jeudi 1 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2208721 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | GAUDRON |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée le 31 décembre 2022 sous le numéro 2208721, Mme C D née B, représentée par Me Gaudron, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision implicite née du silence gardé sur le recours préalable obligatoire qu'elle a formé le 31 août 2022 contre la décision du 3 août 2022 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder sans délai le bénéficie de l'allocation pour demandeur d'asile en tenant compte de la composition familiale, à compter du 3 août 2022, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision implicite est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle n'est pas écrite, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est estimé en situation de compétence liée et a entachée la décision de refus des conditions matérielles d'accueil d'une erreur de droit ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa vulnérabilité aux sens des dispositions des articles L. 522-1 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle remplit toutes les conditions pour bénéficier des conditions matérielles d'accueil ;
- la décision a été prise en violation de la directive 2013/33/UE ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'intérêt supérieur de ses deux enfants.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
II. Par une requête, enregistrée le 31 décembre 2022 sous le numéro 2208722, M. A D, représenté par Me Gaudron, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision implicite née du silence gardé sur le recours préalable obligatoire qu'il a formé le 31 août 2022 contre la décision du 3 août 2022 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder sans délai le bénéficie de l'allocation pour demandeur d'asile en tenant compte de la composition familiale, à compter du 3 août 2022, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il se prévaut des mêmes moyens que ceux exposés au soutien de la requête n° 2208721.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la décision du conseil d'Etat n°428530 du 31 juillet 2019 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bonnet,
- les conclusions de Mme Bauer, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme D, ressortissants nigérians, ont présenté une demande d'asile enregistrée le 21 janvier 2019 en procédure Dublin. A l'expiration du délai de transfert, la France est devenue responsable de l'examen de leur demande qui a été rejetée, en dernier lieu, par la Cour nationale du droit d'asile le 7 juin 2022. Le 3 août 2022, les requérants ont sollicité le réexamen de leur demande et, par une décision du même jour, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) leur a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. M. et Mme D ont formé contre cette décision le recours préalable obligatoire prévu par les dispositions issues du décret du 28 décembre 2018 de l'article
D. 744-37-1, devenu D. 551-17, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Leur recours a fait l'objet d'un rejet implicite dont ils demandent l'annulation. Les requêtes susvisées nos 2208721 et 2208722, présentées pour M. et Mme D, sont dirigées contre la même décision et présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. et Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction applicable à la date de la décision initiale d'octroi des conditions matérielles d'accueil aux requérants, le 21 janvier 2019, ne prévoyaient pas de recours préalable obligatoire. Dès lors, le recours formé par M. et Mme D doit être regardé comme un recours gracieux et les conclusions des requérants comme dirigées contre la décision initiale en date du 3 août 2022. Par suite, les vices propres dont serait entachée la décision de rejet implicite ne peuvent être utilement invoqués.
5. En deuxième lieu, la décision attaquée du 3 août 2022 comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, ainsi, suffisamment motivée.
6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII se serait estimé en situation de compétence liée et n'aurait pas pris en considération la situation personnelle des requérants avant d'adopter la décision en litige. Par suite le moyen tiré d'une erreur de droit doit être écarté.
7. En quatrième lieu, si les requérants se prévalent de l'état de santé de Mme D, sans produire aucun élément au soutien de leurs allégations, et de leurs deux enfants mineurs, ces circonstances ne sont pas de nature à établir qu'ils se trouvent dans une situation de vulnérabilité particulière. M. et Mme D ne sont dès lors pas fondés à soutenir que l'OFII a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de leur situation et notamment de leur vulnérabilité.
8. En cinquième lieu, en application de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable aux faits de l'espèce, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être " refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ". Alors qu'il est constant que les requérants ont présenté une demande de réexamen de leur demande d'asile, ils ne sont pas fondés à soutenir qu'ils remplissaient toutes les conditions pour bénéficier des conditions matérielles d'accueil.
9. En sixième lieu, aux termes du 5° de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les Etats membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs ".
10. D'une part, M. et Mme D ne sauraient utilement se prévaloir directement, à l'encontre de la décision attaquée, des dispositions de l'article 20, paragraphe 5 de la directive 2013/33/UE qui imposent à la France de garantir un niveau de vie digne à tous les demandeurs, lesquelles ne sont ni précises ni inconditionnelles. D'autre part, et en tout état de cause, il ne ressort d'aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les décisions de refus des conditions matérielles d'accueil feraient en toutes circonstances obstacle à l'accès aux autres dispositifs prévus par le droit interne répondant aux prescriptions de l'article 20, paragraphe 5, de la directive du 26 juin 2013 précitée, si l'étranger considéré en remplit par ailleurs les conditions, et notamment à l'application des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'action sociale et des familles relatives à l'aide médicale de l'Etat ou de l'article L. 345-2-2 du même code relatives à l'hébergement d'urgence. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des dispositions de la directive 2013/33/UE ne peut qu'être écarté.
11. En septième lieu, si les requérants soutiennent que la décision en litige méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle les place dans une situation de dénuement matériel extrême, ils ne produisent à l'instance aucun élément susceptible d'établir qu'ils seraient exposés à des traitements inhumains et dégradants au sens de ces stipulations.
12. En dernier lieu, aux termes de l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
13. En l'espèce, la décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer les requérants de leurs enfants. Dès lors, pour les mêmes motifs qu'énoncé au point 7, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations précitées.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. et Mme D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1 : M. et Mme D sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D née B, à M. A D, à Me Gaudron et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bonifacj, présidente,
M. Therre, premier conseiller,
Mme Bonnet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 1er juin 2023.
La rapporteure,
L. Bonnet
La présidente,
J. Bonifacj
La greffière,
N. Adjacent
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Nos 2208721, 220872
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026