jeudi 16 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2301005 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL SCHRECKENBERG & PARNIERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 février 2023 et 2 novembre 2023, M. E D, représenté par la SELARL Schreckenberg et Parniere, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le président de l'Eurométropole de Strasbourg a implicitement refusé de procéder à la rétrocession des parcelles cadastrées section 1 n°s 1/1, 2/1, 3/1, 4/1, 139/1, 264/1 et section 23 n° 120/12, acquises par voie de préemption ;
2°) d'enjoindre à l'Eurométropole de Strasbourg de mettre en œuvre le mécanisme de rétrocession prévu à l'article L. 213-11-1 du code de l'urbanisme, à la suite de l'annulation des décisions de préemption du 22 novembre 2017, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Eurométropole de Strasbourg une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. D soutient que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 213-11-1 du code de l'urbanisme.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 23 août 2023 et 6 novembre 2023, l'Eurométropole de Strasbourg, représentée par la SELARL Leonem Avocats conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
L'Eurométropole de Strasbourg soutient que les moyens soulevés par M. D et ne sont pas fondés.
La procédure a été communiquée à M. C F et Mme A F, qui n'ont pas produit de mémoire en défense.
La clôture d'instruction immédiate a été prononcée par une ordonnance du 23 novembre 2023.
En application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le tribunal a, par un courrier du 25 mars 2024, informé les parties de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce qu'eu égard aux actions entreprises en cours d'instance par l'Eurométropole de Strasbourg au regard des dispositions de l'article L. 213-11-1 du code de l'urbanisme, les conclusions dirigées contre le refus de mettre en œuvre le mécanisme de rétrocession sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.
Des observations, enregistrées le 4 avril 2024, ont été présentées par M. D en réponse à ce moyen d'ordre public.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Malgras, première conseillère,
- les conclusions de M. Pouget-Vitale, rapporteur public,
- les observations de Me Flament, avocat de M. D,
- les observations de Me Canal, avocat de l'Eurométropole de Strasbourg.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme F ont souhaité vendre des biens immobiliers d'un seul tenant leur appartenant, relevant d'une même unité foncière, situés 46 rue du Général de Gaulle à Mundolsheim, pour partie à M. D et pour partie à M. et Mme B, en prévoyant, dans les compromis de vente notariés, une indivisibilité des deux cessions. Par une déclaration d'intention d'aliéner reçue en mairie le 27 juillet 2017, les consorts F ont ainsi informé l'Eurométropole de Strasbourg de leur souhait de vendre ces biens, d'une part aux époux B s'agissant des parcelles cadastrées section 1 n° 2/1 et n° 3/1 à un prix de 28 330 euros et de la parcelle construite cadastrée section 1 n° 139/1 et section 23 n° 120/12 à un prix de 300 000 euros, et d'autre part à M. D, s'agissant des parcelles cadastrées section 1 n° 1/1, n° 4/1 et n° 264/1, à un prix de 56 670 euros. A la demande de l'Eurométropole de Strasbourg qui a considéré cette déclaration d'intention d'aliéner comme " irrecevable " au motif qu'elle portait sur deux transactions distinctes, le notaire chargé de la vente a présenté, le 4 septembre 2017, deux déclarations d'intention d'aliéner. Par un courrier du 11 octobre 2017, l'Eurométropole de Strasbourg a sollicité l'organisation d'une visite des biens, laquelle a été acceptée le 12 octobre 2017 pour se dérouler le 24 octobre 2017. Par deux décisions du 22 novembre 2017, l'Eurométropole de Strasbourg a décidé d'exercer son droit de préemption sur les parcelles en cause. Le recours gracieux de M. D présenté le 20 décembre 2017 à l'encontre de la décision de préemption visant les parcelles précitées section 1 n° 1/1, n° 4/1 et n° 264/1 a été implicitement rejeté. Le 28 février 2018, l'Eurométropole de Strasbourg a signé un acte authentique de vente portant sur la maison d'habitation et l'intégralité des parcelles précitées, pour un montant total de 385 000 euros.
2. Par une requête enregistrée le 18 avril 2018, M. D, justifiant bénéficier d'un droit suffisamment direct et certain sur l'ensemble des parcelles préemptées, a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler les décisions du 22 novembre 2017 précitées. Par un jugement n° 1802506 du 13 mai 2020, le tribunal administratif de Strasbourg a annulé ces deux décisions du 22 novembre 2017 ainsi que la décision rejetant rejet implicitement le recours gracieux présenté par M. D. Par un arrêt N° 20NC02338 du 3 mai 2022, la cour administrative d'appel de Nancy a rejeté l'appel formé par l'Eurométropole de Strasbourg contre ce jugement. Le 4 juillet 2022, l'Eurométropole de Strasbourg a formé un pourvoi en cassation contre cet arrêt. Par une décision n° 465472 du 29 décembre 2022, le Conseil d'Etat n'a pas admis le pourvoi de l'Eurométropole de Strasbourg.
