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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2301667

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2301667

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2301667
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCHWEITZER

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 9 mars 2023 sous le n° 2301667, Mme C F épouse D, représentée par Me Schweitzer, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 7 mars 2023 par lesquels le préfet du Haut-Rhin, d'une part, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office, lui a fait obligation de remettre son passeport et de se présenter une fois par semaine au commissariat central de Colmar et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an et, d'autre part, a prononcé son assignation à résidence dans le département du Haut-Rhin pendant une durée de quarante-cinq jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, subsidiairement de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros verser à son avocate en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle ne présente pas une menace pour l'ordre public et n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement ;

- l'obligation de remise de son passeport et de pointage est injustifiée ;

- la décision d'assignation à résidence est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

II. Par une requête enregistrée le 9 mars 2023 sous le n° 2301668, M. B D, représenté par Me Schweitzer, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 7 mars 2023 par lesquels le préfet du Haut-Rhin, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, lui a fait obligation de remettre son passeport et de se présenter une fois par semaine au commissariat central de Colmar et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an et, d'autre part, a prononcé son assignation à résidence dans le département du Haut-Rhin pendant une durée de quarante-cinq jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, subsidiairement de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros verser à son avocate en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle ne présente pas une menace pour l'ordre public et n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement ;

- l'obligation de remise de son passeport et de pointage est injustifiée ;

- la décision d'assignation à résidence est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rees, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 mars 2023, en présence de M. Bohn, greffier :

- le rapport de M. A ;

- les observations de Me Airiau, substituant Me Schweitzer, pour M. et Mme D, qui concluent aux mêmes fins que dans leurs écritures et par les mêmes moyens, demandent en outre, à titre subsidiaire, l'annulation des seules décisions d'interdiction de retour sur le territoire français, et font en outre valoir que les décisions d'assignation à résidence sont illégales en ce qu'elles prévoient le renouvellement tacite de leur durée ;

- les observations de M. et Mme D, assistés de M. E, interprète assermenté en langue géorgienne.

Le préfet du Haut-Rhin n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées, nos 2301653 et 2301654, sont relatives à la situation d'un couple d'étrangers, présentent à juger des mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les obligations de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, chacun des arrêtés contestés comporte un énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour obliger les requérants à quitter le territoire français. Ces obligations sont ainsi régulièrement motivées.

3. En deuxième lieu, la motivation de ces décisions permet de vérifier qu'elles ont été prises à l'issue d'un examen particulier de la situation de chacun des intéressés.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. et Mme D, ressortissants russes, ne sont entrés en France qu'en juin 2022 et ils n'y justifient d'aucune attache personnelle ou familiale. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a décidé de les obliger à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

6. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des risques de traitements inhumains ou dégradants auxquels les requérants seraient exposés en cas de retour en Russie ne peut pas être utilement invoqué à l'encontre des obligations de quitter le territoire français en litige, lesquelles n'ont pas pour objet ni, par elles-mêmes, pour effet de permettre leur éloignement vers ce pays.

En ce qui concerne la légalité des décisions d'interdiction de retour sur le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français sont illégales du fait de l'illégalité des obligations de quitter le territoire français.

8. En second lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 5, et alors même que les requérants ne menacent pas l'ordre public et n'ont pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet, en décidant de leur interdire de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an, a commis une erreur d'appréciation de leur situation au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la légalité des obligations de remise du passeport et de pointage :

9. La décision par laquelle le préfet astreint un étranger à une obligation de remise de son passeport ou d'une pièce d'identité et à une obligation de présentation régulière devant les services de police ou de gendarmerie tend à assurer que l'intéressé accomplit les diligences nécessaires à son départ dans le délai qui lui a été imparti en vue de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que les mesures contestées présentent un caractère disproportionné, ni que les requérants sont dans l'impossibilité d'y déférer.

En ce qui concerne la légalité des décisions d'assignations à résidence :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions d'assignation à résidence sont illégales du fait de l'illégalité des obligations de quitter le territoire français.

11. En second lieu, les requérants font valoir, à l'audience, que les décisions d'assignation à résidence sont illégales en ce qu'elles prévoient le renouvellement tacite de leur durée de quarante-cinq jours, alors que de telles décisions doivent être écrites et motivées. Toutefois, ce moyen ne peut être utilement invoqué qu'à l'encontre des décisions qui naîtront de cet éventuel renouvellement tacite.

12. Il résulte de ce tout qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. et Mme D, ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte et d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : Les requêtes de M. et Mme D sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C F épouse D et M. B D et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'interieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 avril 2023.

Le magistrat désigné,

P. A

Le greffier,

C. Bohn

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2301667 et 2301668

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