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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2300813

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2300813

mercredi 22 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2300813
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantECA

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2300813 le 6 février 2023, M. F B, représenté par Me Eca, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités polonaises ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article 16 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il méconnaît également les dispositions de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 17, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 604/2013.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2300833 le 6 février 2023, Mme C D, représentée par Me Eca, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités polonaises ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article 16 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il méconnaît également les dispositions de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 17, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 604/2013.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le traité sur l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. G en application des dispositions de l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Duez-Gündel, magistrat désigné ;

- les observations de Me Eca, avocat des requérants, présents à l'audience, qui conclut aux mêmes fins que les requêtes, par les mêmes moyens ;

- les observations de Mme D, assistée de M. E, interprète en langue albanaise, qui indique que son fils ne peut bénéficier d'un traitement médical qu'en France et qu'il souffre de crises épileptiques et de difficultés respiratoires ;

- les observations de Mme A, représentant la préfète du Bas-Rhin.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes enregistrée sous les numéros 2300813 et 2300833 concernent la situation d'un couple et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a dès lors lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

2. M. B et Mme D sont des ressortissants kosovars respectivement nés en 1992 et 1998. Une attestation de demande d'asile en procédure Dublin leur a été délivrée le 20 octobre 2022. La comparaison du relevé de leurs empreintes avec le fichier " VIS " a indiqué qu'ils étaient titulaires de visas délivrés par les autorités polonaises, périmés depuis moins de six mois à la date de leur demande d'asile. Saisies le 25 novembre 2022, la prise en charge des intéressés a été acceptée par les autorités de ce pays le 5 décembre 2022. Par des arrêtés du 20 décembre 2022, la préfète du Bas-Rhin a décidé de leur transfert aux autorités polonaises. M. B et Mme D demandent au tribunal l'annulation de ces arrêtés.

Sur les demandes d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

4. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B et Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les arrêtés de transfert :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 16 du règlement (UE) n° 604/2013 : " Lorsque, du fait d'une grossesse, d'un enfant nouveau-né, d'une maladie grave, d'un handicap grave ou de la vieillesse, le demandeur est dépendant de l'assistance de son enfant, de ses frères ou sœurs, ou de son père ou de sa mère résidant légalement dans un des États membres, ou lorsque son enfant, son frère ou sa sœur, ou son père ou sa mère, qui réside légalement dans un État membre est dépendant de l'assistance du demandeur, les États membres laissent généralement ensemble ou rapprochent le demandeur et cet enfant, ce frère ou cette sœur, ou ce père ou cette mère, à condition que les liens familiaux aient existé dans le pays d'origine, que l'enfant, le frère ou la sœur, ou le père ou la mère ou le demandeur soit capable de prendre soin de la personne à charge et que les personnes concernées en aient exprimé le souhait par écrit. (). ".

6. Il ressort des pièces des dossiers que les autorités polonaises ont accepté de prendre en charge les requérants avec leur fils mineur, âgé de trois ans. Dès lors, les arrêtés de transfert en litige n'ont pas pour effet de séparer la cellule familiale. Il s'ensuit que M. B et Mme D ne sauraient se prévaloir de la méconnaissance des dispositions précitées, dont l'objet est de permettre le rapprochement de membres d'une même famille, compte tenu de l'état de santé de leur fils. En tout état de cause, il est constant que le fils des requérants est entré avec eux sur le territoire et ne peut donc être regardé comme résidant légalement en France, au sens des dispositions précitées.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat qu'elle entend requérir, en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, il est procédé à l'enregistrement de la demande selon les modalités prévues au chapitre I du titre II. / Une attestation de demande d'asile est délivrée au demandeur selon les modalités prévues à l'article L. 521-7. Elle mentionne la procédure dont il fait l'objet. Elle est renouvelable durant la procédure de détermination de l'Etat responsable et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet Etat. / Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'Etat d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre Etat. ". Par ailleurs, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. (). ". La faculté laissée à chaque Etat membre, par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 précité, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

8. En l'espèce, les requérants se prévalent de l'état de santé de leur fils mineur, prénommé Troi et âgé de trois ans, qui souffre d'un polyhandicap important imputable à une encéphalopathie épileptique sévère vitamino-sensible. Si la réalité et la gravité de cette pathologie est démontrée par les pièces produites à l'instance, il n'est cependant pas établi que le fils des requérants ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé en Pologne, dont les autorités ont accepté sa prise en charge, ni même que le voyage vers ce pays impliquerait nécessairement un arrêt des soins préjudiciable pour sa santé. Au surplus, à supposer même que le fils de M. B et Mme D ne serait pas en mesure de voyager à la date des décisions attaquées, cette circonstance n'affecte que les conditions d'exécution des arrêtés de transfert, laquelle doit avoir lieu dans le délai de six mois à compter de l'acceptation des autorités polonaises, et demeure sans incidence sur la légalité des décisions attaquées. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'en ne faisant pas usage de la clause de souveraineté prévue par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013, la préfète aurait méconnu les dispositions de cet article ou entaché ses décisions d'erreurs manifestes d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B et Mme D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles formulées à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : M. B et Mme D sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. B et Mme D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F B, à Mme C D, à Me Eca et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2023.

Le magistrat désigné,

C. GLa greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

Nos 2300813, 2300833

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