vendredi 10 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2301476 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 mars 2023, et un mémoire, enregistré le 6 mars 2023, M. D C B, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 février 2023 par lequel préfet du Haut-Rhin a refusé de maintenir son droit au séjour, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans.
Il soutient que :
- les décisions portant refus de maintien d'un droit au séjour et obligation de quitter le territoire français sont entachées d'un vice d'incompétence ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elles sont entachées d'une erreur de fait ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard des dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles ont été prises en méconnaissance des dispositions du 1° de l'article L. 251-1 et de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elles ont été prises en méconnaissance de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles ont été prises en méconnaissance des stipulations de l'article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation, eu égard à l'atteinte portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit ;
- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;
- elle sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la condition d'urgence n'étant pas remplie ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, son comportement ne constituant pas une menace à l'ordre public et ne traduisant pas un risque de fuite ;
- la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;
- elle sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision prononçant une interdiction de circulation sur le territoire français est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;
- elle sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 622-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle est disproportionnée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée, au regard des dispositions de l'article L. 622-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Therre, magistrat désigné ;
- les observations de Me Martin, avocat de M. C B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et qui soutient en outre que l'intéressé est arrivé en France en 1970 où il séjourne de manière habituelle et continue depuis lors, qu'il a travaillé durant 171 trimestres et perçoit une pension de retraite d'un montant d'environ 800 euros dont il n'est pas établi qu'il n'est pas suffisant pour qu'il ne devienne pas une charge pour le système d'assistance sociale, que son comportement ne constitue pas, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, et que la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale eu égard aux garanties de représentation dont il dispose ;
- les observations de M. C B, qui expose avoir exercé une activité professionnelle en qualité de grutier, avoir encore récemment reçu des propositions pour exercer son métier dans le cadre de missions d'intérim, et regretter les actes pour lesquels il a été condamné et a purgé ses peines.
Le préfet du Haut-Rhin n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 232-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tant qu'ils ne deviennent pas une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale mentionné par la directive 2004/38 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relatif au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres, les citoyens de l'Union européenne () ont le droit de séjourner en France pour une durée maximale de trois mois, sans autre condition ou formalité que celles prévues pour l'entrée sur le territoire français. / () ". En outre, aux termes de l'article L. 233-1 de ce code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 251-1 du même code : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou
L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () ".
Sur l'étendue du litige :
2. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que le préfet du Haut-Rhin a édicté à l'encontre de M. C B, ressortissant portugais, une obligation de quitter le territoire en application des dispositions du 1° et du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en se fondant, d'une part, sur le comportement de l'intéressé, estimé de nature à menacer l'ordre public de manière actuelle, réelle et grave et, d'autre part, sur l'absence de justification par celui-ci d'un droit au séjour en qualité de travailleur ou d'étudiant, ou du fait de ressources suffisantes pour ne pas devenir une charge pour le système d'assurance sociale. Aux termes des motifs de l'arrêté, le préfet du Haut-Rhin en déduit qu'il n'entre ainsi dans aucun cas de reconnaissance d'un droit au séjour. Dès lors, si, à l'article 1er de l'arrêté attaqué, le préfet a mentionné que le droit au séjour de l'intéressé ne pouvait être maintenu, il a, par cette mention, seulement tiré les conséquences de l'obligation de quitter le territoire français. Eu égard aux motifs de l'arrêté, il n'a ainsi pas entendu prendre une décision relative au séjour. Par suite, les conclusions de M. C B tendant à l'annulation des décisions portant refus de maintien d'un droit au séjour et obligation de quitter le territoire français doivent être regardées comme dirigées uniquement contre cette mesure d'éloignement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. D'une part, pour obliger M. C B à quitter le territoire français, le préfet du Haut-Rhin s'est fondé sur trois condamnations à des peines d'emprisonnement, d'une durée de trois mois, huit mois avec sursis et deux mois, prononcées entre octobre 2001 et décembre 2022, et sur la circonstance qu'il serait très défavorablement connu des services de police depuis plusieurs années, à raison de dix-huit faits cités, survenus entre novembre 1992 et décembre 2022. Toutefois, si l'intéressé a pu être mis en cause à raison de ces dix-huit faits, il ne ressort pas des pièces du dossier, en ce qui concerne quinze d'entre eux, qu'ils aient donné lieu à une condamnation. En outre, les condamnations, en 2001 à huit mois d'emprisonnement avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve de deux ans pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité, et en 2006 à deux mois d'emprisonnement pour des faits de viol en réunion, ne sont pas, eu égard à leur caractère ancien et à la nature des faits commis, pas de nature à caractériser une menace actuelle et grave à l'ordre public ou à la sécurité publique. De plus, la seule condamnation, en décembre 2022, à trois mois d'emprisonnement pour des faits de vol aggravé par trois circonstance n'est suffisante pour considérer que le comportement de l'intéressé constitue une menace suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Par suite, le préfet du Haut-Rhin ne pouvait, sans entacher sa décision d'illégalité, obliger M. C B à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. C B, qui justifie de 171 trimestres d'activité salarié en France, effectués entre 1976 et 2021, se voit verser, depuis le 1er août 2022, une pension de retraite par la caisse d'assurance retraite et de la santé au travail d'Alsace-Moselle d'un montant mensuel de 864,29 euros. Le préfet du Haut-Rhin admet, dans son mémoire en défense, qu'il dispose ainsi de ressources suffisantes. Aussi, l'intéressé justifie d'un droit de séjourner librement sur le territoire français, en application des dispositions citées au point 1. Dès lors, le préfet du Haut-Rhin ne pouvait, sans faire une inexacte application des dispositions du 1° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obliger à quitter le territoire français.
5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C B est fondé à demander l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français. Par voie de conséquence, il y a lieu d'annuler les décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination de son éloignement et lui faisant interdiction de circulation sur le territoire français.
D E C I D E
Article 1er : L'arrêté du préfet du Haut-Rhin en date du 28 février 2023 est annulé.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C B et au préfet du Haut-Rhin.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la procureure de la République près le tribunal judiciaire de Strasbourg.
Prononcé en audience publique le 10 mars 2023.
Le magistrat désigné,
A. ALe greffier,
C. Bohn
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026