fonction publique territoriale de la Moselle a pris en charge Mme C à compter du 20 avril 2022. Par une décision du 25 juillet 2022, dont Mme C demande l'annulation, le maire de Terville l'a radiée des effectifs à compter du 20 avril 2022, en l'absence d'un poste vacant pendant une année et au regard de sa prise en charge par le centre de gestion de la fonction publique territoriale de la Moselle. Mme C a effectué un recours gracieux contre cette décision le 22 août 2022. Par une décision du 26 octobre 2022, le maire de Terville a rejeté son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 514-6 du code général de la fonction publique, applicable au présent litige : " Le fonctionnaire territorial en disponibilité soit d'office au terme des congés pour raisons de santé prévus au chapitre II du titre II du livre VIII soit de droit, sur demande, pour raisons familiales, est réintégré à l'issue de sa période de disponibilité dans les conditions prévues pour le détachement aux articles L. 513-11, L. 513-23, L. 513-24 et L. 513-26. Toutefois, le fonctionnaire territorial mis en disponibilité de droit, sur demande, pour suivre son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par un pacte civil de solidarité n'est réintégré dans les mêmes conditions à l'expiration de sa période de disponibilité, que si celle-ci n'a pas excédé trois ans. () ". Aux termes de l'article L. 513-24 du même code : " Au terme d'un détachement de longue durée, le fonctionnaire territorial est, sauf intégration dans le cadre d'emplois ou corps de détachement, réintégré dans son cadre d'emplois et réaffecté à la première vacance ou création d'emploi dans un emploi de son grade relevant de sa collectivité ou de son établissement d'origine. Le fonctionnaire territorial qui refuse l'emploi proposé est placé d'office en position de disponibilité. Il ne peut alors être nommé à l'emploi auquel il peut prétendre ou à un emploi équivalent que lorsqu'une vacance est ouverte ou un poste créé. Aux termes de l'article L. 513-26 de ce code : " Au terme d'un détachement de longue durée, si aucun emploi n'est vacant, le fonctionnaire territorial est maintenu en surnombre pendant un an dans sa collectivité ou son établissement d'origine dans les conditions prévues par les articles L. 542-4 et L. 542-5. Au terme de ce délai, s'il ne peut être réaffecté et reclassé dans un emploi de son grade, le fonctionnaire est pris en charge dans les conditions fixées par la section 3 du chapitre II du titre IV : 1° Soit par le Centre national de la fonction publique territoriale, pour les fonctionnaires relevant des cadres d'emplois de la catégorie A mentionnés à l'article L. 325-44 ; 2° Soit par le centre de gestion dans le ressort duquel se trouve la collectivité ou l'établissement qui l'employait antérieurement à son détachement, pour les autres fonctionnaires. Le fonctionnaire territorial a priorité pour être affecté dans un emploi de son grade dans sa collectivité ou son établissement d'origine. ".

3. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer d'office ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.

4. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de substituer d'office aux dispositions de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 et de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984, sur lesquelles est fondée la décision attaquée en date du 25 juillet 2022, celles de l'article L. 513-26 du code général de la fonction publique, entrées en vigueur le 1er mars 2022, cette substitution ne privant l'intéressée d'aucune garantie.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 25 juillet 2022 comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent son fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

7. En troisième lieu, d'une part, par un arrêté n° 5695 du 11 mars 2021, publié le 17 mars 2021, le maire de Terville a donné délégation à M. A B, adjoint au maire, à l'effet de signer les actes réglementaires et les actes individuels ou contractuels en matière de ressources humaines. D'autre part, par un arrêté n° 5693 du 11 mars 2021, publié le 17 mars 2021, le maire de Terville a donné délégation à M. F D, 1er adjoint au maire, à l'effet de signer les actes réglementaires et les actes individuels ou contractuels en matière de ressources humaines, en l'absence ou en cas d'empêchement de M. A B. Il ne ressort pas des pièces du dossier que celui-ci n'aurait pas été absent ou empêché le 26 octobre 2022. Par suite, le moyen tiré de ce que M. B et M. D, signataires des décisions en litige, ne disposent pas d'une délégation de signature doit être écarté comme manquant en fait.

8. En quatrième lieu, si les dispositions de l'article 24 de la loi n° 83-634 codifiées à l'article L. 550-1 du code général de la fonction publique, disposent que " la cessation définitive de fonctions qui entraîne radiation des cadres et perte de la qualité de fonctionnaire résulte () de la non réintégration à l'issue d'une période de disponibilité () ", et que si, en l'espèce, l'arrêté du 25 juillet 2022 a eu pour effet de radier Mme C des effectifs de la commune de Terville, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il a eu pour effet de de la radier des cadres et de lui faire perdre la qualité de fonctionnaire. Par suite, Mme C ne peut utilement soutenir que l'arrêté du 25 juillet 2022 est entaché d'une erreur de droit et de fait au regard des dispositions de l'article L. 550-1 du code général de la fonction publique.

9. En cinquième lieu, il est constant que le conseil municipal du 14 juin 2018 a supprimé le poste occupé par Mme C avant sa disponibilité, en raison du faible nombre de dossiers traités par le service assurances, après que le comité technique paritaire du 13 juin 2018 a voté à l'unanimité la suppression de ce service. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le motif relatif à la faiblesse de l'activité du service assurances fût contraire à l'intérêt du service et par suite entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un détournement de pouvoir. Par suite le moyen tiré de ce que la délibération du conseil municipal du 14 juin 2018 entache d'illégalité par voie d'exception la décision en litige ne peut qu'être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 97de la loi n°84-53 du 26 janvier 1984, alors applicable : " Dès lors qu'un emploi est susceptible d'être supprimé, l'autorité territoriale recherche les possibilités de reclassement du fonctionnaire concerné. I.- Un emploi ne peut être supprimé qu'après avis du comité technique sur la base d'un rapport présenté par la collectivité territoriale ou l'établissement public. Le président du centre de gestion dans le ressort duquel se trouve la collectivité ou l'établissement est rendu destinataire, en même temps que les représentants du comité technique, du procès-verbal de la séance du comité technique concernant la suppression de l'emploi () ".

11. Si, dans le cadre d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre la décision refusant d'abroger un acte réglementaire, la légalité des règles fixées par celui-ci, la compétence de son auteur et l'existence d'un détournement de pouvoir peuvent être utilement critiquées, il n'en va pas de même des conditions d'édiction de cet acte, les vices de forme et de procédure dont il serait entaché ne pouvant être utilement invoqués que dans le cadre du recours pour excès de pouvoir dirigé contre l'acte réglementaire lui-même et introduit avant l'expiration du délai de recours contentieux.

12. En l'espèce, s'il est constant que le président du centre de gestion n'a pas été rendu destinataire de l'information de la suppression de l'emploi affecté au service des assurances par le conseil municipal le 14 juin 2018, cette circonstance n'a trait qu'à un vice de procédure. Par suite, il résulte de ce qui a été exposé au point précédent que la seconde branche du moyen tiré de l'exception d'illégalité de la délibération du 14 juin 2018 doit être écartée comme étant inopérante.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme C ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Terville, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme C au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Terville présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Terville sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C et à la commune de Terville.

Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,

M. Cormier, conseiller,

Mme Fuchs Uhl, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

Le rapporteur,

R. CORMIER

Le président,

T. GROS

Le greffier,

P. SOUHAIT

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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