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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2301610

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2301610

mercredi 24 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2301610
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantARAB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 7 et 10 mars 2023, M. E F, représenté par Me Sabrina Arab, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet du Haut-Rhin en date du 6 mars 2023, en tant qu'il l'oblige à quitter sans délai le territoire français, qu'il fixe le pays de destination et qu'il prononce une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 mars 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a assigné à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros, hors taxe sur la valeur ajoutée, au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

- la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- la décision portant assignation à résidence sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Therre en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Therre, magistrat désigné ;

- les observations de Me Amel Arab, substituant Me Sabrina Arab, avocate de M. F, absent lors de d'audience, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et soutient en outre que si l'intéressé n'a pas créé de cellule familiale en France, il y dispose d'un réseau amical.

Le préfet du Haut-Rhin n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

1. En premier lieu, par un arrêté du 12 janvier 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 13 janvier 2022, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation à M. H G, directeur de la règlementation, à l'effet de signer tous actes et décisions relevant des attributions dévolues à la direction de l'immigration et de l'intégration, au nombre desquels figurent les décisions portant obligation de quitter le territoire français, en cas d'absence ou d'empêchement, à M. A B, chef du service de l'immigration et de l'intégration et, en cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier, à Mme D C, adjointe au chef du service de l'immigration et de l'intégration et cheffe du bureau de l'admission au séjour. Il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est d'ailleurs pas allégué que M. G et M. B n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de la signature de la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige, signée par Mme C, aurait été prise par une autorité incompétente doit être écarté.

2. En deuxième lieu, d'une part, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet du Haut-Rhin a pris en compte, contrairement à ce que soutient M. F, le caractère régulier de son entrée en France le 31 août 2019, sous couvert d'un visa de long séjour. D'autre part, il résulte des mentions de cette décision relatives à l'absence d'attaches familiales de l'intéressé en France que le préfet du Haut-Rhin a porté sa propre appréciation sur la situation de celui-ci, et non qu'il aurait insuffisamment examiné les pièces qui lui ont été soumises. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Haut-Rhin, qui n'avait pas à faire état dans la décision en litige de l'ensemble des éléments dont se prévalait le requérant, n'a pas procédé à un examen sérieux de la situation de M. F.

3. En troisième lieu, si M. F, ressortissant tchadien né en 1997, a suivi des études en France, il ne conteste pas qu'ainsi que l'a relevé le préfet du Haut-Rhin, il n'a obtenu aucun diplôme depuis la rentrée universitaire de 2019 et jusqu'à la date d'édiction de la décision attaquée. En outre, il n'apporte aucune précision, ni ne produit aucune pièce, à l'appui de ses allégations sur une vie familiale ou des liens amicaux en France, le lien de parenté avec le compatriote qui l'hébergerait n'étant pas établi. Par ailleurs, s'il ressort des pièces du dossier qu'il a exercé une activité salariée durant environ six mois, qu'il a de plus assuré des missions d'intérim restant ponctuelles et qu'il dispose d'une promesse d'embauche établie remontant à novembre 2021, pour un emploi au sein d'un aéroport suite à la formation de 3 heures 30 à la sûreté aéroportuaire suivie en mars 2021, il ne justifie toutefois pas, par ces seuls éléments, d'une insertion professionnelle durable en France. Enfin et au demeurant, il se maintient irrégulièrement sur le territoire français, ainsi qu'il l'a lui-même admis, en dépit d'une mesure d'éloignement édictée par le préfet de Loire-Atlantique le 21 janvier 2022. Aussi, le préfet du Haut-Rhin, en l'obligeant à quitter le territoire français, n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. F.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

4. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision prononçant une interdiction de quitter le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

5. En second lieu, il est constant que M. F est célibataire et sans enfant. Il ne justifie en outre pas, ainsi qu'il a été dit au point 3, de liens privés ou d'une insertion sociale ou professionnelle stable en France. Par ailleurs, il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement. Aussi, en dépit de la durée de son séjour en France et alors même qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, le préfet du Haut-Rhin a pu, sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation, lui interdire le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur la légalité de la décision portant assignation à résidence :

6. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision assignant M. F à résidence devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. F doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E F et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2023.

Le magistrat désigné,

A. TherreLa greffière,

L. Cherif

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme.

La greffière,

L. Cherif

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