vendredi 17 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2300927 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CARRAUD |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 et 14 février 2023 sous le n° 2300927, M. C H, représenté par Me Carraud, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a assigné à résidence ;
3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente décision et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, dans le même délai et sous la même astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et revêt un caractère disproportionné ;
- elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français du 12 octobre 2022 elle-même illégale dès lors que :
* elle est entachée d'un défaut de motivation ;
* elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
* le préfet s'est à tort cru en situation de compétence liée ;
* il ne pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement ;
* elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
* elle est fondée sur un refus de titre de séjour illégal dès lors que :
* il a été pris au terme d'une procédure irrégulière ;
* il méconnaît l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
* il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 et 14 février 2023 sous le n° 2300928, Mme A G, représentée par Me Carraud, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a assignée à résidence ;
3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente décision et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, dans le même délai et sous la même astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et revêt un caractère disproportionné ;
- elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français du 12 octobre 2022 elle-même illégale dès lors que :
* elle est entachée d'un défaut de motivation ;
* elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
* le préfet s'est à tort cru en situation de compétence liée ;
* elle ne pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement ;
* elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
* elle est fondée sur un refus de titre de séjour illégal dès lors que :
* il a été pris au terme d'une procédure irrégulière ;
* il méconnaît l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
* il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme D en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Eymaron, magistrate désignée ;
- les observations de Me Carraud, représentant M. H et Mme G, absents à l'audience, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.
Le préfet du Haut-Rhin, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n° 2300927 et n° 2300928, présentées par M. H et Mme G, se rapportent aux membres d'une même famille et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a ainsi lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. H et Mme G, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur la légalité des assignations à résidence :
En ce qui concerne le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité des obligations de quitter le territoire français du 12 octobre 2022 :
S'agissant du moyen tiré de l'exception d'illégalité des refus de titre de séjour du 12 octobre 2022 :
4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an ". La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 425-10 du même code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. ".
5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que les décisions de refus de séjour ont été prises après un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), émis le 26 juillet 2022. Ce collège était composé de trois médecins désignés par une décision du directeur général de l'OFII du 14 mars 2022, régulièrement publiée sur le site internet de l'OFII et au bulletin officiel du ministère de l'intérieur. Il ressort, en outre, des mentions de l'avis rendu le 26 juillet 2022 par le collège des médecins de l'OFII et de celles figurant dans le bordereau transmis le même jour au préfet du Haut-Rhin par la directrice territoriale de l'OFII de Strasbourg, que le médecin instructeur qui a rédigé le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège des médecins de l'OFII. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions de refus de séjour auraient été prises au terme d'une procédure irrégulière doit être écarté.
6. En deuxième lieu, le collège des médecins de l'OFII a, dans son avis du 26 juillet 2022, estimé que si l'état de santé de la fille cadette des requérants nécessite une prise en charge médicale, son défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Les requérants, qui indiquent que leur fille présente un syndrome de Down et nécessite à ce titre une prise en charge multidisciplinaire, n'apporte pas d'éléments de nature médicale susceptible de remettre en cause la teneur de l'avis du collège des médecins de l'OFII et l'appréciation à laquelle s'est livré le préfet. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Enfin aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
8. Les requérants, ressortissants géorgiens entrés en France en janvier 2022, se prévalent de la scolarisation de deux de leurs enfants et de l'état de santé de leur fille cadette et des discriminations dont celle-ci ferait l'objet dans leur pays d'origine, notamment de la part de membres de leur famille. Toutefois, eu égard à ce qui a été indiqué au point 6 du présent jugement quant à l'appréciation portée sur l'état de santé de leur fille et faute pour les requérants d'apporter des éléments susceptibles d'établir de manière probante que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer en Géorgie, les requérants, qui ne justifient, en outre, d'aucune intégration particulière sur le territoire français, ne sont pas fondés à soutenir que le préfet du Haut-Rhin a porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a pris les refus de séjour en litige. Ils ne sont pas davantage fondés à soutenir que le préfet n'aurait pas tenu compte de l'intérêt supérieur de leurs enfants, et notamment de leur fille cadette. Par suite, les refus de séjour du 12 octobre 2022 ne méconnaissent ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, ils ne sont entachés d'aucune erreur manifeste d'appréciation.
9. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité des refus de titre de séjour doit être écarté.
S'agissant des autres moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français du 12 octobre 2022 :
10. En premier lieu, si l'obligation de quitter le territoire français doit, comme telle, être motivée, la motivation de cette mesure, lorsqu'elle est édictée à la suite d'un refus de titre de séjour, se confond alors avec celle de ce refus et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ledit refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique pour respecter les exigences de motivation. A cet égard, les décisions de refus de séjour opposées aux intéressés sont suffisamment motivées et comportent l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des obligations de quitter le territoire français doit être écarté.
11. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes des décisions attaquées ni des pièces des dossiers que le préfet du Haut-Rhin n'aurait pas procédé à un examen particulier des situations des requérants. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.
12. En troisième lieu, ainsi qu'il a été indiqué aux points 4 à 9 du présent jugement, les requérants ne remplissent pas les conditions leur permettant de bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Haut-Rhin se serait cru en situation de compétence, le moyen tiré de ce qu'ils ne pouvaient légalement faire l'objet d'une mesure d'éloignement doit être écarté.
