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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2300708

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2300708

jeudi 5 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2300708
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8e chambre
Avocat requérantGRÜN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a rejeté la requête de M. C, un ressortissant camerounais demandeur d'asile, qui contestait la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) mettant fin à ses conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a estimé que la décision de l'OFII, fondée sur l'absence de présentation de M. C aux autorités, était suffisamment motivée et que l'administration n'était pas tenue de réaliser un nouvel entretien de vulnérabilité avant de prendre cette décision. Appliquant les articles L. 551-16 et L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le tribunal a jugé que l'OFII n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en cessant les conditions matérielles d'accueil.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er février 2023, M. B C, représenté par Me Grün, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 juillet 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Strasbourg a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII, de rétablir à son profit le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de deux jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à défaut, d'enjoindre à l'OFII de réexaminer sa situation, dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de la renonciation de son avocat à percevoir la contribution versée par l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'entretien personnel et d'évaluation de sa vulnérabilité ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 20 novembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 décembre 2024.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 15 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Malgras, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant camerounais né le 20 août 1996, est entré en France aux fins d'y solliciter l'asile. Il a accepté les conditions matérielles d'accueil le 5 janvier 2022. Le 4 juillet 2022, l'OFII lui a notifié la cessation des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités. M. C demande au tribunal l'annulation de cette décision du 4 juillet 2022.

2. En premier lieu, la décision contestée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir qu'elle est entachée d'un défaut de motivation.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ".

4. D'une part, s'il résulte des dispositions précitées que l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit réaliser un entretien avec l'étranger qui a déposé une demande d'asile afin d'évaluer sa vulnérabilité, ces dispositions n'imposent pas qu'un nouvel entretien soit mené préalablement à la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil. D'autre part, il ressort des termes même de la décision attaquée que l'OFII a procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de M. C. De surcroît, il ressort des pièces du dossier, et il n'est d'ailleurs pas contesté par le requérant, que ce dernier a disposé d'un délai de quinze jours pour faire valoir ses observations avant l'édiction de la décision au litige. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'entretien personnel et d'évaluation de sa vulnérabilité doit être écarté.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes (). La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ".

6. Si le requérant soutient que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle, il n'assortit pas ce moyen des précisions nécessaires permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'en mettant fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, la directrice territoriale de l'OFII de Strasbourg a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1 : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Grün et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 12 mai 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Sibileau, président,

- Mme Malgras, première conseillère,

- M. A, magistrat honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 5 juin 2025.

La rapporteure,

S. MALGRASLe président,

J.-B. SIBILEAU

La greffière,

S. BILGER-MARTINEZ

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

C. BOHN

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