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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2301035

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2301035

mardi 28 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2301035
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGORGOL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 février 2023, M. A B, représenté par Me Gorgol, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 février 2023 par lequel le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'annuler l'arrêté du 13 février 2023 par lequel le préfet de la Moselle a ordonné son assignation à résidence ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ainsi que les dépens.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'assignation à résidence :

- elle est entachée de défaut de motivation ;

- elle se fonde sur une décision illégale ;

- elle entrave sa liberté de circulation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Pouget-Vitale, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant géorgien né en 1981, est entré en France pour la dernière fois en octobre 2018. Après avoir sollicité en vain l'asile, le préfet de la Moselle a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français le 25 septembre 2019. Par arrêté du 29 janvier 2020 dont la légalité a été confirmée par jugement de ce tribunal du 13 octobre 2022, le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait en se prévalant de son état de santé. Par un troisième arrêté du 27 janvier 2021, le préfet de la Moselle l'a une nouvelle fois obligé à quitter le territoire français, après le rejet par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de sa demande de réexamen. A l'occasion d'un contrôle d'identité réalisé le 13 février 2023, M. B a été placé en retenue administrative, à l'issue de laquelle les arrêtés attaqués ont été pris par le préfet de la Moselle.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté comme manquant en fait.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

5. Compte tenu de ce qui a été dit au point 1 du présent jugement, la situation du requérant correspond aux cas mentionnés par les dispositions citées au point précédent. Si M. B soutient que le préfet de la Moselle ne pouvait légalement décider de l'éloigner, et se prévaut à ce titre de la présence sur le territoire de son épouse et de ses trois enfants, dont deux mineurs, de sa volonté d'intégration qui est par exemple illustrée par sa participation régulière à des activités bénévoles, et des bons résultats scolaires de ses fils, il ressort du dossier, ainsi qu'il a été exposé au point 1, que le requérant, dépourvu d'emploi, a déjà fait l'objet de deux mesures d'éloignement auxquelles il ne s'est pas conformé, ayant choisi de se maintenir irrégulièrement sur le territoire français. En outre, l'épouse du requérant est également dépourvue de tout droit au séjour, et ce alors que la mère et le frère de M. B vivent dans son pays d'origine, ainsi qu'il l'a déclaré dans son audition devant les gendarmes le 13 février 2023. Ainsi, eu égard aux conditions du séjour en France de M. B, le préfet de la Moselle ne peut être regardé comme ayant entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

6. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit plus haut, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, et ne peut qu'être écarté.

8. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

9. Aux termes de l'article L. 730-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, dans les conditions prévues au présent titre, assigner à résidence l'étranger faisant l'objet d'une décision d'éloignement sans délai de départ volontaire ou pour laquelle le délai de départ volontaire imparti a expiré et qui ne peut quitter immédiatement le territoire français ".

10. En premier lieu, la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est dès lors régulièrement motivée.

11. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

12. En dernier lieu, la décision attaquée a pour objet d'assigner le requérant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, de lui interdire de sortir du département de la Moselle sans autorisation et de lui enjoindre de se présenter tous les lundis auprès des services de la gendarmerie de Sarreguemines. Le requérant n'établit pas le caractère disproportionné, notamment sur sa liberté d'aller et venir ou tout autre droit ou liberté, d'une telle mesure, et ne fait état d'aucune circonstance propre à démontrer qu'il serait dans l'impossibilité de respecter ces obligations. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant assignation à résidence est entachée d'une erreur d'appréciation.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 13 février 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Gorgol et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.

Le magistrat désigné,

V. CLa greffière,

G. Trinité La République mande et ordonne au préfet de la Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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