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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2300866

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2300866

mercredi 22 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2300866
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCHWEITZER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 février 2023, M. A C, représenté par Me Schweitzer, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 février 2023 du préfet du Haut-Rhin en tant qu'il lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 février 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin a ordonné son assignation à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, subsidiairement, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le préfet n'a pas procédé à l'examen individuel de sa situation ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 2 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par la voie de l'exception ;

- le préfet n'a pas examiné les critères prévus par le III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur l'assignation à résidence :

- elle est illégale par la voie de l'exception.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Duez-Gündel, magistrat désigné ;

- les observations de Me Airiau, substituant Me Schweitzer, avocate de M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et soutient, en outre, que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, que l'interdiction de retour sur le territoire est entachée d'erreur manifeste d'appréciation eu égard à l'impossibilité pour le requérant de bénéficier d'une greffe rénale ailleurs que dans l'espace Schengen, que l'arrêté portant assignation à résidence est illégal en tant qu'il prévoit sa tacite reconduction, et que ses modalités de contrôle sont disproportionnées eu égard aux dialyses dont il bénéficie ;

- les observations de M. C, assisté de M. B, interprète en langue albanaise, qui indique qu'il est venu en France pour bénéficier d'une greffe rénale.

Le préfet du Haut-Rhin, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant kosovare né le 20 juillet 1974, est entré en France le 4 mars 2019 selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 28 juillet 2020, rejet confirmé par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 16 novembre 2020. Il a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour de six mois en raison des soins que nécessitait son état de santé, valable jusqu'au 9 janvier 2021. Il a sollicité une première fois le renouvellement de son droit au séjour le 3 décembre 2020. Par un arrêté du 8 avril 2021, le préfet du Haut-Rhin a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Il a sollicité une seconde fois le renouvellement de son droit au séjour le 16 mai 2022. Par un arrêté du 6 février 2023, le préfet du Haut-Rhin a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an. Par un second arrêté du même jour, il l'a également assigné à résidence. Par le recours qu'il forme, M. C demande au tribunal d'annuler la mesure d'éloignement et l'assignation à résidence dont il fait l'objet.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Haut-Rhin n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.

4. En troisième lieu, à supposer que M. C ait entendu soulever un moyen distinct, il ne ressort pas des pièces du dossier que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'aurait pas sérieusement évalué les possibilités de prise en charge de sa pathologie en cas de retour au Kosovo. Un tel moyen ne peut donc qu'être écarté.

5. En quatrième lieu, si M. C se prévaut de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un tel moyen est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français. En revanche, il y a lieu de regarder le requérant comme soutenant que la décision en litige méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du même code aux termes desquelles : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. (). ".

6. En l'espèce, par son avis du 21 octobre 2022, le collège de médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de M. C nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, il pouvait y bénéficier d'un traitement approprié. Le requérant fait valoir qu'il souffre d'une insuffisance rénale chronique qui nécessite un traitement par hémodialyse à raison de trois séances par semaine et que son état clinique lui permet de bénéficier d'une greffe rénale. Toutefois, s'il produit plusieurs documents médicaux démontrant la réalité de sa pathologie ainsi que la nécessité de suivre un traitement par hémodialyse, il n'est pas établi qu'un tel traitement ne serait pas accessible au Kosovo. Par ailleurs, s'il soutient que la greffe rénale ne se réalise pas dans ce pays, il ne ressort pas des pièces du dossier, en l'absence de toute pièce médicale établissant le caractère impérieux du recours à une greffe dans son cas, que l'hémodialyse serait un traitement inapproprié ou insuffisant. En outre, contrairement à ce que soutient M. C, la seule circonstance qu'il a pu bénéficier par le passé d'un avis favorable du collège de médecin de l'OFII et d'une autorisation provisoire de séjour n'est pas de nature à établir, qu'à la date de la décision en litige, il n'existait pas de traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Enfin, si le requérant se prévaut d'un rapport de l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR), rédigé en décembre 2013 et au demeurant ancien, cet élément à caractère général et non actualisé ne saurait infirmer l'analyse du collège de médecins de l'OFII fondé sur les caractéristiques de sa pathologie et sur l'information disponible quant à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du Kosovo. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la durée du séjour de M. C sur le territoire français est en grande partie liée à l'examen de sa demande d'asile qui a été rejetée par l'OFPRA et par la CNDA, ainsi qu'à son refus de déférer à une précédente mesure d'éloignement prononcée en avril 2021, et ce malgré le rejet de son recours par le tribunal. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant ne dispose d'aucune attache familiale sur le territoire, qu'il a vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine où résident sa femme, ses deux enfants, ses parents, son frère et deux de ses sœurs. Dans ces circonstances, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français en litige n'est pas illégale. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

10. En second lieu, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi. (). ". L'article 3 de cette convention stipule par ailleurs que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

11. Si M. C soutient que la décision en litige méconnaît les stipulations précitées dès lors qu'il ne pourra pas bénéficier des traitements appropriés à sa pathologie au Kosovo, ce moyen doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6 du présent jugement.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte des points précédents que les moyens formulés par le requérant contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ont été écartés. Par suite, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle portant interdiction de retour doit également être écarté.

13. En deuxième lieu, l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

14. En l'espèce, pour justifier l'adoption de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. C pendant une durée d'un an, le préfet du Haut-Rhin a retenu que, même si son comportement n'est pas constitutif d'une menace pour l'ordre public, l'intéressé a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement en avril 2021 qu'il n'a pas exécuté, que sa durée de présence en France ne présente pas un caractère d'ancienneté suffisant, et qu'il n'entretient aucun lien familial intense et stable sur le territoire. Dès lors, le préfet a pris en compte les critères énoncés par les dispositions de l'article L. 612-10 et n'a pas entaché sa décision d'erreur de droit.

15. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6 du présent jugement, le préfet n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

16. En dernier lieu, à supposer que le requérant ait entendu soulever un moyen distinct tiré du caractère disproportionné de l'interdiction de retour, un tel moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il ne peut donc qu'être écarté.

Sur la décision portant assignation à résidence :

17. En premier lieu, il résulte des points précédents que les moyens formulés par le requérant contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ont été écartés. Par suite, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle portant assignation à résidence doit également être écarté.

18. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ".

19. En l'espèce, contrairement à ce que soutient le requérant à l'audience, l'article 4 de l'arrêté en litige ne prévoit pas la tacite reconduction de l'assignation à résidence mais son expresse reconduction. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

20. En dernier lieu, s'il ressort des pièces du dossier que M. C bénéficie de trois séances d'hémodialyse par semaine au centre d'hémodialyse Aural à Mulhouse, il n'est toutefois pas établi que les obligations qui lui sont faites, d'une part, de se présenter les lundis matins aux services de la police aux frontières de Mulhouse et, d'autre part, d'être présent à son domicile du mardi au vendredi matin feraient nécessairement obstacle à la poursuite de son traitement, en particulier alors que les séances d'hémodialyse dont il bénéficie peuvent se tenir l'après-midi. Il s'ensuit que le moyen tiré du caractère disproportionné des modalités de contrôle de l'assignation à résidence en litige doit être écarté.

21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation formulées par M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2023.

Le magistrat désigné,

C. DLa greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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