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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2300296

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2300296

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2300296
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBLANVILLAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 janvier 2023, Mme F E, représentée par Me Blanvillain, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 10 novembre 2022 par laquelle le préfet de la Moselle lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer un récépissé dans un délai de 15 jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, ainsi qu'une carte de séjour temporaire portant la mention " salariée ", dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, car elle n'a pas demandé le renouvellement de son titre de séjour le 2 septembre 2021, mais le 11 mai 2021 ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car il ne s'agit pas d'une première demande de titre de séjour, mais d'une demande de renouvellement.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 janvier 2023, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme E a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Cormier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante arménienne, née le 18 août 1962, est entrée en France en mars 2011, selon ses déclarations. Le préfet de la Moselle lui a délivré un récépissé avec autorisation de travail le 26 mars 2019 valable pour une durée de 6 mois. Par une décision du 25 mai 2020, le préfet de la Moselle lui a délivré un titre de séjour valable du 3 juillet 2020 au 2 juillet 2021, sur le fondement de l'article L. 313-14 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable. Elle a sollicité le 11 mai 2021 l'octroi d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de la Moselle lui a demandé de produire, le 28 juillet 2021, son autorisation de travail. En l'absence de production de ce document, le préfet lui a remis un récépissé valable jusqu'au 6 mars 2022. Le préfet de la Moselle lui a délivré le 22 juin 2022 un récépissé pour une durée d'un mois. Par une décision du 10 novembre 2022, dont Mme E demande l'annulation, le préfet de la Moselle lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ".

Sur les conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 septembre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Strasbourg. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 21 octobre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Moselle du même jour, le préfet de la Moselle a donné délégation à M. A D, adjoint à la cheffe du bureau de l'admission au séjour, en cas d'absence ou d'empêchement de M. B C, directeur adjoint de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions dévolues à cette direction, à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquels ne figure pas la décision attaquée. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C n'était pas absent ou empêché à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort de la lecture de ses motifs que la décision mentionne de manière suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le préfet de la Moselle aurait omis de prendre en compte les éléments de la situation personnelle de la requérante avant d'édicter la décision en litige. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail (). ". Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : () 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. ".

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme E a sollicité un titre de séjour portant la mention " salarié " le 11 mai 2021 et qu'elle a envoyé des documents complémentaires à la demande du préfet de la Moselle le 2 septembre 2021. Si le préfet a indiqué par erreur dans sa décision qu'elle aurait présenté une demande de renouvellement de son titre de séjour le 2 septembre 2021, cette erreur de plume est sans incidence sur la légalité de la décision en litige. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que cette décision devrait être annulée en raison d'une erreur de fait.

8. En cinquième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme E n'a pas fourni l'autorisation de travail prévue par l'article L. 5221-2 du code du travail, alors même que le préfet de la Moselle lui a accordé deux récépissés valables pour une durée respectivement de six et un mois, pour permettre à son employeur de la solliciter. Par suite, c'est sans erreur de droit que le préfet de la Moselle a refusé à Mme E la délivrance du titre de séjour sollicité, en raison de l'absence de production d'une autorisation de travail. Pour les mêmes raisons, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme E, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par Mme E.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F E, à Me Blanvillain et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Strasbourg.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Laubriat, président,

Mme Weisse-Marchal, première conseillère,

M. Cormier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

Le rapporteur,

R. Cormier

Le président,

A. Laubriat

La greffière,

A. Picot

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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