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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2300293

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2300293

mercredi 25 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2300293
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGAUDRON

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 13 janvier 2023, sous le numéro 2300293, M. A H, représenté par Me Gaudron, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités croates ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros TTC au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- l'information prévue par les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ne lui a pas été donnée ;

- il n'a pas bénéficié d'un entretien individuel conforme aux dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- la décision est dépourvue de base légale ;

- la décision est entachée d'erreur de droit ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 3.2 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'union européenne ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête. Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2300294, Mme C H, représentée par Me Gaudron, expose des conclusions et moyens semblables à ceux de la requête 2300293.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête. Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D n application des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Boutot, magistrat désigné ;

- les observations de Me Carraud, substituant Me Gaudron, avocat de M. et Mme H, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et développe notamment le moyen tiré des défaillances systémiques du système croate des demandeurs d'asile ; elle soutient que la décision est entachée d'une erreur de droit en tant qu'elle se fonde sur l'article 20-5 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 ; elle souligne la vulnérabilité des requérants ;

- les observations de M. et Mme H, assistés de Mme F, interprète assermentée en langue turque.

La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Il y a lieu de joindre pour y statuer par un jugement commun les requêtes 2300293 et 2300294.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre provisoirement les requérants au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 4 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin du 7 octobre 2022, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de M. E, chef du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, à Mme B G à l'effet de signer les arrêtés de transfert pris en application de la procédure Dublin. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E n'aurait pas été absent ou empêché à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que les requérants se sont vu remettre, le 14 novembre 2022, la brochure d'information A intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union Européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " et la brochure d'information B intitulée " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", en langue turque. La remise de ces deux brochures, qui constituent la brochure commune prévue par les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, permet aux demandeurs d'asile de bénéficier d'une information complète sur l'application de ce règlement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que les requérants ont bénéficié d'un entretien individuel le 14 novembre 2022, qui se sont déroulés avec le concours d'un interprète en langue turque et dont ils ont signé les résumés. Ils n'apportent aucun élément factuel et concret de nature à établir que ces entretiens ne se seraient pas déroulés selon les formes requises. Le moyen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 20-5 du règlement du 26 juin 2013 : " L'État membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite pour la première fois est tenu, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, et en vue d'achever le processus de détermination de l'État membre responsable de l'examen de la demande de protection internationale, de reprendre en charge le demandeur qui se trouve dans un autre État membre sans titre de séjour ou qui y introduit une demande de protection internationale après avoir retiré sa première demande présentée dans un autre État membre pendant le processus de détermination de l'État membre responsable ". M. et Mme H que la décision contestée est entachée d'une erreur de droit en faisant valoir que la préfète ne pouvait les transférer en Croatie sur le fondement de cet article, qui est étranger au fondement de détermination de l'Etat membre responsable. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin a saisi les autorités croates sur le fondement de l'article 18.1.b du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 et qu'elle a indiqué, dans la décision contestée, se fonder sur l'article 18 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013. De leur côté, les autorités croates ont indiqué faire connaître leur accord en application de l'article 20-5 du même règlement. Dans ces conditions, il ne peut être reproché à la préfète du Bas-Rhin, qui s'est fondée sur l'article 18 du règlement de Dublin, de s'être fondée sur l'article 20-5 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013, dont seules les autorités croates ont indiqué qu'elles feraient application. Or, il n'appartient pas au juge de statuer sur la légalité de la décision des autorités croates d'achever le processus de détermination de l'Etat membre responsable, dès lors qu'il s'agit d'une décision détachable de l'arrêté de transfert contesté et sans incidence sur sa légalité. Le moyen doit être écarté.

7. En cinquième lieu, les requérants soutiennent que le système croate d'accueil des demandeurs d'asile est affecté d'une défaillance systémique au sens de l'article 3 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013. Ils se prévalent notamment de rapports d'ONG et décrivent à l'audience des conditions de séjour non conformes aux standards internationaux.

8. Toutefois, la Croatie étant partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il doit alors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet Etat membre est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à celles de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette présomption peut toutefois être renversée lorsque qu'il y a lieu de craindre qu'il existe des défaillances systémiques de la procédure d'asile et des conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans l'Etat membre responsable, impliquant un traitement inhumain ou dégradant. Dans cette hypothèse, il appartient à l'administration d'apprécier dans chaque cas, au vu des pièces qui lui sont soumises et sous le contrôle du juge, si les conditions dans lesquelles un dossier particulier est traité par les autorités portugaises répondent à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile.

9. En l'espèce, les requérants se prévalent de documents généraux dont il n'est pas établi qu'elles concerneraient la situation particulière des requérants, dont les seules déclarations ne peuvent, en elles-mêmes, être tenues pour établies. Les éléments versés au dossier ne peuvent faire regarder la Croatie, pays membre de l'Union européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, comme n'étant pas à même de remplir ses engagements internationaux, ni d'offrir aux requérants des conditions décentes de prise en charge. Le moyen doit être écarté.

10. En sixième lieu, les requérants soulèvent un moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013. Toutefois, pour les mêmes motifs qu'au point précédent, il ne peut être tenu pour établi que la Croatie procèderait à un renvoi automatique des requérants vers leur pays d'origine sans s'assurer au préalable de l'absence de risques pour leur vie ou leur intégrité physique. S'ils invoquent la présence en France de membres de leur famille, il y a également lieu de tenir compte de leur entrée très récente en France et les décisions contestées n'ont pas pour effet de séparer la cellule familiale. Il n'est pas non plus établi que les problèmes de santé allégués seraient d'une gravité telle qu'ils révèleraient un état particulier de vulnérabilité et seraient de nature à faire obstacle à l'exécution d'une mesure de transfert. Le moyen doit être écarté, de même que pour les mêmes motifs, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'union européenne.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. et Mme H à fin d'annulation doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1 : M. et Mme H sont admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A H, Mme C H et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

L. D

La greffière,

L. Cherif

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

L. Cherif

2, 2300294

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