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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2300648

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2300648

mardi 14 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2300648
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBLOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 janvier 2023, M. C B, actuellement retenu au centre de rétention de Geispolsheim (67118), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 janvier 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il doit être éloigné et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'un an.

M. B soutient que :

Sur l'ensemble des décisions attaquées :

- ces décisions ne sont pas suffisamment motivées ;

- leur auteur n'a pas régulièrement reçu délégation ;

- elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- il ne présente pas un risque de fuite ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant interdiction de retour :

- le préfet a commis une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 février 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

La préfète du Bas-Rhin soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 février 2023 :

- le rapport de M. Christophe Michel, magistrat désigné ;

- les observations de M. B, assisté de M. D, interprète assermenté en langue arabe, qui décrit sa situation.

La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né en 1982, demande l'annulation de l'arrêté du 28 janvier 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé son pays de destination et a prononcé une interdiction de retour en France d'une durée d'un an.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté du 21 octobre 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 28 octobre 2022, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation de signature à M. F E, sous-préfet de l'arrondissement de Haguenau-Wissembourg, à l'effet de prendre, durant ses permanences, toute décision en matière d'entrée, de séjour des étrangers en France et d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 28 janvier 2023 comporte les motifs de fait et de droit qui constituent le fondement des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de leur insuffisance de motivation manque en fait.

4. En dernier lieu, M. B soutient que les décisions attaquées ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend. Toutefois, les conditions de notification d'un acte, si elles ont un effet sur le délai de recours contentieux, sont sans incidence sur sa légalité. Dès lors, ce moyen est inopérant.

Sur les autres moyens :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. M. B invoque la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, ces stipulations ne garantissent pas au ressortissant étranger le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer une vie privée et familiale. Si M. B soutient qu'il est présent sur le territoire français depuis 2014, sans d'ailleurs en justifier, il ne s'y est maintenu irrégulièrement qu'en raison de son refus de déférer aux obligations de quitter le territoire français dont il a été l'objet les 30 juin 2018 et 4 février 2021 et dont la légalité a été confirmée par le tribunal par des jugements du 19 décembre 2018 et du 4 mai 2021. Par ailleurs, le requérant, qui ne fait état d'aucune attache en France, s'est fait défavorablement connaître des services de police à six reprises, depuis l'année 2018, pour des faits de vol, de violence et de recel. La seule circonstance qu'il a occupé ponctuellement des emplois précaires et non qualifiés ne peut suffire à établir qu'il a fixé en France le centre de ses intérêts. Dans ces conditions, eu égard aux conditions et à la durée du séjour de l'intéressé, notamment à son absence d'intégration dans la société française, la mesure d'éloignement contestée ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale. Par suite, le requérant n'est pas fondé à invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

6. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 dudit code dispose : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () ".

7. Il ressort des pièces du dossier, et il n'est d'ailleurs pas contesté par M. B, qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français. La préfète du Bas-Rhin pouvait, dès lors, légalement, pour ce seul motif, nonobstant les circonstances, à les supposer même établies, qu'il ne constituerait pas une menace pour l'ordre public et qu'il ne présenterait pas de risque de fuite, lui refuser un délai de départ volontaire sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

8. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas assorti des précisions qui permettraient d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour :

9. Il résulte de ce qui a été exposé au point 5 qu'en prononçant à l'encontre de M. B une interdiction de retour d'une durée d'un an, la préfète du Bas-Rhin n'a commis aucune erreur d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 janvier 2023 de la préfète du Bas-Rhin.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète du Bas-Rhin.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Prononcé en audience publique, le 14 février 2023.

Le magistrat désigné,

C. A

Le greffier,

C. Bohn

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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