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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2300444

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2300444

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2300444
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantDEFFAIRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 19 janvier 2023, 28 février 2023 et

2 mars 2023, M. A E, représenté par Me Deffairi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2022 par lequel le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur le refus de séjour :

- l'auteur de la décision était incompétent pour l'édicter ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- la préfète du Bas-Rhin n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle notamment au regard des dispositions régissant les titres de séjour portant la mention " salarié " ;

- il n'est pas établi que la décision litigieuse a été édictée à partir d'un certificat médical du médecin le suivant habituellement, qu'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rendu un avis sur sa demande et que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein de ce collège ;

- cet avis ne lui a pas été communiqué ;

- la décision litigieuse est contraire aux dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité du refus de séjour prive de base légale l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. E n'est fondé.

La clôture d'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application des dispositions de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

Un mémoire présenté par le préfet du Haut-Rhin a été enregistré le 20 mars 2023, postérieurement à la clôture d'instruction, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. F C,

- et les observations de Me Lecomte, substituant Me Deffairi, représentant M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant sénégalais né le 20 novembre 1995, est entré en France le 20 septembre 2015 et a été titulaire d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " du 15 octobre 2016 au 9 août 2020. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé. Par un arrêté du 20 décembre 2022, le préfet du Haut-Rhin a refusé de faire droit à sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Le requérant demande au tribunal administratif d'annuler cet arrêté.

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté du 12 janvier 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le lendemain, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation à M. G, directeur de la réglementation, à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de séjour. Par ce même arrêté, une délégation a notamment été donnée, en cas d'absence ou d'empêchement de M. G, à M. B, chef du service de l'immigration et de l'intégration et, en cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier, à Mme D, adjointe au chef du service de l'immigration et de l'intégration et cheffe du bureau de l'admission au séjour pour signer une telle décision. Il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est pas allégué que M. G et M. B n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de signature de la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de ce que Mme D, signataire de cette décision, ne disposait pas d'une délégation de compétence doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, la décision contestée comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. M. E n'est dès lors pas fondé à soutenir qu'elle est entachée d'un défaut de motivation.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Haut-Rhin a procédé à un examen particulier de la situation de M. E avant d'édicter la décision attaquée. En particulier, la circonstance que M. E avait produit son contrat de travail et ses fiches de paye, dans les pièces jointes à sa demande de titre de séjour présentée le 5 mai 2022 et dans un courriel de relance du 29 novembre 2022, n'obligeait pas le préfet du Haut-Rhin à examiner cette demande au regard des dispositions relatives aux titres de séjour portant la mention " salarié ", dès lors que le requérant ne les avait pas explicitement invoquées.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Aux termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avis le constate. L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office. ". Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. Cet avis mentionne les éléments de procédure. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège. ".

6. Si M. E soutient que le rapport médical prévu par les dispositions précitées de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'a pas été rédigé à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui le suit habituellement, il n'apporte aucun élément à l'appui de telles allégations. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rendu un avis sur la demande de titre présentée par le requérant et que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein de ce collège. Par suite, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée aurait été édictée à l'issue d'une procédure irrégulière au regard des dispositions précitées.

7. En cinquième lieu, aucune règle ou principe n'imposait la communication de l'avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration préalablement à l'édiction de la décision contestée.

8. Pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité sur le fondement des dispositions précitées, le préfet du Haut-Rhin s'est notamment fondé sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, du 10 novembre 2022, qui a estimé que si l'état de santé de M. E nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, le requérant était toutefois en mesure de bénéficier d'un traitement approprié au Sénégal et de voyager sans risque vers son pays d'origine. Si M. E fait valoir qu'il est atteint d'une maladie cardio-vasculaire ayant nécessité une intervention chirurgicale avec la pose de prothèses mécaniques aortique et mitrale en avril 2021, qu'il doit suivre un traitement médicamenteux à vie, notamment à base de Coumadine, qui est un anticoagulant, et que la cour administrative d'appel de Douai a estimé, dans un arrêt du 22 septembre 2021, que ce médicament n'était pas disponible au Sénégal, il ressort de la fiche MedCOI (" Medical Country of Origin Information "), versée à l'instance par le préfet, que d'autres anticoagulants y sont disponibles et le requérant n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'ils ne seraient pas appropriés à son état de santé. Enfin, le compte rendu de cardiologie du 25 novembre 2021, versé au dossier par le requérant, conclut à une stabilité de son état cardiovasculaire. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet du Haut-Rhin aurait méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de délivrer un titre de séjour pour raisons de santé à M. E doit être écarté.

Sur la décision obligeant M. E à quitter le territoire français :

9. Les moyens dirigés contre la décision portant refus de séjour ayant été écartés, le moyen tiré par la voie de l'exception de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté par voie de conséquence.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. E tendant à l'annulation de l'arrêté du 20 décembre 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,

Mme Devys, première conseillère,

Mme Weisse-Marchal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

Le président-rapporteur,

S. C

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

J. Devys

Le greffier,

P. Souhait

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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