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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2300070

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2300070

mercredi 21 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2300070
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique (1)
Avocat requérantSELARL JURIS-DIALOG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I.- Par une requête enregistrée le 5 janvier 2023 sous le numéro 2300070 et un mémoire complémentaire, enregistré le 29 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Techel, doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 6 septembre 2022 par laquelle Pôle Emploi Grand Est lui a notifié un trop- perçu d'allocation de solidarité spécifique pour un montant de 3 722,94 euros correspondant à un indu constitué pour la période du 1er septembre 2019 au 30 novembre 2020. Il demande en outre de mettre à la charge de France Travail le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- s'il a exercé une activité complémentaire à temps partiel de porteur de journaux pour le compte de l'Alsacienne de portage depuis 2015, il a néanmoins sollicité de son employeur un congé sans solde, afin de ne percevoir aucune rémunération pendant les trois mois suivant la première période de trois mois autorisant le cumul de l'allocation de solidarité spécifique avec une activité rémunérée ;

- la position de Pôle Emploi, selon laquelle la suspension du contrat de travail s'analyse comme une poursuite d'activité incompatible avec le versement de l'allocation de solidarité spécifique, est erronée, dès lors qu'il n'a exercé aucune activité ni perçu aucune rémunération ;

- aux termes de l'article R. 5425-2 du code du travail, seule la rémunération tirée de l'exercice d'une activité professionnelle interdit le cumul entre l'activité salariée et le versement de l'allocation de solidarité spécifique ;

- les dispositions légales précitées s'appliquent à la situation d'un bénéficiaire reprenant une activité professionnelle pendant le versement de l'allocation de solidarité spécifique et non à celle d'un bénéficiaire conservant une activité professionnelle occupée avant le versement de l'allocation de solidarité spécifique ;

- les sommes dont Pôle Emploi demande le remboursement sont prescrites, au moins pour la période antérieure au 9 août 2020 ;

- le montant réclamé par Pôle Emploi au titre du trop-perçu correspond à la période globale d'indemnisation de l'allocation de solidarité spécifique, incluant les périodes de trois mois durant lesquels le cumul de l'allocation et d'une activité professionnelle est autorisé.

La requête a été communiquée le 5 janvier 2023 à Pôle Emploi Grand Est, devenu France Travail Grand Est, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

II.- Par une requête, enregistrée le 21 août 2023 sous le numéro 2305962, M. B A, représenté par Me Techel, forme opposition à la contrainte délivrée à son encontre le 26 juillet 2023 par Pôle Emploi Grand Est et signifiée par acte d'huissier le 9 août 2023, pour le recouvrement d'une somme totale, frais inclus, de 3 728,23 euros correspondant à un indu d'allocation de solidarité spécifique constitué pour la période du 1er septembre 2019 au 30 novembre 2020.

Il demande également de mettre à la charge de France Travail Grand Est le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en sus des dépens.

Il soutient que :

- les sommes dont Pôle Emploi demande le remboursement sont prescrites, au moins pour la période antérieure au 9 août 2020 ;

- s'il a exercé une activité complémentaire à temps partiel de porteur de journaux pour le compte de l'Alsacienne de portage depuis 2015, il a néanmoins sollicité de son employeur un congé sans solde, afin de ne percevoir aucune rémunération pendant les trois mois suivant la première période de trois mois autorisant le cumul de l'allocation de solidarité spécifique avec une activité rémunérée ;

- la position de Pôle Emploi, selon laquelle le maintien du contrat de travail s'analyse comme une poursuite d'activité incompatible avec le versement de l'allocation de solidarité spécifique, est erronée, dès lors qu'il n'a exercé aucune activité ni perçu aucune rémunération ;

- aux termes de l'article R. 5425-2 du code du travail, seule la rémunération tirée de l'exercice d'une activité professionnelle interdit le cumul entre l'activité salariée et le versement de l'allocation de solidarité spécifique ;

- les dispositions légales précitées s'appliquent à la situation d'un bénéficiaire reprenant une activité professionnelle pendant le versement de l'allocation de solidarité spécifique et non à celle d'un bénéficiaire conservant une activité professionnelle occupée avant le versement de l'allocation de solidarité spécifique ;

- le montant réclamé par Pôle Emploi au titre du trop-perçu correspond à la période globale d'indemnisation de l'allocation de solidarité spécifique, incluant les périodes de trois mois durant lesquels le cumul de l'allocation et d'une activité professionnelle est autorisé.

