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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2300150

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2300150

lundi 13 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2300150
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantELSAESSER

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 et 19 janvier 2023 sous le numéro 2300150, M. E A, représenté par Me Elsaesser, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer le titre de séjour sollicité, portant la mention " vie privée et familiale " et d'une durée d'un an, dans un délai d'un mois et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à compter la notification du jugement à intervenir ; à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, durant cette instruction, une autorisation provisoire de séjour, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- la décision est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa demande ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de l'intérêt de l'enfant mineur et du petit-fils mineur ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de l'existence de considérations humanitaires ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur la vie privée et familiale ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle se fonde sur une décision illégale ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle se fonde sur une décision illégale ;

- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

II. Par une requête et un mémoire enregistrés les 12 et 19 janvier 2023 sous le numéro 2300282, M. E A, représenté par Me Elsaesser, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté notifié le 11 janvier 2023 portant assignation à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'absence de date sur l'arrêté ne permet pas au tribunal de vérifier la compétence de son signataire ;

- la décision méconnaît, pour le même motif, l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée de défaut de motivation ;

- elle est dépourvue de base légale compte tenu de l'illégalité de l'arrêté lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de l'opportunité d'édicter cette mesure d'assignation à résidence, et du caractère raisonnable de la perspective d'éloignement.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 janvier 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet des requêtes.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

III.

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 et 19 janvier 2023 sous le numéro 2300183, Mme G D épouse A, représentée par Me Elsaesser, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer le titre de séjour sollicité, portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; subsidiairement d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation et de lui délivrer, durant l'instruction de sa demande, un récépissé de demande de titre de séjour, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- la décision est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa demande ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de l'intérêt de l'enfant mineur et du petit-fils mineur ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de l'existence de considérations humanitaires ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur la vie privée et familiale ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle se fonde sur une décision illégale ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle se fonde sur une décision illégale ;

- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

IV. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 et 19 janvier 2023 sous le numéro 2300283, Mme G D épouse A, représentée par Me Elsaesser, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté notifié le 11 janvier 2023 portant assignation à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- l'absence de date sur l'arrêté ne permet pas au tribunal de vérifier la compétence de son signataire ;

- la décision méconnaît, pour le même motif, l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée de défaut de motivation ;

- elle est dépourvue de base légale compte tenu de l'illégalité de l'arrêté lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de l'opportunité d'édicter cette mesure d'assignation à résidence, et du caractère raisonnable de la perspective d'éloignement.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 janvier 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet des requêtes.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Merri, magistrate désignée ;

- les observations de Me Elsaesser, avocate de M. et Mme A, qui conclut aux mêmes fins que les requêtes par les mêmes moyens, ajoute qu'il n'y a pas lieu de statuer sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire dès lors qu'il existe des moyens propres dirigés contre les assignations à résidence susceptibles d'entraîner leur annulation, notamment l'absence de date sur les décisions portant assignation à résidence ; s'agissant des exceptions d'illégalité, Me Elsaesser précise que la présence de M. et Mme A aux côtés de leur petit-fils mineur n'a pas été prise en compte, alors que le fils des requérants et père de l'enfant bénéficie d'une protection contre l'éloignement, que les requérants hébergent et assurent l'éducation de leur petit-fils dans le cadre de la garde alternée, que la situation de leur second fils arrivé mineur en France n'a pas été examinée, et que les décisions en litige menacent l'intégrité de la cellule familiale présente en France depuis 2016, qu'ainsi elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

- et les observations de M. et Mme A, assistés de Mme B, interprète en langue albanaise.

La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A et Mme D épouse A, ressortissants kosovars âgés respectivement de 50 et 47 ans, sont entrés en France le 2 mars 2016, accompagnés de leurs enfants, aux fins d'y solliciter l'asile. Leurs demandes ont fait l'objet de décisions de rejet devenues définitives et, par des arrêtés du 25 octobre 2017, il leur a été fait obligation de quitter le territoire français. Ils ont alors présenté des demandes de réexamen au titre de l'asile, qui ont été rejetées. Le 5 juillet 2018, ils ont sollicité leur admission au séjour au titre de la vie privée et familiale et au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par des arrêtés du 25 mars 2019, le préfet du Bas-Rhin leur a refusé la délivrance d'un titre de séjour et leur a fait obligation de quitter le territoire français. Mme A, qui avait présenté une demande d'admission au séjour en raison de son état de santé, a vu cette demande également refusée. Le 6 avril 2021, les requérants ont renouvelé leur demande de titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par des arrêtés du 30 juin 2022, la préfète du Bas-Rhin leur a refusé la délivrance des titres sollicités et leur a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours. Par des arrêtés notifiés le 11 janvier 2023, la préfète a assigné M. et Mme A à résidence.

