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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2300588

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2300588

jeudi 2 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2300588
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSABATAKAKIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

G une requête, enregistrée le 26 janvier 2023, M. F B, représenté G Me Sabatakakis, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 janvier 2023 G lequel la préfète du Bas-Rhin a décidé de le transférer aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°)d'annuler l'arrêté du 4 janvier 2023 G lequel la préfète du Bas-Rhin l'a assigné à résidence ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans le cadre de la procédure normale, dans un délai de quinze jours à compter la notification du jugement ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros hors taxe au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

Sur la décision de transfert :

- l'information prévue G les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ne lui a pas été donnée ;

- il n'a pas bénéficié d'un entretien individuel conforme aux dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen dès lors qu'il est hébergé G son frère ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision d'assignation à résidence :

- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;

- cette décision est disproportionnée eu égard à sa situation.

G un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés G M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application des articles L. 572-6 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Iggert, magistrat désigné ;

- les observations de Me Sabatakakis, avocat de M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, G les mêmes moyens, et indique, en outre, qu'elle renonce au moyen concernant l'article 4 du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 au regard des pièces produites en défense G la préfète et que la réalité de l'erreur de fait ressort notamment de la contradiction entre le compte-rendu de l'entretien individuel et le compte-rendu de l'entretien de vulnérabilité et qu'elle justifie de la gravité de l'état de santé de M. B G les éléments qu'elle produit ;

- les observations de M. B, assisté de M. E, interprète en langue arabe.

La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant syrien né en 1991, est entré irrégulièrement en France, a sollicité la reconnaissance du statut de réfugié et s'est vu délivrer une attestation de demande d'asile le 16 septembre 2022. La consultation du fichier Eurodac a fait ressortir que l'intéressé avait franchi irrégulièrement la frontière de l'Italie dans les douze mois précédant l'introduction de sa première demande d'asile. G un arrêté du 4 janvier 2023, la préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités italiennes et l'a assignée à résidence G un second arrêté du même jour. M. B en demande l'annulation.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit G le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit G la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () / L'admission provisoire est accordée G le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme G l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre l'arrêté du 4 janvier 2023 portant transfert aux autorités italiennes :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () / 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené G une personne qualifiée en vertu du droit national ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a bien bénéficié d'un entretien individuel conformément aux dispositions précitées, le 16 septembre 2022. Le requérant soutient qu'il n'a pas pu, au cours de cet entretien, faire état des éléments concernant sa situation personnelle, au motif qu'elle indique à tort qu'il est hébergé à titre temporaire G un tiers alors qu'il est hébergé G son frère, qui bénéficie de la protection subsidiaire. A ce titre, le compte-rendu de l'entretien individuel comporte à plusieurs reprises la mention de ce qu'il n'aurait aucune famille en France et précise en outre qu'il serait hébergé chez un ami qui ne peut l'accueillir que pour une courte durée et qu'il ne sait pas chez qui il pourra être hébergé G la suite. S'il soutient que ces éléments, inexacts dès lors qu'il est établi qu'il réside avec son frère et qu'il a été accompagné dans toutes ses démarches G celui-ci, ne sont pas fidèles à ses déclarations, il n'apporte aucun élément en ce sens alors que les autres mentions du compte-rendu d'entretien sont G ailleurs exactes, qu'il a été assisté G un interprète et qu'il a signé le document en certifiant que les éléments qu'il comporte sont exacts. Dans ces circonstances, il n'est pas fondé à soutenir que l'entretien a été mené dans des conditions méconnaissant les dispositions précitées de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

6. En deuxième lieu, M. B soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait et qu'il n'a pas été procédé à un examen particulier de sa situation individuelle au motif qu'elle indique à tort qu'il est hébergé à titre temporaire G un tiers alors qu'il est hébergé G son frère, qui bénéficie de la protection subsidiaire. Il y a lieu d'écarter ces moyens pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 5 du présent jugement.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. G dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée G un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 572-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La procédure de transfert vers l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile ne peut être engagée dans le cas de défaillances systémiques dans l'Etat considéré mentionné au 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ", le 2 de l'article 3 du règlement du 26 juin 2013 prévoyant le cas dans lequel " il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ". La faculté laissée à chaque Etat membre, G l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 précité, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée G un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

8. M. B fait état de la présence en France de son frère, qui l'héberge et l'accompagne dans ses différentes démarches et de la fragilité de son état de santé. Toutefois, ces éléments ne sauraient suffire à établir que la préfète du Bas-Rhin aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la " clause de souveraineté " prévue au 1 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Pour les mêmes motifs, et alors que M. B n'a retrouvé son frère sur le territoire français que depuis quelques semaines et que sa femme et ses enfants mineurs ne se trouvent pas sur le territoire français, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre l'arrêté du 4 janvier 2023 portant assignation à résidence :

9. En premier lieu, la décision attaquée, signée G Mme A D, en vertu d'une délégation accordée le 4 octobre 2022 et publiée le 7 octobre suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture, n'est pas entachée d'incompétence.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée ". Aux termes de l'article L. 751-4 du même code : " En cas d'assignation à résidence en application de l'article L. 751-2, les dispositions des articles L. 572-7, L. 732-1, L. 732-3, L. 732-7, L. 733-1 à L. 733-4 et L. 733-8 à L. 733-12 sont applicables ". Aux termes de l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée ". G ailleurs, l'article L. 733-1 du même code dispose que : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / Il se présente également, lorsque l'autorité administrative le lui demande, aux autorités consulaires, en vue de la délivrance d'un document de voyage ".

11. Il ressort de l'arrêté portant assignation à résidence que la préfète du Bas-Rhin a fait obligation au requérant de se présenter le mercredi auprès du commissariat central de Strasbourg et lui interdit de quitter son département de résidence pour une durée de quarante-cinq jours. En se bornant à soutenir que la préfète ne justifie pas de la nécessité de lui appliquer une telle mesure, il n'est pas fondé à soutenir que l'assignation à résidence qu'il conteste serait disproportionnée.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 4 janvier 2023 en litige. G voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F B, à Me Sabatakakis et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public G mise à disposition au greffe le 2 février 2023.

Le magistrat désigné,

J. CLa greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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