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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2300278

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2300278

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2300278
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGHARZOULI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 et 20 janvier 2023, M. A D, représenté par Me Gharzouli, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 janvier 2023 par lequel le préfet de la Moselle l'a assigné à résidence dans le département de la Moselle pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant assignation à résidence est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation dès lors qu'il ne présente aucun risque de fuite ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle est disproportionnée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Des pièces, produites par le préfet de la Moselle, ont été enregistrées le 17 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Merri, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. D, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français prise en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 731-2 du même code : " L'étranger assigné à résidence en application de l'article L. 731-1 peut être placé en rétention en application de l'article L. 741-1, lorsqu'il ne présente plus de garanties de représentation effectives propres à prévenir un risque de soustraction à l'exécution de la décision d'éloignement apprécié selon les mêmes critères que ceux prévus à l'article L. 612-3 ". En vertu des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le risque de soustraction à l'exécution d'une décision d'éloignement peut être regardé comme établi notamment lorsque l'étranger ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale et, par suite, de garanties de représentation suffisante. Enfin, aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".

3. En premier lieu, le préfet de la Moselle a, par un arrêté du 21 octobre 2022 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, donné délégation à M. C E, directeur adjoint, chef du bureau de l'éloignement et de l'asile, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions dévolues à cette direction, à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figure pas la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté, signé par M. E, serait entaché du vice d'incompétence doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, notamment en ce qui concerne les considérations de fait sur lesquelles le préfet de la Moselle s'est fondé pour prononcer l'assignation à résidence de M. D dans le département de la Moselle, où il a été interpellé. Au demeurant, l'autorité administrative n'est pas tenue de préciser tous les éléments relatifs à la situation d'un ressortissant étranger. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision en litige serait entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle de M. D. Par suite, le moyen soulevé en ce sens ne peut qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant a fait l'objet, le 15 septembre 2022, d'un arrêté du préfet de la Moselle lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et interdiction de retour pour une durée d'un an. A la suite à son interpellation, le 10 janvier 2023 lors d'un contrôle aléatoire dans le secteur des vingt kilomètres de la frontière luxembourgeoise, le préfet de la Moselle a constaté que M. D n'avait pas exécuté la mesure d'éloignement qu'il avait édicté à son encontre le 15 septembre 2022, et que l'intéressé ne présentait aucun document justifiant de son droit au séjour sur le territoire français ni ne justifiait d'une résidence stable et effective en France.

7. En outre, il ressort des pièces du dossier que la demande de régularisation du séjour formulée par M. D, dont l'intéressé se prévaut, n'a été réceptionnée par la préfecture de la Moselle que le 10 janvier 2023. Par suite, et alors qu'en tout état de cause la nouvelle demande de séjour du requérant ne fait pas obstacle à l'édiction d'une mesure d'assignation à résidence, il est constant que le préfet de la Moselle n'avait pas connaissance de cette démarche à la date de l'édiction de l'arrêté en litige et qu'ainsi, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

8. En cinquième lieu, M. D allègue que l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur de droit dans la mesure où l'arrêté du 15 septembre 2022 l'obligeant à quitter le territoire français, notifié le 21 septembre 2022 n'était pas exécutoire, puisqu'il a entamé des démarches pour le contester. Toutefois, et alors même que le requérant ne justifie pas de ces démarches, dès lors que l'intéressé faisait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire a expiré, le préfet pouvait sans commettre d'erreur de droit l'assigner à résidence. Par suite, le moyen doit être écarté.

9. En sixième et dernier lieu, M. D se prévaut de la présence d'un nourrisson au foyer, ainsi que d'une promesse d'embauche, pour soutenir que la mesure de contrainte dont est assortie l'assignation à résidence est disproportionnée. Toutefois, et alors que l'intéressé, en situation irrégulière au regard du droit au séjour, n'est pas en mesure d'occuper un emploi, il ne démontre pas en quoi l'obligation de présentation hebdomadaire aux services de police de Thionville, ni l'obligation de présence sur son lieu de résidence tous les jours entre 17h et 20h, sont disproportionnées.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. D aux fins d'annulation de l'arrêté du 10 janvier 2023 l'assignant à résidence doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions qu'il présente fondées sur l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E

Article 1er : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Gharzouli et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

La magistrate désignée,

D. BLa greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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