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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2300249

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2300249

mercredi 25 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2300249
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCHWEITZER

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 12 janvier 2023 sous le numéro 2300249, et un mémoire enregistré le 17 janvier 2023, M. A E, représenté par Me Schweitzer, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 janvier 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 janvier 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin a ordonné son assignation à résidence ;

3°) à défaut, de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français jusqu'à la décision de la CNDA ;

4°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer une attestation de demande d'asile, subsidiairement de réexaminer sa situation, dans un délai de 8 jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle se fonde sur une décision illégale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée de défaut de motivation ;

- elle se fonde sur une décision illégale ;

Sur l'assignation à résidence :

- elle se fonde sur une décision illégale ;

Sur la demande de suspension :

- il présente des éléments sérieux ;

Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 et 18 janvier 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée le 12 janvier 2023 sous le numéro 2300250, et un mémoire enregistré le 17 janvier 2023, Mme C F, représentée par Me Schweitzer, expose des conclusions et des moyens semblables à ceux de la requête 2300249.

Par un mémoire en défense, enregistré les 16 et 18 janvier 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D B en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Laurent Boutot, magistrat désigné ;

- les observations de Me Carraud, substituant Me Schweitzer.

Le préfet du Haut-Rhin n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

1. En premier lieu, les décisions comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et sont dès lors régulièrement motivées.

2. En deuxième lieu, si les requérants invoquent la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, leur entrée en France, au mois de janvier 2022, est récente, et ils ne justifient d'aucun lien effectif susceptible de protection au sens de cet article. Le moyen doit être écarté.

3. En troisième lieu, les décisions contestées n'ont pas vocation à séparer leur fils, né en 2019, de l'un de ses parents, de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale de New-York relative aux droits de l'enfant, qui n'est assorti d'aucun élément circonstancié, doit être écarté.

En ce qui concerne le pays de renvoi :

4. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, les requérants, dont la demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, n'apportent aucun élément au soutien du moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.

Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

7. En premier lieu, les décisions contestées, qui ont égard à la durée de présence des requérants, mentionnent l'absence de liens stables, l'absence d'une précédente mesure d'éloignement, et le fait qu'ils ne représentent pas une menace à l'ordre public, sont régulièrement motivées. Le moyen doit être écarté.

8. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

9. Aux termes de l'article L. 730-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, dans les conditions prévues au présent titre, assigner à résidence l'étranger faisant l'objet d'une décision d'éloignement sans délai de départ volontaire ou pour laquelle le délai de départ volontaire imparti a expiré et qui ne peut quitter immédiatement le territoire français ".

10. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

Sur les conclusions à fin de suspension :

11. Les requérants, qui se bornent à indiquer qu'ils ont entamé des démarches pour faire appel de la décision par laquelle l'OFPRA a rejeté leur demande d'asile, n'assortissent leur demande de suspension d'aucun élément sérieux.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés des 10 janvier 2023. Il y a lieu, par suite, de rejeter leurs conclusions à fin d'injonction et celles au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1 : Les requêtes de M. et Mme F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, Mme C F et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

L. B

La greffière

L. Chérif

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

L. Chérif

2, 2300250

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