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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2301229

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2301229

vendredi 10 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2301229
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantROMMELAERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 février 2023, M. A B, représenté par Me Rommelaere, avocate, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner à la préfète du Bas-Rhin, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de lui délivrer un récépissé de sa demande de titre de séjour sans délai, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'ordonnance à intervenir ; de dire que l'ordonnance à intervenir sera immédiatement exécutoire ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'urgence tient à la précarité de sa situation ;

- il peut prétendre de plein droit à la délivrance d'un titre de séjour ;

- la mesure sera utile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 7 mars 2023 tenue en présence de Mme Soltani, greffière d'audience, M. C a lu son rapport et entendu les observations de Me Rommelaere et de M. B.

La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente ni représentée.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

2. Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

3. M. B, ressortissant marocain né le 8 juin 1988, entré en France au mois de juillet 2019 et qui, depuis, séjourne sur le territoire national, a, en dernier lieu, au mois de février 2022, déposé une demande de titre de séjour en tant que parent d'un enfant français. Ayant lui-même estimé que le silence prolongé de l'administration valait rejet de sa demande, il a demandé à connaître le motif de ce refus, par lettre du 20 avril 2022. Sans répondre à cette dernière sollicitation, la préfète du Bas-Rhin lui a, par courrier du 30 septembre 2022 demandé de fournir certaines pièces pour compléter sa demande de titre de séjour, ce à quoi l'intéressé a souscrit par courrier du 30 septembre 2022. Depuis cette époque, la préfète est restée sans donner récépissé de la demande.

4. Il résulte de l'instruction que M. B réside en France depuis plus de trois ans, qu'il y est marié avec une ressortissante de nationalité française et qu'il est père d'un enfant français, né le 21 janvier 2022. Son épouse est enceinte et doit accoucher à brève échéance d'un enfant qui sera également de nationalité française. Quels que soient les mérites de sa demande de titre de séjour, il reste en tout cas dans l'ignorance complète de la prise en compte de son dossier, alors qu'il peut se prévaloir de liens familiaux sérieux sur le territoire national. Cette circonstance est la cause d'une incertitude anormalement pesante, constitutive d'une situation d'urgence.

5. Par ailleurs, M. B soutient, sans être contredit, avoir remis la totalité des documents nécessaires à l'examen de sa demande. Ainsi, en l'absence de motif établi s'opposant à ce que lui soit délivré un récépissé de sa demande de titre de séjour, la mesure d'injonction sollicitée par le requérant revêt un caractère utile. Elle ne fera par ailleurs obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative dès lors que la préfète, en demandant le 30 septembre 2022 à l'intéressé de produire de nouvelles pièces, doit, en l'état du dossier, être regardée comme ayant implicitement retiré sa décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour.

6. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner à la préfète du Bas-Rhin de délivrer à M. B un récépissé de sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la mise à disposition de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette mesure d'une astreinte ni de dire que l'ordonnance sera immédiatement exécutoire.

Sur les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

7. M. B a demandé le bénéfice de l'aide juridictionnelle et son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de ces dispositions, sous réserve que M. B soit admis définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Rommelaere, son avocate, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros hors taxe à verser à Me Rommelaere. Dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, cette somme sera versée à M. B.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à la préfète du Bas-Rhin de délivrer à M. B un récépissé de sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la mise à disposition de la présente ordonnance.

Article 2 : L'État versera, en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 000 (mille) euros hors taxe à Me Rommelaere, sous réserve de l'admission définitive de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Rommelaere renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, cette somme sera versée à M. B.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Rommelaere et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée à la préfète du Bas-Rhin.

Fait à Strasbourg, le 10 mars 2023.

Le juge des référés,

X. C,

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. Soltani

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