lundi 3 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2301582 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SCP RACINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 mars 2023, et un mémoire en réplique, enregistré le 28 mars 2023, l'association pour la sauvegarde de la maison alsacienne, représentée par la SELARL Le Discorde - Deleau, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 16 décembre 2022 du maire de Storckensohn autorisant la démolition d'une maison située rue du Forst ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Storckensohn une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'urgence à statuer est présumée en vertu de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme, et les éléments invoqués en défense ne sont pas de nature à renverser cette présomption ;
- plusieurs moyens sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaquée, et son tirés de ce que :
* le dossier de permis de démolir ne comporte pas de document graphique, en méconnaissance de l'article R. 451-2 du code de l'urbanisme ;
* le permis a été délivré en méconnaissance de l'article UA 1 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté de communes de Saint-Amarin, dès lors que le bâtiment en litige, situé en secteur UAP, est antérieur à 1950 et présente un intérêt patrimonial ou architectural identifié à ce titre par le rapport de présentation du document d'urbanisme ;
* l'état de ruine du bâtiment, invoqué par la commune dans ses écritures en défense pour justifier le permis de démolir, n'est pas caractérisé ;
* l'article UA 1 du règlement du plan local d'urbanisme n'est pas illégal et il doit en être fait application pour protéger le bâtiment en litige.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 24 et 27 mars 2023, la commune de Storckensohn, représentée par la SCP Racine Strasbourg, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de l'association requérante de la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761 -1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence ne peut être regardée comme satisfaite dès lors, d'une part, qu'il existe un intérêt public s'attachant à l'exécution du permis de démolir, au regard du risque pour la sécurité publique lié à l'implantation de l'immeuble, qui menace de s'effondrer, d'autre part, que l'exécution du permis de démolir est subordonnée à la délivrance préalable d'une non opposition à déclaration préalable concernant des travaux à effectuer sur la façade Est de la maison accolée à celle du pétitionnaire ;
- le permis de démolir devait être délivré en vertu de l'article L. 451-2 du code de l'urbanisme, et ce motif, qui doit être substitué au motif initial de l'arrêté, permet de justifier le permis de démolir attaqué.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2023, Mme B C, représentée par Me Galland, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de l'association requérante au titre des dispositions de l'article L. 761 -1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la condition d'urgence ne peut être regardée comme satisfaite dès lors, d'une part, que la démolition du bâtiment en litige est suspendue aux démarches qui doivent être effectuées par les voisins de cet immeuble, d'autre part, qu'un intérêt public commande cette démolition ;
- les moyens soulevés ne sont pas de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué ;
- en tout état de cause, les dispositions de l'article UA 1 du règlement du plan local d'urbanisme applicable sont illégales en ce qu'elles posent une interdiction générale et absolue, et portent en outre une atteinte disproportionnée au droit de propriété, garanti par la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que par l'article 17 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu la requête en annulation présentée par l'association pour la sauvegarde de la maison alsacienne le 6 mars 2023 sous le n° 2301581.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Strasbourg a désigné M. Pouget-Vitale, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 29 mars 2023, tenue en présence de Mme Brosé, greffière d'audience, M. D a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Metzger, représentant l'association pour la sauvegarde de la maison alsacienne, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient en outre, s'agissant des moyens de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité du permis de démolir, que la maison est située dans ce qui est défini comme un " quartier ou ensemble patrimonial à préserver " au sein du plan local d'urbanisme, et que contrairement à ce qui est soutenu, la maison a conservé des éléments architecturaux fondant cet intérêt d'après les prescriptions architecturales du document d'urbanisme ; que l'état de ruine invoqué pour justifier le permis de démolir n'est pas démontré dans les circonstances particulières de l'office du juge des référés, dès lors, d'une part, que les éléments techniques produits à ce titre sont insuffisamment probants, d'autre part, qu'il n'est pas démontré que la réhabilitation de l'immeuble serait impossible ;
- les observations de Me Kwiatkowski, représentant la commune de Storckensohn, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures en défense, par les mêmes moyens, et soutient en outre que les dispositions de l'article UA 1 du règlement du plan local d'urbanisme ne peuvent se lire en faisant abstraction des exigences de l'article L. 451-2 du code de l'urbanisme ;
- les observations de M. A, maire de la commune de Storckensohn ;
- les observations de Me Galland, représentant Mme C, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures en défense, par les mêmes moyens, et soutient, en outre, que les éléments produits par l'association requérante sur l'état de délabrement de la maison à démolir sont moins pertinents que ceux produits par la commune, et qu'il y a lieu d'écarter toute valeur patrimoniale ou architecturale du bâtiment, permettant ainsi de confirmer que sa démolition est légale.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Une note en délibéré, présentée pour la commune de Storckensohn, a été enregistrée le 31 mars 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 16 décembre 2022, le maire de Storckensohn a délivré à Mme C un permis de démolir un immeuble situé rue du Forst, identifié par le plan local d'urbanisme de la communauté de communes de la vallée de Saint-Amarin comme un bâtiment sélectionné au sein d'un ensemble patrimonial à préserver. L'association pour la sauvegarde de la maison alsacienne demande au juge des référés d'ordonner la suspension des effets de cet arrêté.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision ".
En ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :
3. Aux termes de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme : " Un recours dirigé contre une décision de non-opposition à déclaration préalable ou contre un permis de construire, d'aménager ou de démolir ne peut être assorti d'une requête en référé suspension que jusqu'à l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort. / La condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite () ".
4. En vertu de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite lorsque le recours tend, comme en l'espèce, à la suspension de l'exécution d'un permis de démolir. Il ne peut en aller autrement que dans le cas où l'autorité administrative justifie de circonstances particulières faisant apparaître, soit que l'exécution de la mesure de démolition n'affecterait pas gravement les intérêts défendus par le requérant, soit qu'un intérêt public s'attache à l'exécution rapide de cette mesure.
5. Si les défendeurs font valoir qu'un intérêt public liée à la sécurité publique s'attache à la démolition à brève échéance de l'immeuble en litige, ils n'établissent pas que le bâtiment concerné présenterait des désordres de nature à mettre en danger la sécurité des riverains, étant précisé qu'il est constant que le bâtiment est inoccupé depuis le début des années 1980. A ce titre, il est constant que cet immeuble ne fait l'objet d'aucune décision, passée ou actuelle, prise au titre de la police de la sécurité et de la salubrité des immeubles, la demande de permis de démolir n'ayant aucunement été déposée au regard de l'état de délabrement du bâtiment et le permis de démolir n'ayant pas davantage été délivré au regard de l'état physique de l'immeuble. En outre, il n'est pas contesté que la démolition du bâtiment en litige affecterait les intérêts dont l'association requérante entend assurer la défense. Ainsi, l'existence d'un intérêt public imposant l'exécution rapide de la mesure de démolition n'étant pas établie, la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est en l'espèce remplie. Au demeurant, les défendeurs ne peuvent sérieusement affirmer qu'il existe un intérêt public s'attachant à l'exécution urgente de la démolition, tout en soutenant qu'il n'y a pas urgence à statuer dès lors qu'une prescription figure dans le permis de démolir, interdisant à Mme C l'exécution des travaux de démolition aussi longtemps qu'un tiers propriétaire de l'immeuble mitoyen n'aura pas déposé un dossier de déclaration préalable lié à des travaux sur la façade qui serait mise à nu.
En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée :
6. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué méconnaîtrait les dispositions de l'article UA 1 du règlement du plan local d'urbanisme en vigueur, article dont l'illégalité n'est pas établie, le bâtiment en litige ayant été construit avant 1950 d'après les éléments déclarés par le pétitionnaire dans son dossier de demande de permis de démolir, et présentant un intérêt patrimonial ou architectural tel que précisé par les éléments contenus dans le rapport de présentation et les prescriptions architecturales, est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté contesté.
7. Toutefois, l'administration peut faire valoir devant le juge des référés que la décision dont il lui est demandé de suspendre l'exécution, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge des référés, après avoir mis à même l'auteur de la demande, dans des conditions adaptées à l'urgence qui caractérise la procédure de référé, de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher s'il ressort à l'évidence des données de l'affaire, en l'état de l'instruction, que ce motif est susceptible de fonder légalement la décision et que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative et à condition que la substitution demandée ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué, le juge des référés peut procéder à cette substitution pour apprécier s'il y a lieu d'ordonner la suspension qui lui est demandée.
8. En l'espèce, si la commune de Storckensohn entend présenter dans ses écritures une substitution de motif en faisant valoir qu'elle était tenue de délivrer le permis de démolir attaqué, en vertu de l'article L. 451-2 du code de l'urbanisme et de l'état de ruine de l'immeuble, ce motif est également de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision.
9. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, en l'état du dossier soumis au juge des référés, l'autre moyen soulevé n'est pas susceptible de fonder la suspension de l'exécution de l'arrêté contesté.
10. Il résulte de ce qui précède que l'association pour la sauvegarde de la maison alsacienne est fondée à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du 16 décembre 2022.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la commune de Storckensohn le versement d'une somme de 1 500 euros à verser à l'association pour la sauvegarde de la maison alsacienne. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'association requérante, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que les défendeurs demandent au titre des frais liés au litige.
O R D O N N E :
Article 1 : L'exécution de l'arrêté du 16 décembre 2022 du maire de Storckensohn est suspendue.
Article 2 : La commune de Storckensohn versera à l'association pour la sauvegarde de la maison alsacienne une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de la commune de Storckensohn et de Mme C présentées au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association pour la sauvegarde de la maison alsacienne, à la commune de Storckensohn et à Mme B C.
Copie en sera adressée, en application de l'article R. 522-14 du code de justice administrative, à la procureure de la République près le tribunal judiciaire de Mulhouse, et au préfet du Haut-Rhin.
Fait à Strasbourg, le 3 avril 2023.
Le juge des référés,
V. D
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026