2. Les requêtes nos 2300150, 2300183, 2300282 et 2300283 sont relatives à la situation des membres d'un couple et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul et même jugement.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. A et Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire au titre des instances nos 2300282 et 2300283.

Sur l'étendue du litige :

4. En application des dispositions des articles L. 614-1, L. 614-9, L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de celles de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, il y a lieu de statuer sur les conclusions de la requête à fin d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de renvoi, ainsi que sur l'arrêté portant assignation à résidence. En revanche, les conclusions à fin d'annulation du refus d'admission au séjour, ainsi que les conclusions à fin d'injonction et les conclusions accessoires y afférentes demeurent de la compétence de la formation collégiale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les obligations de quitter le territoire français :

S'agissant du moyen tiré de l'exception d'illégalité :

5. En premier lieu, les décisions comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et sont dès lors régulièrement motivées. Le moyen doit être écarté.

6. En deuxième lieu, et alors que les demandes d'admission au séjour présentées par les requérants le 6 avril 2021 ne font pas mention de la naissance de leur petit-fils de nationalité française, et encore moins de la circonstance qu'ils en assureraient l'hébergement, l'entretien et l'éducation à leur domicile, il ne ressort pas des mentions des décisions refusant la délivrance d'un titre de séjour que la préfète du Bas-Rhin n'aurait pas procédé à un examen particulier des circonstances de l'espèce et aurait ainsi entaché ses décisions d'une erreur de droit.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

8. M. et Mme A font valoir qu'ils résident en France avec leurs enfants depuis 2016, qu'ils justifient, ainsi que leur fils aîné désormais majeur, de promesses d'embauche, qu'ils disposent d'attaches familiales en France dont leur petit-fils de nationalité française, et que leur fils cadet, mineur, poursuit sa scolarité en France depuis son arrivée et est actuellement inscrit dans un parcours professionnalisant. Toutefois, les requérants ont vécu hors de France jusqu'à l'âge de 45 et 40 ans, et ne sont pas dépourvus d'attaches familiales au Kosovo. A la date des décisions attaquées, leur fils aîné F était également en situation irrégulière. Enfin, il ne ressort pas des pièces des dossiers que la présence des requérants aux côtés de leur petit-fils, à la supposer démontrée, serait nécessaire. Dans ces conditions, les décisions contestées n'ont pas porté à leur droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions et stipulations précitées doivent être écartés. Pour ces mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la préfète du Bas-Rhin aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ses décisions sur leur situation personnelle doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

10. M. et Mme A font valoir les mêmes considérations que celles rappelées au point 8, lesquelles ne présentent pas un caractère humanitaire, ni ne font ressortir un motif exceptionnel de nature à justifier leur admission au séjour. Dès lors, ils ne sont pas fondés à soutenir que la préfète du Bas-Rhin a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de leur situation au regard des dispositions précitées.

11. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale de New-York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Ces stipulations sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

12. D'une part, pour les motifs déjà explicités au point 6, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir du soutien qu'ils apporteraient à leur fils majeur dans l'entretien et l'éducation de leur petit-fils, au soutien de leurs conclusions en annulation des décisions leur refusant la délivrance d'un titre de séjour. D'autre part, M. et Mme A soutiennent qu'un retour au Kosovo aurait un impact sur la scolarisation de leur fils mineur. Toutefois, il ne ressort pas des pièces des dossiers qu'il existerait des obstacles à ce que celui-ci s'intègre et poursuive une scolarité adaptée dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision attaquée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, M. et Mme A ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées seraient entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur la situation de leur fils mineur.

S'agissant des autres moyens :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.

14. En deuxième lieu, les décisions portant obligation de quitter le territoire français n'ont pas à faire l'objet d'une motivation spécifique dès lors que les décisions relatives au séjour qu'elles accompagnent sont, comme en l'espèce, régulièrement motivées. Le moyen doit être écarté.

