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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2301660

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2301660

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2301660
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSABATAKAKIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

D une requête enregistrée le 8 mars 2023, Mme B C, représentée D Me Sabatakakis, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 24 janvier 2023 D laquelle la préfète du Bas-Rhin lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros hors taxes à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- les décisions sont entachées d'incompétence de l'auteur de l'acte.

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle méconnait les articles L. 412-1 et L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- elle est entachée d'un défaut d'examen et d'une erreur de fait au regard de l'absence de prise en compte de son statut d'étudiante,

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle sera annulée D voie de conséquence de l'illégalité du refus de séjour,

- la décision contestée est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle sera annulée D voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

D un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés D Mme C ne sont pas fondés.

Une note en délibéré présentée D Mme C a été enregistrée le 18 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cormier, rapporteur,

- les observations de Me Sabatakakis, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante sud-coréenne, née le 26 avril 1993, déclare être entrée régulièrement en France le 7 novembre 2013. Elle a sollicité un titre de séjour le 14 aout 2015 en tant que conjointe de ressortissant français. Elle a ensuite eu plusieurs cartes de séjour sur ce fondement jusqu'au 24 septembre 2021. Mme C a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour le 31 août 2021, sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile. D une décision du 24 janvier 2023, dont elle demande l'annulation, la préfète du Bas-Rhin a refusé de renouveler sa carte de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 et lui a fixé un pays de destination.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée D la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée D le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme D l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. () ".

3. Il est constant que la requérante a sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle et que le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Strasbourg n'a pas statué sur cette demande. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de la requérante au bénéfice de cette aide, en application des dispositions précitées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production D l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Il résulte de ces dispositions, que si la délivrance d'une première carte de séjour est en principe subordonnée à la production d'un visa de long séjour, il en va différemment pour l'étranger déjà admis à séjourner en France et qui sollicite le renouvellement de la carte de séjour temporaire dont il est titulaire. Il en résulte que la condition de visa n'est pas applicable au renouvellement d'un titre de séjour, et ce, même si le renouvellement du titre de séjour est demandé sur un autre fondement.

5. Il ressort des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin a délivré un titre de séjour à Mme C sur le fondement de la vie privée et familiale. Ce titre de séjour a été renouvelé à plusieurs reprises, jusqu'au 24 septembre 2021. Il est constant que Mme C a alors demandé le renouvellement de sa carte de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 - qui vise les étrangers étudiants, le 31 août 2021, alors même que son titre de séjour était encore valide. D suite, Mme C est fondée à soutenir que la préfète du Bas-Rhin a méconnu les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile en refusant de lui accorder un titre de séjour au motif qu'elle ne disposait pas du visa long séjour mentionné à l'article L. 411-1 et L. 421-1.

6. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C est arrivée en France en 2013, à l'âge de 20 ans, qu'elle s'est pacsée avec M. A le 6 mars 2014, et qu'elle a bénéficié d'une carte de séjour sur le fondement de la vie privée et familiale qui a été renouvelée jusqu'au 24 septembre 2021. Il ressort également des pièces du dossier que Mme C est engagée dans une scolarité depuis l'année 2015 auprès de l'Université de Strasbourg, qu'elle a obtenu sa licence en 2020 et qu'elle est inscrite cette année en master 1 traduction et interprétariat : technologie des langues, et qu'elle a, antérieurement, obtenu une attestation de formation vivre et accéder à l'emploi en France en 2016, une attestation de formation civique en 2016. Enfin, Mme C a francisé son prénom de Rina à Lina en 2016. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, compte-tenu de l'intégration de Mme C dans la société française et de la durée et des conditions de son séjour en France, elle est fondée à soutenir que la décision de refus de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

7. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens présentés D Mme C, que la décision portant refus de titre prise à l'encontre de la requérante doit être annulée ainsi que, D voie de conséquence, la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination à Mme C.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Aux termes des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, D la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

9. Le présent jugement implique qu'il soit enjoint à la préfète du Bas-Rhin, en application des dispositions précitées, de délivrer un titre de séjour à Mme C. Il y a lieu d'impartir à la préfète du Bas-Rhin un délai d'un mois à compter de la notification du jugement pour y procéder.

Sur les frais liés au litige :

10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. () ". Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 : " Les auxiliaires de justice rémunérés selon un tarif peuvent renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et poursuivre contre la partie condamnée aux dépens et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle le recouvrement des émoluments auxquels ils peuvent prétendre. / Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. () ".

11. Mme C étant admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de l'admission définitive de l'intéressée à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Sabatakakis, avocate de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Sabatakakis de la somme de 1 200 euros hors taxes. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme C D le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 (mille) euros sera versée à Mme C.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C est admise à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 24 janvier 2023 de la préfète du Bas-Rhin est annulé.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète du Bas-Rhin de délivrer un titre de séjour à Mme C dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Sabatakakis renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Sabatakakis, avocate de Mme C, une somme de 1 200 (mille deux cents) euros HT en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Sabatakakis et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Strasbourg et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Strasbourg.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Lusset, président,

Mme Weisse-Marchal, première conseillère,

M. Cormier, conseiller.

Rendu public D mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

Le rapporteur,

R. Cormier

Le président,

A. Lusset

Le greffier,

P. Souhait

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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