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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2301434

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2301434

mardi 21 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2301434
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPIALAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête transmise par le tribunal administratif de Pau et enregistrée le 28 février 2023, M. A D, représenté par Me Pialat, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 février 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a assigné à résidence dans le département du Haut-Rhin, pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, cette somme devant lui être versée s'il ne bénéficie pas de l'aide juridictionnelle.

M. D soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la compétence de son signataire doit être établie ;

- il devra être justifié qu'il a pu préalablement présenter ses observations sur cette mesure d'éloignement ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnaît son droit à une vie privée et familiale ;

- son comportement ne trouble pas l'ordre public ;

- la précédente obligation de quitter le territoire français du 6 janvier 2022 ne lui a jamais été notifiée ;

En ce qui concerne la décision l'assignant à résidence :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions précédentes ;

- il ne pouvait être assigné à résidence dans le Haut-Rhin alors qu'il réside à Lourdes, dans le département des Hautes-Pyrénées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Le préfet du Haut-Rhin fait valoir que les moyens présentés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges relevant des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bouzar, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant géorgien né en 1998, est entré régulièrement en France en 2017. Sa demande d'asile a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 24 janvier 2018. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 6 janvier 2022 à laquelle il n'a pas déféré. Il a été interpellé et placé en retenue le 25 février 2023 pour vérification de son droit au séjour. M. D demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 février 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, et de l'arrêté du même jour par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a assigné à résidence.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, par un arrêté du 4 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation à M. C E, sous-préfet, dans le cadre de ses permanences, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions à l'exception de certaines catégories d'actes dont ne relève pas la décision contestée. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier, ce qui n'est au demeurant pas contesté, que M. E était de permanence à la date de signature de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de cette décision doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

5. En l'espèce, contrairement à ce qui est soutenu, il ressort des pièces du dossier que M. D a été mis à même de présenter ses observations préalablement à l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français. Ce moyen doit par suite être écarté.

6. En dernier lieu, si M. D soutient qu'il séjourne en France depuis 2017, il ressort des pièces du dossier que, postérieurement au rejet de sa demande d'asile, il n'a jamais sollicité la régularisation de sa situation administrative et s'est maintenu en France en situation irrégulière. S'il ressort des pièces du dossier que sa compagne et leurs filles résident également en France, elles sont également dépourvues de titres de séjour. Enfin, le requérant a reconnu lors de son audition par les services de police avoir des liens familiaux en Géorgie. Au regard de ces éléments, il n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement qu'il conteste a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et méconnu, ainsi, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'est pas fondé à soutenir que cette même décision est entachée d'une erreur de droit.

Sur la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

8. En premier lieu, si M. D soutient que la décision contestée doit être annulée au regard de sa vie privée et familiale, ce moyen doit être écarté pour les motifs exposés au point 6.

9. En deuxième lieu, s'il soutient qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, il ressort de l'arrêté contesté que le préfet du Haut-Rhin n'a pas retenu ce motif pour fonder la décision contestée. Le moyen doit par suite être écarté.

10. En dernier lieu, s'il soutient qu'il n'a jamais eu notification de la précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 6 janvier 2022, il ressort en tout état de cause des pièces du dossier, ainsi que le préfet du Haut-Rhin le fait valoir, que le pli de notification de cette mesure est revenu avec la mention " pli avisé et non réclamé " et qu'elle est ainsi réputée lui avoir été régulièrement notifiée.

Sur la légalité de la décision d'assignation à résidence :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité qui affecterait selon lui les décision précédentes à l'encontre de la décision d'assignation à résidence.

12. En second lieu, il ne produit aucune pièce justifiant ses allégations selon lesquelles il résiderait à Lourdes et que, pour ce motif, il ne pouvait être assigné dans le département du Haut-Rhin.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1 : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Pialat et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.

Le magistrat désigné,

M. B

La greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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