15. En troisième lieu et d'une part, pour les motifs déjà énoncés au point 6, les requérants ne peuvent utilement soutenir que la préfète du Bas-Rhin devait prendre en compte la situation de leur petit-fils de nationalité française. D'autre part, il ne ressort pas des décisions en litige que la situation du fils mineur des requérants n'aurait pas été examinée.

16. En quatrième lieu, si M. et Mme A invoquent la méconnaissance, par les décisions en litige, des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et de l'article 3-1 de la convention internationale de New-York relative aux droits de l'enfant, il est constant que les requérants, entrés en France en 2016, ne se sont maintenus sur le territoire qu'en raison de leurs demandes d'asile puis de leurs demandes de titres de séjour, et en dépit des mesures d'éloignement dont ils ont fait l'objet. La circonstance que leur fils aîné soit le père d'un enfant de nationalité française ne suffit pas à établir que les requérants ont fait de la France le centre de leurs intérêts privés et familiaux. Par ailleurs, si les requérants se prévalent de la scolarisation de leur fils cadet en CAP, ils n'apportent aucun élément susceptible de démontrer que cette scolarisation ne pourrait pas avoir lieu au Kosovo, où a vocation à se reconstituer la cellule familiale. Dans ces circonstances, et malgré leurs efforts d'intégration, M. et Mme A ne sont pas fondés à soutenir que la préfète du Bas-Rhin a porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a pris les décisions en litige. Ils ne sont, de même, pas fondés à soutenir que la préfète n'aurait pas tenu compte de l'intérêt supérieur de leur fils mineur, dès lors qu'ils font tous deux l'objet d'une mesure d'éloignement, et qu'ainsi les décisions contestées n'ont pas pour objet de séparer la cellule familiale et ne méconnaissent pas le principe de l'intérêt supérieur de l'enfant. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, les décisions attaquées ne sont entachées d'aucune erreur manifeste d'appréciation.

17. En cinquième et dernier lieu, les requérants ne démontrent pas que les décisions en litige seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur l'état de santé de Mme A. Ce moyen doit en conséquence être écarté.

En ce qui concerne le pays de renvoi :

18. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que les décisions fixant le pays de destination devraient être annulées par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

19. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, et du caractère disproportionné de l'atteinte au droit de mener une vie privée et familiale normale, ne sont assortis d'aucune précision pour en apprécier le bien-fondé et doivent, par suite, être écartés.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

20. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () / L'étranger qui, ayant été assigné à résidence en application du présent article, ou placé en rétention administrative en application des articles L. 741-1 ou L. 741-2, n'a pas déféré à la décision dont il fait l'objet ou, y ayant déféré, est revenu en France alors que cette décision est toujours exécutoire, peut être assigné à résidence sur le fondement du présent article. ".

21. Il est constant que les requérants se sont vu refuser la délivrance d'un titre de séjour et que la préfète du Bas-Rhin leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours par deux arrêtés du 30 juin 2022. Il n'est pas davantage contesté que ces arrêtés font l'objet de recours pendants devant le tribunal.

22. Par suite, et alors qu'au demeurant les décisions en litige ne font pas mention des recours dirigés contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français, la préfète du Bas-Rhin ne démontre pas qu'à la date, non indiquée, à laquelle les décisions attaquées assignant M. et Mme A à résidence ont été édictées, que le délai de départ volontaire de trente jours accordé aux requérants était expiré, ni que leur éloignement demeurait une perspective raisonnable.

23. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A sont seulement fondés à demander l'annulation des arrêtés notifiés le 11 janvier 2023 portant assignation à résidence, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés contre ces arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

24. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.

Sur les frais de l'instance :

25. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. et Mme A dans les instances n° 2300282 et 2300283 en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : M. et Mme A sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire dans les instances nos 2300282 et 2300283.

Article 2 : Les conclusions à fin d'annulation des décisions relatives au séjour, de même que les conclusions à fin d'injonction et les conclusions accessoires y afférentes sont réservées jusqu'à la fin des instances nos 2300150 et 2300183.

Article 3 : Les arrêtés notifiés le 11 janvier 2023 portant assignation à résidence sont annulés.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à Mme G D épouse A, à Me Elsaesser et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la procureure de la République près le tribunal judiciaire de Strasbourg.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2023.

La magistrat désignée,

D. CLa greffière

G. Trinité

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

Nos 2300150, 2300183, 2300282, 2300283

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01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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