La requête a été communiquée le 29 août 2023 à Pôle Emploi Grand Est, devenu France Travail Grand Est, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1- Par un courrier du 6 septembre 2022, Pôle Emploi Grand Est a notifié à M. A un trop-perçu d'allocation de solidarité spécifique pour un montant de 3 722,94 euros correspondant à un indu constitué pour la période du 1er septembre 2019 au 30 novembre 2020. Le 12 octobre 2022, M. A a introduit une procédure de médiation préalable obligatoire auprès de Pôle Emploi, qui n'a pas abouti. Une contrainte a été émise à son encontre le 26 juillet 2023 pour le recouvrement de l'indu. M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 6 septembre 2022 par laquelle Pôle Emploi Grand Est lui a notifié un trop-perçu et forme opposition à la contrainte émise pour le recouvrement de l'indu.

2- Les requêtes n°s 2300070 et 2305962 concernent la situation de M. A et présentent à juger des questions identiques. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A dans la requête n° 2300070 :

3- Les travailleurs privés d'emploi qui ont épuisé leurs droits à l'allocation d'assurance ont droit, sur le fondement de l'article L. 5423-1 du code du travail, s'ils remplissent des conditions d'activité antérieure et de ressources, au bénéfice de l'allocation de solidarité spécifique. Celle-ci peut, en vertu de l'article L. 5425-1 du même code, se cumuler avec les revenus tirés d'une activité occasionnelle ou réduite dans des conditions et limites fixées par décret en Conseil d'Etat. Aux termes de l'article R. 5425-2 du code du travail : " Lorsque le bénéficiaire de l'allocation de solidarité spécifique reprend une activité professionnelle salariée ou non salariée, la rémunération tirée de l'exercice de cette activité est intégralement cumulée avec le versement de l'allocation de solidarité spécifique pendant une période de trois mois, consécutifs ou non, dans la limite des droits aux allocations restants. ". Et aux termes de l'article R. 5425-6 du même code : " Lorsque le bénéficiaire de l'allocation de solidarité spécifique interrompt son activité professionnelle pendant une durée minimale de trois mois, il peut bénéficier à nouveau et dans leur intégralité des dispositions de la présente sous-section. ".

4- Il résulte de l'instruction que M. A a exercé, sous contrat à durée indéterminée, du 4 juin 2015 au 31 janvier 2021, une activité salariée de porteur de journaux et qu'il a été placé en congé sans solde du 1er août 2019 au 31 janvier 2020 et du 16 septembre 2020 au 31 décembre 2020. Dès lors qu'il n'a exercé aucune activité professionnelle effective durant les périodes précitées, peu important que cette absence d'activité résulte d'une suspension et non d'une rupture de son contrat de travail, il ne peut être regardé comme ayant irrégulièrement cumulé le versement de l'allocation de solidarité spécifique avec une rémunération tirée de l'exercice d'une activité professionnelle entre les 1er septembre 2019 et 4 novembre 2019 et entre les 1er septembre 2020 et 30 novembre 2020. Le requérant est dès lors fondé à soutenir que c'est par une inexacte application des dispositions de l'article R. 5425-2 du code du travail que Pôle Emploi lui réclame, durant les périodes précitées, un trop-perçu d'allocation de solidarité spécifique pour le motif tiré de l'exercice d'une activité au-delà d'une période de trois mois. Par ailleurs, M. A, qui a interrompu son activité professionnelle pendant une durée minimale de trois mois, pouvait de nouveau, en application de l'article R. 5425-6 du code du travail, cumuler l'allocation spécifique de solidarité avec les revenus tirés de son activité de porteur de journaux entre les 28 juin et 31 août 2020. Par suite, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, il y a lieu d'annuler la décision du 6 septembre 2022, par laquelle Pôle Emploi Grand Est lui a notifié le trop-perçu d'allocation de solidarité spécifique réclamé.

Sur l'opposition à contrainte présentée par M. A dans la requête n° 2305962 :

5- Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que l'opposition à contrainte formée par M. A est fondée et que la contrainte doit dès lors être annulée.

Sur les frais des instances :

6- Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de France Travail Grand Est le versement à M. A de la somme totale de 1 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1 : La décision du 6 septembre 2022 par laquelle Pôle Emploi Grand Est a notifié à M. A un trop-perçu d'allocations de solidarité spécifique est annulée.

Article 2 : La contrainte émise le 26 juillet 2023 en recouvrement de l'indu est annulée.

Article 3 : France Travail Grand Est versera à M. A la somme totale de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à France Travail Grand Est.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2024.

La magistrate désignée,

C. CLe greffier,

P. SOUHAIT

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°s 2300070 et 230596

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