3. Le 23 décembre 2022, M. D a demandé à l'Eurométropole de Strasbourg de procéder à la rétrocession des parcelles cadastrées section 1 n° 1/1, n° 4/1 et n° 264/1 qu'elle a acquises par voie de préemption. Par un courrier du 25 janvier 2023, M. D a réitéré sa demande, en l'étendant à l'intégralité des parcelles illégalement préemptées. Sa demande a été implicitement rejetée. Par la présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le président de l'Eurométropole de Strasbourg a implicitement refusé de procéder à la rétrocession des parcelles cadastrées section 1 n° 1/1, n° 2/1, n° 3/1, n° 4/1, n° 139/1, n° 264/1 et section 23 n° 120/12, acquises par voie de préemption.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
4. Aux termes de l'article L. 213-11-1 introduit dans le code de l'urbanisme par la loi du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové : " Lorsque, après que le transfert de propriété a été effectué, la décision de préemption est annulée ou déclarée illégale par la juridiction administrative, le titulaire du droit de préemption propose aux anciens propriétaires ou à leurs ayants cause universels ou à titre universel l'acquisition du bien en priorité. / Le prix proposé vise à rétablir, sans enrichissement injustifié de l'une des parties, les conditions de la transaction à laquelle l'exercice du droit de préemption a fait obstacle. À défaut d'accord amiable, le prix est fixé par la juridiction compétente en matière d'expropriation, conformément aux règles mentionnées à l'article L. 213-4. / À défaut d'acceptation dans le délai de trois mois à compter de la notification de la décision juridictionnelle devenue définitive, les anciens propriétaires ou leurs ayants cause universels ou à titre universel sont réputés avoir renoncé à l'acquisition. / Dans le cas où les anciens propriétaires ou leurs ayants cause universels ou à titre universel ont renoncé expressément ou tacitement à l'acquisition dans les conditions mentionnées aux trois premiers alinéas du présent article, le titulaire du droit de préemption propose également l'acquisition à la personne qui avait l'intention d'acquérir le bien, lorsque son nom était inscrit dans la déclaration mentionnée à l'article L. 213-2 ". La déclaration mentionnée à l'article L. 213-2 du code est celle que doit faire le propriétaire à la mairie avant toute aliénation soumise au droit de préemption urbain ou au droit de préemption dans une zone d'aménagement différé ou un périmètre provisoire de zone. Enfin, l'article L. 213-12, dans sa rédaction issue de la même loi, prévoit qu'en cas de non-respect des obligations définies au premier et au sixième alinéas de l'article L. 213-11-1, les anciens propriétaires ou leurs ayants cause universels ou à titre universel ou, selon le cas, la personne qui avait l'intention d'acquérir le bien saisissent le tribunal de l'ordre judiciaire d'une action en dommages-intérêts contre le titulaire du droit de préemption.
5. En vertu de ces dispositions, il appartient au juge administratif, saisi de conclusions en ce sens par l'ancien propriétaire ou par l'acquéreur évincé et après avoir mis en cause l'autre partie à la vente initialement projetée, d'exercer les pouvoirs qu'il tient des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative afin d'ordonner, le cas échéant sous astreinte, les mesures qu'implique l'annulation, par le juge de l'excès de pouvoir, d'une décision de préemption, sous réserve de la compétence du juge judiciaire, en cas de désaccord sur le prix auquel l'acquisition du bien doit être proposée, pour fixer ce prix. A ce titre, il lui appartient, après avoir vérifié, au regard de l'ensemble des intérêts en présence, que le rétablissement de la situation initiale ne porte pas une atteinte excessive à l'intérêt général, de prescrire au titulaire du droit de préemption qui a acquis le bien illégalement préempté, s'il ne l'a pas entre-temps cédé à un tiers, de prendre toute mesure afin de mettre fin aux effets de la décision annulée et, en particulier, de proposer à l'ancien propriétaire puis, le cas échéant, à l'acquéreur évincé d'acquérir le bien, à un prix visant à rétablir, sans enrichissement injustifié de l'une des parties, les conditions de la transaction à laquelle l'exercice du droit de préemption a fait obstacle.
7. Il ressort des pièces du dossier que l'Eurométropole de Strasbourg a, par des courriers du 24 octobre 2023 signifiés à Mme F et M. F respectivement les 26 octobre 2023 et 25 octobre 2023 conformément aux dispositions des articles 658 et 659 du code de procédure civile, proposé aux anciens propriétaires indivis des parcelles en cause d'acquérir en priorité les biens illégalement préemptés, au prix de 192 500 euros, en leur conférant un délai de trois mois pour se prononcer sur cette proposition, et en indiquant qu'en cas de refus ou à défaut de réponse elle proposerait l'acquisition des biens à la personne qui avait l'intention de les acquérir. Par acte de signification du 2 novembre 2023, elle a également signifié à personne morale et remis copie de ce courrier du 24 octobre 2023 au notaire des intéressés, mandataire des consorts F. Dans ces conditions, la procédure définie aux points 4 et 5, qui oblige l'Eurométropole de Strasbourg, en cas de renonciation tacite ou explicite des anciens propriétaires, à proposer au requérant d'acquérir le bien illégalement préempté, a été mise en œuvre en cours d'instance. Dès lors, les conclusions aux fins d'annulation de la décision par laquelle le président de l'Eurométropole de Strasbourg a implicitement refusé de procéder à la rétrocession des parcelles cadastrées section 1 n°s 1/1, 2/1, 3/1, 4/1, 139/1, 264/1 et section 23 n° 120/12, acquises par voie de préemption, en mettant en œuvre le mécanisme de rétrocession prévu à l'article L. 213-11-1 du code de l'urbanisme, sont devenues sans objet ainsi que le reconnaît d'ailleurs le requérant. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer. Il n'y a plus davantage lieu de statuer sur ses conclusions à fin d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Eurométropole de Strasbourg le paiement de la somme de 1 500 euros à M. D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en revanche obstacle à ce que soit mise à la charge du requérant la somme que l'Eurométropole de Strasbourg demande au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction présentées par M. D.
Article 2 : L'Eurométropole de Strasbourg versera une somme de 1 500 euros à M. D au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de l'Eurométropole de Strasbourg présentées sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, M. C F, Mme A F et à l'Eurométropole de Strasbourg.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Richard, président,
Mme Malgras, première conseillère,
Mme Eymaron, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 mai 2024.
La rapporteure,
S. MALGRAS
Le président,
M. RICHARD
La greffière,
J. BROSÉ
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026