13. En quatrième lieu, les moyens tirés de ce que les décisions attaquées méconnaissent les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8 du présent jugement.
14. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français du 12 octobre 2022 doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre les assignations à résidence du 9 février 2023 :
15. En premier lieu, par un arrêté du 12 janvier 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 13 janvier 2022, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation à Mme F B, cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement, pour signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. I E, directeur de la réglementation, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions dévolues à ce service, à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figurent pas les décisions attaquées. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E n'aurait pas été absent ou empêché à la date de signature des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des actes attaqués doit être écarté.
16. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de leur motivation doit être écarté.
17. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes des décisions attaquées ni des pièces des dossiers que le préfet du Haut-Rhin n'aurait pas procédé à un examen particulier des situations personnelles des intéressés. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen doit être écarté.
18. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / Il se présente également, lorsque l'autorité administrative le lui demande, aux autorités consulaires, en vue de la délivrance d'un document de voyage. ". Aux termes de l'article L. 733-2 du même code : " L'autorité administrative peut, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il demeure dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives par période de vingt-quatre heures. () ". Aux termes de l'article R. 733-1 dudit code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure :
/ 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".
19. Il ressort de ces dispositions qu'une mesure d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile consiste, pour l'autorité administrative qui la prononce, à déterminer un périmètre que l'étranger ne peut quitter et au sein duquel il est autorisé à circuler et, afin de s'assurer du respect de cette obligation, à lui imposer de se présenter, selon une périodicité déterminée, aux services de police ou aux unités de gendarmerie. Une telle mesure n'a pas, en dehors des hypothèses où elle inclut une astreinte à domicile pour une durée limitée, pour effet d'obliger celui qui en fait l'objet à demeurer à son domicile. Dès lors, les décisions par lesquelles le préfet assigne à résidence, sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les étrangers faisant l'objet d'une décision d'obligation de quitter le territoire français peuvent être prononcées à l'égard des étrangers qui ne disposent que d'une simple domiciliation postale. L'indication dans de telles décisions d'une adresse qui correspond uniquement à une domiciliation postale ne saurait imposer à l'intéressé de demeurer à cette adresse.
20. Il ressort des pièces du dossier que le préfet du Haut-Rhin a entendu prononcer à l'encontre de M. H une astreinte à domicile, celui-ci devant être présent au domicile indiqué dans l'arrêté en litige du mardi au vendredi, de 9 heures à 11 heures. Par ailleurs, l'arrêté assignant à résidence Mme G, en tant qu'il prévoit à son article 3 que le respect de l'unité familiale implique que les enfants mineurs du couple demeurent au côté de leurs parents à l'adresse qu'il mentionne, doit nécessairement être regardé comme ayant pour effet d'imposer également à la requérante une astreinte à domicile. Or, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'attestation du directeur de la structure d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile Tassigny de Mulhouse, que l'adresse mentionnée dans les arrêtés d'assignation en litige correspond à une simple domiciliation postale. Eu égard à ce qui a été rappelé au point 19 du présent jugement, le préfet du Haut-Rhin ne pouvait ainsi imposer aux intéressés, par les articles 3 des arrêtés attaqués, de demeurer à l'adresse indiquée dans ces mêmes arrêtés. Les requérants sont ainsi fondés à soutenir que les mesures d'assignation attaquées doivent être annulées en tant qu'elles leur imposent une astreinte à domicile.
21. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Haut-Rhin a assigné à résidence les requérants dans le département du Haut-Rhin pour une durée de quarante-cinq jours et leur a enjoint de se présenter les lundis, entre 9 heures et 11 heures 30, auprès des services de la direction départementale de la police aux frontières à Mulhouse. En se prévalant de l'état de grossesse de la requérante et de la nécessité d'accompagner leurs enfants à l'école ou à des rendez-vous médicaux, les requérants ne démontrent pas que les obligations limitées qui leur sont imposées par les meures en litige revêtiraient un caractère disproportionné par rapport aux buts en vue desquels elles ont été prises ou porteraient atteinte à l'intérêt supérieur de leurs enfants. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, les décisions attaquées ne sont entachées d'aucune erreur manifeste d'appréciation.
22. Il résulte de ce qui précède que les requérants sont seulement fondés à demander l'annulation des arrêtés du 9 février 2023 les assignant à résidence en tant qu'ils prévoient, en leur article 3, une astreinte à domicile à une adresse qui ne constitue qu'une simple domiciliation postale.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
23. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution particulière. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction présentées par les requérants.
Sur les frais de l'instance :
24. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par les requérants en application des dispositions de l'article 37 de la loi du
10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1 : M. H et Mme G sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les arrêtés du 9 février 2023 assignant à résidence M. H et Mme G sont annulés seulement en tant qu'ils leur imposent, à leur article 3, une astreinte à domicile.
Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes n° 2300927 et n° 2300928 est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C H, à Mme A G et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2023.
La magistrate désignée,
A.-L. D Le greffier,
C. Bohn
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2, 2300928
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026